26 novembre 2022

    Trayvon Wabano-Wesley : un pianiste qui rêve grand

    À la Place des Arts de Hearst, durant le récital de la dernière édition du Festival HOREM, un jeune homme a déballé son cadeau devant une foule, pour la première fois. Sa mère et son père y étaient afin de voir leur enfant recevoir une bourse et des applaudissements de spectateurs qui venaient de découvrir ses talents de pianiste. 

    Trayvon Wabano-Wesley, 18 ans, est un élève à l’école Mamawmatawa Holistic Education Centre de la Première Nation de Constance Lake. Il s’intéresse à une panoplie de sujets, dont l’histoire, la géopolitique, la culture populaire. Mais ce qui ressort le plus depuis les deux dernières années, c’est sa passion pour la musique. 

    Derrière un piano droit, dans la salle de musique de l’école, Trayvon Wabano-Wesley se perd dans son univers musical. Il passe des heures à s’exercer à son instrument, principalement après que la dernière cloche sonne. Au premier abord, en l’écoutant, on soupçonnerait qu’il a étudié le piano pendant des années. En réalité, il ne le joue que depuis deux ans. 

    C’est son professeur de musique, James Deagle, qui a remarqué l’intérêt de son élève lorsqu’il a commencé à enseigner à l’école. Au début, le jeune pianiste se débrouillait au clavier électrique, mais M. Deagle a pensé qu’il serait bien de trouver un piano de plus grande taille et de meilleure qualité pour que Trayvon puisse apprendre davantage. 

    De l’écoute à l’interprétation 

    Trayvon Wabano-Wesley raconte le moment où il s’est dit que la musique l’habitait : en visionnant le film Monstres contre Aliens, sorti en 2009. Dans cette oeuvre cinématographique, il y a une scène durant laquelle le président des États-Unis se met à jouer une mélodie au synthétiseur, devant un robot extraterrestre de taille massive, en guise d’introduction. 

    Depuis ce temps, l’intérêt de Trayvon pour cet art s’est accru. Cependant, il ne commencera à toucher les notes que dix ans plus tard. « Je n’ai jamais eu la chance d’obtenir un clavier ou même de jouer au piano avant l’âge de 16 ans », dit-il. 

    Lors d’un voyage à Timmins, il a pu pianoter en utilisant le clavier d’un membre de sa famille. À son retour chez lui, son professeur lui a donné un instrument pour s’entrainer. 

    L’oreille et YouTube sont ses meilleurs amis, lorsqu’il essaie d’apprendre un numéro. Au lieu de lire des partitions, il se fie à des vidéos Synthesia, un logiciel qui incorpore des blocs de couleurs chutant à partir du haut de l’écran et un clavier virtuel que l’élève utilise pour frapper les notes au moment que les cases percutent l’instrument. « Je ne suis pas contre la lecture, explique le pianiste. C’est juste que je trouve qu’il est plus facile d’observer. » 

    Il dit vouloir suivre des cours. En fait, certains individus de son entourage lui ont offert de payer ses leçons de piano. Or, il explique que la distance entre sa communauté et la ville de Hearst pose un défi en ce qui a trait aux déplacements. 

    Une occasion spéciale 

    En mars, les organisateurs du festival ont demandé à M. Deagle si un de ses élèves voudrait prendre part au récital clôturant l’évènement. Le professeur a tout de suite pensé à Trayvon. Sachant qu’il allait pouvoir performer, le pianiste a choisi une chanson de son répertoire et s’est mis à peaufiner sa technique, avec quelques semaines pour se préparer. « Il est venu presque tous les jours avant le festival », raconte Ken Neegan, directeur de l’éducation de l’école Mamawmatawa Holistic Education Centre. 

    M. Neegan explique que l’école est un endroit important pour le jeune pianiste. Compte tenu du fait que personne dans la communauté n’enseigne le piano, la salle de musique est un lieu clé pour son apprentissage. 

    Il ajoute que le festival était une première pour ces élèves qui n’ont pas souvent l’occasion de performer devant un public. « Je pense qu’il y en a plusieurs qui ont du talent, précise le directeur de l’éducation. On a juste besoin de l’aide pour le faire ressortir. » 

    Un futur prometteur 

    À part jouer le piano, Trayvon Wabano-Wesley veut s’aventurer dans la composition musicale. Il travaille actuellement sur une chanson originale avec son ami, interprétée dans un style propre à lui. Il parle aussi de voyager et de vivre des expériences en dehors de sa communauté. 

    Dans 10 ans, il souhaite être un artiste. Il veut également s’impliquer dans le domaine de la politique afin de donner plus de visibilité aux Autochtones du Canada et rendre le monde meilleur pour les prochaines générations. 

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