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Selon une des phrases du premier jet de l’entente qui sera discutée cette semaine au sommet des Nations unies sur la biodiversité, l’objectif d’ici 2030 devrait être « d’arrêter et inverser » la perte de biodiversité. Une cible qui, aussi bien intentionnée soit-elle, serait irréaliste: pour renverser une telle tendance, le rythme de la nature imposerait plutôt 80 ans.

C’est ce que résume l’expert en conservation des écosystèmes marins David Obura, qui signe avec ses collègues, le 5 décembre, une analyse dans la revue scientifique One Earth. Le défi de 2030, dit-il, n’est pas seulement trop ambitieux, il est simpliste et ne tient pas compte des réalités biologiques.

« Il faut du temps à des organismes pour grandir, spécialement les plus massifs comme les arbres ou les grands herbivores », rappelle Obura dans le New Scientist. « Ça peut prendre 100 ans ou plus à un écosystème pour passer par une succession d’étapes essentielles. » Ce n’est donc pas le genre de choses qu’on peut réorganiser en huit ans.

D’autres chercheurs partagent le même point de vue. « Une complète récupération [de la nature] n’est pas possible en seulement quelques décennies », renchérit l’écologiste britannique Tom Oliver, de l’Université de Reading.

L’objectif premier de la rencontre des Nations unies sur la biodiversité (COP15), qui commence cette semaine à Montréal, devrait être tout au plus d’infléchir la courbe des pertes d’écosystèmes, suggère David Obura, ce qui serait déjà un grand pas en avant. À l’inverse, se fixer des cibles irréalistes —et ne pas les atteindre— pourrait même nuire aux efforts de conservation de la nature. L’incapacité des États à atteindre les 20 cibles de protection de la biodiversité qu’ils s’étalent fixées en 2010, en a rendu plusieurs pessimistes.

Le même brouillon de l’entente de cette année, publié en juin dernier, fixait aussi comme objectif pour les humains de vivre « en harmonie » avec la nature en 2050, une cible encore plus vague. Une des critiques récurrentes à l’approche de la COP15 a d’ailleurs été que les cibles en général sont trop vagues: la raison étant qu’il s’agit souvent de la seule façon d’atteindre un consensus entre tous les pays. En date du 5 décembre, plusieurs parenthèses subsistaient dans cette version préliminaire de l’entente —c’est-à-dire des passages qui ne font pas encore consensus, et qui pourraient, pour cette raison, disparaître de la version finale.