2 Décembre 2022

    Un film ontarien bilingue… mais pas sur le bilinguisme

    Stan Leveau-Vallier  – IJL – Réseau.Presse – l-express.ca

    Le quotidien bilingue des Franco-Ontariens

    Le film est tiré de la pièce de Jocelyne Beaulieu J’ai beaucoup changé depuis. Karolyne Pickett lui a demandé la permission de l’adapter et de la transposer dans un contexte bilingue.

    (Jusqu’à l’an dernier, le projet de film s’intitulait Eaux Troubles / Broken Waters, mais en 2019, Netflix a donné le titre français Eaux Troubles au drame environnemental Dark Waters. Et « suite au montage, l’histoire prend de nouvelles couleurs », explique la productrice. « Le titre anglais était toujours le bon ‘fit’, mais je voulais une nuance différente pour le titre français. »)

    Karolyne Pickett s’est nourrie de beaucoup d’expériences personnelles… En premier lieu du contexte bilingue dans lequel elle a grandi a Ottawa, avec une mère francophone et un père anglophone, originaire de Vancouver, devenu francophile.

    Le contexte bilingue, dans lequel on passe d’une langue à l’autre sans effort, est le quotidien de beaucoup de Franco-Ontariens.

    Innover en santé mentale

    Karolyne Pickett se souvient avoir discuté de son projet à quelqu’un à la sortie d’une projection en 2005, et de l’avoir entendu répondre: «Ah! Moi aussi je travaille à un film bilingue»… C’était Kevin Tierney, le producteur de Bon Cop, Bad Cop!

    Sauf que Brise Glace / Broken Waters n’est pas une comédie qui joue sur les différences entre francophones et anglophones.

    Le film raconte l’histoire d’une médecin qui veut sortir du «tout médicament» et proposer de la psychothérapie pour traiter les troubles mentaux, dans les années 80. Elle se heurte au scepticisme et au harcèlement de ses collègues masculins.

    Le rôle principal est interprété par Valérie Descheneaux, bien connue pour L’Auberge du Chien Noir à Radio-Canada. Natalie Tannous, qui interprète une autre docteure, a joué dans Antigone, nominé pour représenter le Canada aux Oscars.

    L’obstination d’une femme

    Karolyne Pickett a voulu veut rendre hommage aux femmes de cette époque-là, quand les congés maternité n’existaient pas encore, et le machisme était très présent.

    Karolyne pickett

    Elle a aussi voulu illustrer l’approche novatrice et humaine qui accepte que des maladies mentales ne se guérissent pas à coups de médicaments surdosés… Mais qu’ils se gèrent, notamment avec la psychothérapie, et avec des rechutes possibles.

    Il est naturel que les gens autour d’un malade veuillent qu’il soit guéri, mais la pression rend les rechutes d’autant plus difficiles.

    Onno Weeda, directeur photo du projet (il a été opérateur sur la série Suits), se souvient que le tournage a eu lieu en février 2020, juste avant les confinements.

    A posteriori, après avoir vu la pandémie bousculer tant de personnes, Onno Weeda est impressionné par l’approche fine du film sur la santé mentale, par son côté presque visionnaire.

    Tournage convivial

    Onno Weeda se souvient de l’atmosphère conviviale du tournage, sur lequel le metteur en scène Pierre Gregory (que l’on connaît aussi des Indisciplinés), passait sans cesse d’une langue à l’autre.

    Le directeur photo était l’un des seuls qui ne parlaient pas français, mais cela ne l’a pas dérangé. Il est habitué aux environnements multilingues, qu’il apprécie. Enfant de diplomates hollandais envoyés en Amérique latine, il parlait néerlandais à la maison, anglais avec ses soeurs parce qu’ils allaient à l’école américaine, et espagnol.

    Il lui est arrivé de travailler sur des tournages en anglais, mais de parler espagnol avec un collègue plus à l’aise dans cette langue. Les points communs aident à cimenter les relations.

    La clef, c’est simplement d’être attentif à si l’on exclut d’autres personnes, et donc de pouvoir changer de langue rapidement si cela devient le cas.

    Pourquoi pas d’autres films bilingues?

    Onno Weeda s’étonne de trouver les habitants d’Ottawa plus à l’aise de montrer qu’ils parlent à la fois français et anglais, que ceux de Toronto, où il habite. Peut-être parce que tout le monde est bilingue à Ottawa, alors qu’à Toronto on part du principe que les autres ne parlent pas français.

    C’est désormais bien vu de parler français en contexte majoritairement anglophone, et c’est très répandu de passer d’une langue à l’autre. Karolyne Pickett pense qu’il est temps que cela soit montré au cinéma. Si son film est visionnaire sur la santé mentale, le sera-t-il sur le bilinguisme à l’écran?

     

    Photos : Courtoisie

     

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