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Au cours de la pandémie nous avons observé l’ouverture de restaurants qui ont eu le culot d’affronter le défi d’ouvrir leur commerce malgré les restrictions imposées aux entreprises. Si la Covid a imposé un mode de vie restrictif, elle a aussi apporté un vent de fraîcheur sur la façon d’aborder le commerce. Certains commerçants innovateurs ont profité de ce vent de changement pour lancer leur projet. Le resto Tiny Hub est apparu peu de temps avant la fin des restrictions pandémiques. Allons voir comment il se porte un an plus tard.

 Joëlle Roy – IJL – Réseau.Presse – Le Goût de vivre

Le 19 janvier 2022, Janice et Kathleen Murton ouvraient la porte aux premiers clients de leur restaurant Tiny Hub qui a pignon sur rue au coin des chemins Lafontaine ouest et Pointe aux Cèdres. Leur menu se prêtait aux restrictions en offrant des plats à emporter. Ce n’est qu’en mars que la salle à manger a pu accueillir la clientèle.

Dès l’ouverture les sœurs sont submergées d’un appui communautaire. Les gens sont heureux de voir ce local se réanimer; là où on allait manger chez Gloria pendant plusieurs années. Dès le début, les sœurs imposent un horaire qui leur permettra de concilier travail-famille. Kathleen l’exprime : « On ne veut pas que le travail prenne toute notre vie » ! C’est pourquoi Tiny Hub n’est pas ouvert pour le souper. Aussi, on cuisine les dimanches seulement en haute saison, soit de mai à octobre. Elles ont dû attendre cinq mois avant de se payer un salaire. Cinq mois de pourboires à regarder grimper la carte de crédit, confie Kathleen.

Il y a beaucoup plus que le profit à la base de ce projet. Du début, on souhaite créer un endroit où les gens se rencontrent et se rassemblent. « Ça nous rend heureuses de rendre un service à la communauté. Le restaurant ne nous rendra pas riche » ! selon Janice. C’est pour cette raison que se greffent certaines activités sociales à la mission culinaire. Par exemple, à tous les mois, on remplit Tiny Hub de joueurs de cartes qui aiment le jeu de Euchre.

À la suite de Noël au village, le resto a vibré au rythme de la musique d’un party de cuisine. Autour des élections municipales, on accueillait une clientèle qui voulait connaître ses candidats et le conseiller David Brunelle a choisi cet endroit pour célébrer sa victoire. Bref, le restaurant est un lieu d’échange communautaire pour les gens d’ici et pour les nombreux nouveaux venus qui ont profité de la Covid pour retaper leur chalet et élire domicile dans Tiny. Eux aussi sont avides de mieux connaître l’histoire locale.

Disons que le concept « local » habite toutes les facettes de ce projet. D’abord, les ingrédients de ces petits délices sont le plus local possible. Janice est fière d’affirmer que tout est canadien, ontarien et, surtout l’été, largement produit dans Simcoe. Toute leur verdure, à l’année, provient de Operation Grow de Midland.

Sur les murs, on peut voir et même acheter des œuvres d’artistes visuels du coin. Il y en a pour tous les genres. L’an dernier, l’artiste Randy Peacock a vendu toute sa collection d’oiseaux en métal peint. Ses oiseaux de 200$ se sont envolés bien avant de rouiller !

Le menu aussi est empreint de couleur locale. On y trouve un sandwich Dorion en honneur de Danielle, fidèle cliente. Quant au McMurton, on l’a ressorti des boules à mites pour le plus grand plaisir des habitués. Il s’agit d’un sandwich pour le déjeuner avec œuf, viande, fromage que maman Murton, Donna, avait concocté dans les années 80 alors qu’elle cuisinait au club Maple Valley. Si vous y ajoutez laitue et tomate, le sandwich se renomme un Desrochers! Les gens locaux se reconnaissent et les nouveaux venus rigolent. Une cliente éclate de rire en voyant la pâtisserie « Aunt Judy’s shortbread » car n’avons-nous pas tous une « matante » qui nous a gâtés avec ses desserts ?

Notre Donna nationale a aussi fait fureur avec ses tourtières pour les fêtes. Là encore, la preuve de ce succès n’est pas dans le pudding; il est dans la recette d’un certain Omer Desjardins de Penetanguishene qui en a régalé des bouches il y a une soixantaine d’années. Donna, adolescente, était bonne copine avec sa fille. Quand elle allait chez les Desjardins après l’école, ce n’était pas pour se planter devant un écran : elle aidait à faire des tourtières. Et de toutes évidences, elle n’a jamais perdu le tour !

Il y a tant à dire sur un commerce monté sur les meilleures intentions du monde. Leur fierté, leur bonheur est palpable. Kathleen confie qu’elle est fière de se lever le matin pour aller travailler. Plus la discussion avance et plus l’émotion monte. Alors que Kathleen va quérir la pièce de résistance, Janice me raconte qu’une cliente régulière leur a offert un cadeau pour leur rendre hommage. Alma Maurice a confectionné une boîte contenant des photos et des articles tirés de cette glorieuse première année. Même la boîte est une pièce artisanale décorée de laine tissée pour faire de jolis motifs.

Alma a fait lire la lettre-hommage par maman Donna devant tous les clients dont certains se rendent compte qu’ils mangent dans un établissement bien ancré dans la vraie vie pleine d’histoires et d’émotions. « Je voulais les encourager. Elles sont tellement fines! C’est bon de pouvoir sortir manger sans aller en dehors » exprime Alma. La présentation s’est faite avant Noël car le moment était à peu près entre les anniversaires des deux soeurs.

Tiny Hub est fermé pour le mois de février, question d’équilibre et question de recharger les batteries. Elles ont hésité vu que la dernière semaine de janvier a rapporté un profit record ! Elles nous reviendront pleines d’idées et d’énergie renouvelée. Non, il n’y aura pas plus de friture ni de Coke Diet ! Que du bon à prix abordable.

Les commerces avec conscience ont une place dans notre société de consommation. Au resto Tiny Hub, la conscience aura toujours la meilleure table !

 Titre : Tiny Hub .jpeg

Légende : Les deux proprios du restaurant Tiny Hub, Kathleen et Janice Murton, devant leur trophée mérité en cette fin de la première année en affaire. La table surélevée a été construite spécialement pour le poker. C’est l’oeuvre de papa Ron Murton.

 Crédit : Joëlle Roy