23 mai 2022

    Une exposition physique et virtuelle revient sur les 75 ans de l’ACELF

    FRANCOPRESSE – L’Association canadienne d’éducation de langue française fête cette année ses 75 ans. Pour souligner cet anniversaire, le Centre de recherche en civilisation canadienne-française a mis sur pied une exposition physique et virtuelle qui revient sur l’évolution du « premier organisme à rallier les intervenants du monde éducatif de langue française de l’ensemble du Canada ». Depuis le 18 janvier, le grand public peut y voir des photos d’archives, des lettres patentes et d’autres documents fondateurs.

    Ericka Muzzo – Francopresse

    Peu d’organismes de la francophonie canadienne ont la vie aussi longue que l’Association canadienne d’éducation de langue française (ACELF) a rappelé l’historien et professeur à l’Université d’Ottawa Michel Bock à l’ouverture d’une table ronde organisée à l’occasion du lancement de l’exposition « L’ACELF, 75 ans à la promotion de l’éducation en français (1947-2022) ».

    « L’ACELF est à peu de chose près la seule instance politique et associative — une des rares en tout cas — à avoir survécu aux grands bouleversements idéologiques, culturels et institutionnels de la seconde moitié du 20e siècle. Elle représente aujourd’hui l’un des rares lieux où peuvent encore se réunir et exprimer leur solidarité les représentants du Québec et des communautés francophones du Canada », souligne le chercheur, qui a collaboré à la création de l’exposition.

    Rallier les francophones en éducation

    Pour la commissaire de l’exposition, Danika Gourgon, « ce qui se dégage en gros de la contribution de l’ACELF […], c’est son rôle de concertation ».

    La commissaire de l’exposition, Danika Gourgon, est candidate au doctorat en histoire à l’Université d’Ottawa. (Photo : Capture d’écran – Francopresse)

    « La francophonie n’a pas un visage homogène, donc dans chaque province les communautés francophones vont vivre des situations différentes. Les droits collectifs à une éducation de langue française en viennent à consolider la solidarité malgré la diversité des situations », explique la candidate au doctorat en histoire à l’Université d’Ottawa.

    « Dans les années 1970, l’ACELF va donc jouer un très grand rôle de concertation afin d’identifier les objectifs communs qui rallient les francophones dans le domaine de l’éducation et pour présenter un front commun dans la poursuite d’un projet collectif auprès des instances gouvernementales », précise Danika Gourgon.

    À la même époque, dans une volonté d’expansion, l’ACELF crée le Comité francophonie-jeunesse « pour faire participer la jeunesse au débat sur l’avenir de la culture francophone au Canada », explique la commissaire. Celui-ci devient en 1974 la Fédération nationale des jeunes canadiens-français, aujourd’hui la Fédération de la jeunesse canadienne-française (FJCF).

    L’ACELF fonde aussi en 1979 la Commission nationale des parents francophones (CNPF) « pour aider les parents francophones vivant en situation minoritaire dans la défense de l’éducation française », ajoute Danika Gourgon.

    L’histoire de l’ACELF comprend la création d’autres réseaux et associations, dont celle en 1975 de la Fédération des francophones hors Québec (FFHQ), ancêtre de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, pour défendre les intérêts politiques des minorités francophones.

    À partir de ce moment, l’ACELF s’éloigne des interventions politiques pour se concentrer plutôt sur son rôle de concertation, souligne Danika Gourgon.

    « Ce qu’on peut retirer, c’est un portrait d’un organisme qui fonde son action sur l’esprit de solidarité linguistique et culturelle qu’il cherche à cultiver parmi ses membres, et ce, en respectant et en valorisant les intérêts particuliers de chaque communauté et les prérogatives provinciales en la matière », conclut la commissaire de l’exposition.

    Pleins feux sur la construction identitaire

    Le président de l’ACELF, Marcel Larocque, rappelle que l’organisme « a failli disparaitre à la fin des années 80 pour des raisons assez nébuleuses. Depuis cette époque, à l’interne, on connait notre histoire ».

    « En gros, on est passés d’un organisme généraliste en éducation francophone, avec une programmation récurrente sur une base annuelle, à une association performante avec des objectifs pluriannuels précis et des plans d’action rigoureux avec des résultats à atteindre », résume-t-il.

    Depuis 2002, le créneau de l’ACELF est « la construction identitaire ». Sur son site Web, l’organisme précise qu’il se donne pour objectif « d’aider les jeunes à faire une place significative à la langue française et à la culture francophone dans leur vie » et de « renforcer la vitalité des communautés francophones du Canada en exerçant notre leadership en éducation » et en outillant les enseignants.

    Pour Diane Gérin-Lajoie, professeure émérite rattachée au Département des programmes d’études, de l’enseignement et de l’apprentissage de l’Université de Toronto, « les gens qui bénéficient le plus du travail de l’ACELF, ce sont les enseignantes et les enseignants qui ont la possibilité d’aller chercher du matériel qui va les aider à composer avec la réalité de la salle de classe ».

    Diane Gérin-Lajoie, professeure émérite rattachée au Département des programmes d’études, de l’enseignement et de l’apprentissage de l’Université de Toronto. (Photo : Capture d’écran – Francopresse)

    Elle rappelle qu’au milieu des années 1990, les écoles de langue française ont commencé à accueillir davantage d’élèves d’origines diverses et d’élèves qui ne parlaient pas le français à la maison.

    « Il y a eu cette préoccupation-là très tôt à l’ACELF de voir la composition des écoles comme étant non pas homogène, mais plutôt hétérogène; et le souci d’aider le personnel des écoles à composer avec cette réalité-là, de leur donner de l’appui pour répondre à ces défis-là », constate Diane Gérin-Lajoie.

    « On ne doit jamais tenir pour acquises toutes ces avancées »

    Annie Pilote, sociologue de l’éducation et professeure titulaire à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval, estime pour sa part que « la plus grande contribution de l’ACELF aura été de garder le projecteur sur l’évolution des enjeux relatifs à la langue française en éducation à travers le temps ».

    Annie Pilote est sociologue de l’éducation, professeure titulaire à la Faculté des sciences de l’éducation et vice-doyenne à la recherche, aux études supérieures et à l’international à l’Université Laval. (Photo : Capture d’écran – Francopresse)

    « L’ACELF a vraiment réussi à faire ce virage-là pour que tous les francophones se sentent inclus et qu’ils se retrouvent à travers son action », estime-t-elle.

    « De nos jours, on parle beaucoup des enjeux d’équité, de diversité et d’inclusion dans nos établissements d’enseignement, et on a parfois l’impression que le français est oublié; pourtant, c’est au cœur de ces préoccupations. Des associations comme l’ACELF ont le rôle de nous rappeler qu’on ne doit jamais tenir pour acquises toutes ces avancées qui ont été faites au niveau de l’éducation de langue française au Canada », soutient Annie Pilote.

    « Je pense qu’il est plus important que jamais de continuellement rappeler les conditions inégales auxquelles sont confrontés les francophones lors de leur parcours scolaire et au fil du développement de leur carrière professionnelle en français » comme le fait l’ACELF, d’après la sociologue.

    L’exposition sur les 75 ans de l’ACELF est en ligne et peut être vue jusqu’au 29 avril en personne, sur réservation, à l’aire d’exposition Françoise-et-Yvan-Lepage du Centre de recherche en civilisation canadienne-française (CRCCF).

    Photo principale : Le CRCCF a mis sur pied l’exposition « L’ACELF, 75 ans à la promotion de l’éducation en français (1947-2022)». (Photo : Courtoisie CRCCF)

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