1 octobre 2022

    Sauver le système de santé de l’Ontario: des solutions?

    ÉMILIE GOUGEON-PELLETIER

    Initiative de journalisme local — Le Droit

    Le premier ministre ontarien Doug Ford a promis que son gouvernement ferait une mise à jour à propos des solutions envisagées pour freiner la décrépitude du système de santé ontarien, mercredi. Voici les solutions que proposent des spécialistes en la matière.

    Une vague de fermetures temporaires des salles d’urgence dans les hôpitaux de l’Ontario – environ 25 au cours des dernières semaines – a fait monter d’un cran la pression au cours de l’été; les travailleurs de la santé et la population sont de plus en plus impatients de savoir ce que compte en faire la province.

    Même si la ministre de la Santé Sylvia Jones refuse de l’admettre, la crise qui frappe les hôpitaux et le système de santé de l’Ontario est sans précédent, confirment des experts.

    Ceci dit, Sylvia Jones doit faire une mise à jour à ce sujet ce mercredi, a promis le premier ministre ontarien Doug Ford, en début de semaine.

    Voici ce que les spécialistes du domaine de la santé espèrent entendre de sa part.

    Projet de loi 124

    « Annulez le projet de loi 124 », insistait sans grande surprise la présidente de l’Association des infirmières et des infirmiers de l’Ontario (AIIO), Cathryn Hoy, lors d’une conférence de presse tenue à Queen’s Park, mardi.

    « Si je ne l’ai pas dit une fois, je l’ai probablement dit un million de fois. J’ai l’impression d’être une cassette qui saute. Mais je continuerai à rejouer la cassette parce que ce projet de loi doit être annulé. Les infirmières doivent être rémunérées équitablement. »

    Cela fait maintenant trois ans que l’AIIO demande au gouvernement Ford de biffer son projet de loi 124, qui limite à 1% les augmentations de salaire des travailleurs de la santé rémunérés par le secteur public.

    Cette solution proposée se retrouve aussi au haut de la liste de corvées de l’Association des infirmières et infirmiers autorisés de l’Ontario (AIIAO).

    « Le gouvernement doit investir dans le retour des infirmières retraitées, elles sont un atout précieux. »

    Cathryn Hoy, présidente de l’Association des infirmières et des infirmiers de l’Ontario

    Former et attirer le personnel

    Le président-directeur-général de l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa, Thierry Mesana, note que le gouvernement s’est dirigé vers la bonne direction lorsqu’il a promis qu’il voulait mettre fin à la médecine de couloirs.

    « C’était un bon message », souligne le Dr Mesana, mais maintenant que les lits ont été ajoutés, il faut s’assurer que si on offre un lit à un patient, une infirmière sera là pour s’en occuper.

    « Le gouvernement doit investir dans le retour des infirmières retraitées, affirme Cathryn Hoy, elles sont un atout précieux. »

    Elle insiste: les nouveaux diplômés ont besoin de leur soutien, tout comme les infirmières internationales.

    Il faut aussi accélérer le processus faisant passer une infirmière praticienne à une infirmière auxiliaire, ajoute la présidente de l’AIIO. « Cinq ans, c’est beaucoup trop. »

    L’AIIO demande par ailleurs que le gouvernement augmente le financement pour des places supplémentaires dans les programmes collégiaux et universitaires de sciences infirmières.

    La prescription des médecins

    Les 43 000 médecins membres de l’Association médicale de l’Ontario (AMO) ont eu aussi des idées pour améliorer la situation dans le système de santé.

    La « prescription pour l’Ontario » en cinq étapes devrait selon eux permettre d’améliorer les soins de santé à travers la province:

    • Réduire les temps d‘attente et l’arriéré de services;
    • Étendre les services de santé et mentale et de lutte contre les dépendances dans la communauté;
    • Améliorer les soins à domicile et autres soins communautaires
    • Renforcer la santé publique et la préparation à une pandémie
    • Donner à chaque patient une équipe de fournisseurs de soins de santé et les relier de façon numérique

    La présidente de l’AMO et médecin en salle d’urgence, Rose Zacharias, soutient qu’il faut construire des « centres chirurgicaux autonomes » financés publiquement pour sortir les patients des hôpitaux « afin de réduire le fardeau des cas de moindre complexité » et de les amener là où ils pourraient recevoir les services dont ils ont besoin.

    La Dre Zacharias indique qu’au cours de ses 20 ans de carrière, elle n’a jamais connu de telles tensions au sein du système de santé.

    « Nous sommes confrontés à d’énormes défis en ce moment en tant que médecins des services d’urgence. Ça n’a jamais été aussi difficile qu’aujourd’hui. »

    Elle note que le trois quart des médecins sont épuisés, un phénomène qui entraîne une pénurie chez ces professionnels de la santé.

    De là l’importance, à ses dires, de connecter les patients de façon numérique. « Une équipe de fournisseurs de soins de santé pour chaque patient en Ontario, connectée numériquement, pour tirer parti des contraintes qui nous ont été imposées tout au long de la pandémie. »

    Privatisation?

    Au cours des dernières semaines, la ministre de la Santé a refusé d’exclure la possibilité de privatiser davantage le système de santé de l’Ontario.

    « Nous n’avons pas besoin de cela. Lorsqu’on accroît la privatisation des soins de santé, les soins universels sont pires, l’accès est pire, la qualité est pire, les résultats sont pires et les coûts sont pires pour le pays au complet. »

    Shoo K. Lee, professeur émérite de l’Université de Toronto

    Au Canada, environ 30% des dépenses en santé sont privées – soit effectuées par les membres du public – et 70% sont publiques.

    Et en Ontario, le pourcentage des dépenses publiques est encore plus bas: environ 60%.

    C’est le professeur émérite de l’Université de Toronto Shoo K. Lee, expert en santé publique, qui nous le dit.

    « Nous n’avons pas besoin de cela. Lorsqu’on accroît la privatisation des soins de santé, les soins universels sont pires, l’accès est pire, la qualité est pire, les résultats sont pires et les coûts sont pires pour le pays au complet. La privatisation permet aux riches d’avoir un meilleur accès, mais en même temps, ça crée un système dans lequel les riches peuvent acheter un meilleur accès aux dépens des plus pauvres. »

    Le Dr Lee est sans équivoque: la privatisation du système de santé est une « mauvaise idée ».

    « Est-ce que ça aide vraiment le système? Non. Parce que tout ce que vous faites, c’est transférer des ressources du public vers le privé. Le système public va donc en souffrir parce qu’il y a maintenant moins de ressources dans le système public pour servir les gens. Ainsi, quelques personnes qui peuvent se le permettre obtiendront de bien meilleurs services en payant beaucoup d’argent. En attendant, tout le système public va souffrir parce que maintenant nous avons moins de médecins et d’infirmières qui y travaillent, moins de ressources, mais vous savez, globalement dans tout le pays, c’est toujours le même nombre de médecins et d’infirmières. »

    Photo principale : Ontario Health

     

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