3 Décembre 2022

    Conservation des Terres boréales : un risque pour l’industrie forestière ?

    Conservation des Terres boréales a pour mission d’acquérir des superficies de forêt pour ensuite les protéger. Cette pratique inquiète grandement certains élus, dont le maire de Hearst, Roger Sigouin, qui se demande pourquoi l’organisme ne tente pas de sauver les terres au sud de la province plutôt que celles du nord. 

    L’organisme sans but lucratif Conservation de la nature Canada (CNC) a fait l’acquisition, cet été, de près de 1450 kilomètres carrés de forêt boréale, un territoire forestier se situant au sud-ouest de la municipalité de Hearst. La propriété, recouvrant une superficie doublant la taille de la ville de Toronto, a été achetée au cout de 46 millions de dollars. 

    Cette acquisition s’est faite dans le cadre d’un projet de conservation visant à préserver les zones humides du territoire ainsi qu’à protéger l’habitat d’espèces animales en danger comme dans le cas du caribou. 

    « Une grande partie de cette propriété en particulier, près de la moitié de celle-ci, est couverte de zones humides », indique Kristyn Ferguson, directrice du programme CNC pour les grands paysages de l’Ontario. 

    « Nous savons que les zones humides sont d’une importance cruciale pour les espèces et pour les humains, car elles fournissent de l’eau propre et potable. Toujours dans la zone de la ceinture d’argile, on sait que la cause du caribou est importante. C’est une espèce en péril et CNC réfléchit toujours à la manière de protéger l’habitat des espèces rares. Avec ces deux facteurs à l’esprit, nos yeux ont été attirés par la région. » 

    La propriété se retrouvait aussi dans une région prioritaire pour le CNC puisque le territoire est étroitement lié à d’autres zones protégées existantes, comme le parc provincial Nagagamisis et le parc provincial Missinaibi. Mme Ferguson mentionne également l’importance de contrer le danger de l’intensification du développement. 

    « Nous voyons beaucoup de propositions visant à abattre la forêt boréale et la convertir à l’agriculture. Avec tout cela à l’esprit, nous nous sommes concentrés sur cette propriété et nous avons été ravis d’apprendre que le propriétaire du terrain, Domtar, était intéressé à le vendre. Comme si les étoiles s’alignaient au bon moment. » 

    Hearst au garde-à-vous 

    Cependant, si le moment était opportun pour Conservation de la nature Canada, ce développement tient la Municipalité de Hearst sur le qui-vive. Le maire de la ville, Roger Sigouin, se dit préoccupé de ces actions. 

    « On est aux aguets, j’ai encore des questions à soulever, car je veux vraiment connaitre les intentions de ces gens-là », souligne-t-il. « C’est certain que je ne veux pas qu’ils embarquent sur le territoire de l’industrie forestière comme le Hearst FMA. Il faut que l’on conserve notre jardin, pour travailler au niveau de l’industrie forestière. » 

    Il se demande aussi pourquoi ces organismes se concentrent majoritairement dans le nord de la province et non dans le sud. Ce à quoi Mme Ferguson répond que l’organisme travaille à la fois sur de plus petites étendues de terre dans le sud de l’Ontario pour protéger des zones de biodiversité vraiment importantes. 

    « Nous avons reconnu que nous devons intensifier nos efforts si nous voulons faire face à la double crise de la perte de biodiversité et aux changements climatiques », affirme-t-elle. « Cela signifie regarder davantage vers le centre et le nord de l’Ontario où certaines des plus grandes étendues de terre existent. » 

    Elle rapporte que pour le CNC, il est important d’avoir une matrice d’utilisation à travers la province, autant pour la conservation dans certaines zones, comme la foresterie dans d’autres. Elle indique que l’organisme travaille en étroite collaboration avec le Hearst FMA afin de discuter de la manière dont le territoire peut s’intégrer et éventuellement offrir des opportunités de restauration, de plantation d’arbres ou même d’emploi pour la région. 

    « Nous avons l’intention de gérer activement nos forêts même si nous ne ferons pas de récolte commerciale », dit-elle. « Nous savons également qu’il y a des projets de développement hydroélectrique et minier dans la région et nous pensons que même si la conservation est une pierre angulaire très importante d’un écosystème, nous n’avons pas l’intention que ce soit l’entièreté du territoire qui est affecté. » 

    Pour l’instant, l’industrie forestière de la ville de Hearst n’est pas affectée, reconnait le maire Sigouin. Il espère cependant que le montant de terrains protégés n’augmentera pas dans les alentours de la municipalité. 

    « Il faut que ça arrête là », exprime-t-il. « C’est certain que si de plus en plus de terres sont placées sous conservation, moi je vais m’opposer fortement parce que l’industrie forestière c’est notre économie. Pour l’instant, ça passe, mais il faut rester prudent. » 

    Pour le CNC, l’objectif n’est nullement d’empiéter sur l’économie de la ville. 

    « Nous avons eu de multiples rencontres avec le maire Sigouin et avons apprécié discuter avec lui des façons dont nous pourrions envisager de nous associer et de faire en sorte que le projet soit une chose positive pour la ville de Hearst », soutient Kristyn Ferguson. « Nous adoptons une approche lente et prudente lorsque nous décidons ce à quoi ressemblera la gestion de la propriété à long terme, car nous voulons faire les choses correctement à la fois pour l’habitat et les animaux, mais aussi pour les gens. » 

    Terres traditionnelles 

    Le territoire maintenant sous conservation se retrouve à l’intérieur des limites du Traité de la baie James, territoire à la fois traditionnel et actuel de nombreuses nations et communauté autochtones. À cet effet, Conservation de la nature Canada a jugé important de s’engager aussi avec la Première Nation de Constance Lake. 

    « Nous reconnaissons qu’elle est la communauté la plus proche du site et que le site se trouve sur son territoire traditionnel », indique Mme Ferguson. Nous sommes allés sur le terrain avec la Communauté, et nous sommes ravis de la soutenir pour déterminer les moyens auxquels elle pourrait avoir accès à la propriété à l’avenir. Nous avons envisagé Constance Lake comme un partenaire à long terme dans la gestion. C’est encore une nouvelle relation et nous travaillons à la construire. » 

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