15 août 2022

    Vieillir dans son village: « Dans les petits coins, on se connaît tous »

    Charles Fontaine – IJL – Réseau.Presse –Le Droit 

    « Oh, mon dieu, j’ai fait beaucoup de bouts de chemin moi ! », s’exclame Mme Gagné quand on lui explique le but de l’entrevue.

    Mais n’est-ce pas là l’intérêt de parler à quelqu’un comme ça? 100 ans ? Impressionnant ! C’est un objectif dont peu de gens peuvent se vanter. D’après le recensement de 2021, cinq personnes de la Cité de Clarence-Rockland, où se trouve Hammond, y ont atteint l’âge à trois chiffres, toutes des femmes.

    Après sa grande arrivée, debout, à l’aide d’une marchette, Mme Gagné se met à placoter et on la comprend clairement. Elle a la capacité de se souvenir des événements qui peuvent sembler des plus banals il y a 80 ans. Elle est accompagnée de son fils qui l’aide beaucoup à répondre aux questions. Mais les répliques les plus savoureuses sont clairement celles qui viennent directement de la bouche de la mère.

    Faire un chez nous quelque part

    La native de Bourget, un village voisin de Hammond, a connu l’effervescence des grandes villes pendant un bref moment dans sa jeunesse. Accompagnée de sa sœur, elle est allée à Montréal et à Saint-Jérôme pour rejoindre des tantes et faire de l’entretien ménager. « J’ai frotté en masse », lance-t-elle.

    Mais la vie hors des villages n’était pas faite pour elle. Elle est revenue s’installer à Hammond avec son mari Aldège Gagné, parce qu’il faut «faire son chez-nous quelque part».

    À l’âge de la majorité, Aldège Gagné perd son père. Ainé de la famille, il doit s’occuper de ses frères et sœurs, tâche qui revient très souvent à son épouse. « J’ai pris la relève, ça venait de la ville, ça venait de partout, moi je faisais à manger », lance la dame qui avait une dizaine de personnes à sa charge, dont ses quatre enfants.

    Après avoir élevé tout ce beau monde, celle qui a grandi sur une ferme laitière tenait à s’engager dans sa communauté et son village. L’Union des cultivateurs franco-ontariens, le Club de l’âge d’or et autres événements de village la rendaient heureuse. C’est une femme qui aime passer du temps avec famille et amis. Pourquoi rester seule? C’est justement ce qui s’est passé en 2003, lorsque son mari est décédé.

    « Tu grouilles ou bien tu rouilles »

    Anita Gagné passe ses journées à la Résidence Saint-Mathieu depuis 2005. Elle se vante à quelques reprises durant l’entrevue d’être « la plus âgée de la gang ».

    Comment se sent-on à 100 ans? Elle sursaute. « Il faut continuer la vie, ils disent que la vie c’est un combat. Il faut prendre ce qu’on aime et laisser ce qu’on n’aime pas », dit celle qui faisait des exercices physiques tous les matins jusqu’à l’automne dernier.

    « La roue tourne. Il faut bien suivre, on n’a pas le choix », philosophe-t-elle à nouveau. Heureusement, elle n’a pas eu à fréquenter souvent l’hôpital.

    La dame se sent bien traitée à cette résidence. Elle mange bien, elle socialise avec les autres bénéficiaires et se sent chez elle. Ce qui n’aurait pas été le cas si elle avait dû s’exiler en ville.

    « Oh oui, ça aurait été dur ça. Aller où il y a bien du monde qu’on ne connaît pas, oh, mon doux… […] Je n’irais pas dans les grosses villes. Dans les petits villages, on se connaît tous. C’est le fun d’avoir du monde qu’on connaît . »

    Elle n’aura probablement pas le choix de déménager dans quelque temps au Centre Roger-Séguin à Clarence-Rockland, où les soins sont plus spécialisés.

    Est-ce qu’elle pensait se rendre jusqu’à 100 ans ? Oh que non ! « On ne fait pas ce qu’on veut, on fait ce qu’on peut. » Et ce, un jour à la fois.

    Photos : Simon Séguin-Bertrand, Le Droit

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