3 Décembre 2022

    Thérèse raconte : chez ma grand-mère

    Quand je fus en âge de commencer l’école, nous demeurions à plus de trois kilomètres du village. C’était une trop grande distance pour une enfant si jeune à marcher soir et matin, surtout l’hiver dans le Grand Nord. Je dois dire qu’il n’y avait pas d’autobus scolaire et que mes parents n’avaient pas d’auto. Alors ma mère a emprunté des livres de l’école (un en français et un en anglais) et elle m’a enseigné à lire. J’ai commencé l’école (pour vrai) au mois de mai et en juin je suis passée en deuxième année. Faut croire que j’avais un bon prof.

    Pendant quelques années, j’allais demeurer chez ma grand-mère durant l’hiver. Sa maison était à environ un demi-kilomètre de l’école. Le lundi matin, mon père attelait notre chien, Mireau, à un traineau. Mireau m’emmenait à l’école. Je débarquais et le chien continuait jusque chez grand-maman. Le vendredi, on faisait l’inverse.

    J’aimais beaucoup rester chez ma grand-mère. Elle était pas mal stricte et ne me gâtait pas. Mais, il y avait chez elle ses cinq garçons, mes oncles, qui étaient jeunes (entre 18 et 26 ans) et qui étaient pleins d’entrain. Ils s’occupaient beaucoup de trucs. Ma grand-mère n’était pas toujours d’accord, mais mes oncles savaient me défendre.

    Mon parrain, oncle Jean-Baptiste, le plus vieux et le plus tranquille, avait un passetemps favori : il réparait les montres. Il en avait toute une série qu’il gardait pour les morceaux pour en réparer d’autres. C’est lui qui m’a donné ma première montre. Une grosse montre d’homme, avec un gros bracelet noir… mais j’étais tellement contente !

    Ma grand-mère était très religieuse, il fallait dire le chapelet suivi de longues prières tous les soirs, à genou. Il m’arrivait de manquer de sérieux quand il fallait prier trop longtemps. Grand-maman me faisait de gros yeux, mais il y avait toujours un oncle qui prenait ma part en disant que c’était lui qui m’avait fait rire.

    Grand-maman avait un magasin général, très petit comparativement aux magasins que tu connais. Le soir, après le souper, mes oncles allaient chercher la caisse d’argent et ils jouaient à l’argent.

    Au bout d’une couple d’heures, ils remettaient tout l’argent dans la caisse et allaient la serrer à sa place. Grand-maman les disputait, elle disait que c’était une invention du diable et qu’ils me donnaient mauvais exemple !! C’est sans doute à ce moment que j’ai développé mon gout de gambling. Le dernier de ces oncles (Pierre) est décédé le 1er juin 2010

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