2 octobre 2022

    Pour en finir avec la violence à l’endroit des travailleurs de la santé

    ÉMILIE GOUGEON-PELLETIER – Initiative de journalisme local — Le Droit

    L’opposition officielle à Queen’s Park veut s’assurer que les travailleurs de la santé qui dénoncent des incidents de violence n’en subissent pas les répercussions.

    « Personne ne devrait avoir à travailler en craignant d’être agressé », estime la porte-parole néo-démocrate en matière de santé France Gélinas.

    Elle vient de redéposer son projet de loi visant à protéger les travailleurs de la santé ontariens contre la violence au travail, mort au feuilleton en raison des élections provinciales du 2 juin.

    S’il reçoit l’appui du gouvernement, ce projet de loi modifierait la Loi sur la santé et la sécurité au travail afin d’empêcher les représailles pour avoir dénoncé la violence ou le harcèlement.

    « Plus encore, aucune carrière ne devrait être affectée négativement, pour avoir soulevé des inquiétudes quant à leur sécurité personnelle, à leur dignité. Cela est particulièrement vrai dans le domaine de la santé où les travailleurs sont contraints de subir le poids de la frustration du public causée par un système de santé surchargé et en sous-effectif », a affirmé France Gélinas.

    Rapports mensuels

    Le projet de loi de la députée franco-ontarienne de Nickel Belt exige aussi que les hôpitaux et les foyers de soins de longue durée (FSLD) publient des rapports mensuels à propos de la violence et du harcèlement sur les lieux de travail.

    « Nous voulons que les travailleurs s’expriment lorsque la violence et le harcèlement se produisent plutôt que de garder le silence. Malheureusement, dans de nombreux hôpitaux et autres établissements de soins de santé, la violence au travail est trop souvent balayée sous le tapis. Les infirmières et les autres travailleurs de la santé ont l’impression qu’on leur dit que le harcèlement physique et verbal fait partie du travail. »

    Hausse en Ontario

    Le harcèlement, la violence physique, les agressions sexuelles et les attaques à caractère raciste sont en hausse dans les hôpitaux et dans les FSLD depuis le début de la pandémie, à travers la province.

    Un sondage mené au printemps par le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) auprès de 2300 infirmiers auxiliaires autorisés de première ligne, préposés aux services de soutien personnel, brancardiers, préposés au nettoyage et autres membres du personnel hospitalier de première ligne, a révélé que 63% ont déclaré avoir subi des violences physiques.

    Quant aux violences non physiques, ce taux grime à 78%, et on apprend que 49% des travailleurs ont confié avoir été victimes de harcèlement sexuel.

    Selon le SCFP, 36% de tous les travailleurs hospitaliers sondés disent avoir subi une agression sexuelle.

    Parmi les travailleurs racialisés, 71% disent avoir été victimes de harcèlement ou d’abus en raison de leur race ou de leur apparence.

    Pourtant, la main-d’œuvre racialisée ne représente que 35% du personnel hospitalier de la province.

    Plus de la moitié des membres du personnel hospitalier de l’Ontario jugent qu’il s’agit d’un problème qui a augmenté au cours de la pandémie, et presque 50% des répondants sont d’avis que les hôpitaux n’ont rien fait pour accroître la protection du personnel au cours de la dernière année.

    « De tous les groupes professionnels, les travailleurs de la santé sont ceux qui courent le plus grand risque de violence au travail », déplore le vice-président du Conseil des syndicats d’hôpitaux de l’Ontario (CSHO-SCFP), Dave Verch.

    Infirmier auxiliaire autorisé, M. Verch allègue qu’au cours de la dernière décennie, la violence contre les infirmières a augmenté trois fois plus vite que la violence contre la police et les agents de correction réunis.

    Cette violence infligée à l’endroit d’un corps professionnel composé à 84% de femmes – et en « grande partie à motivation raciale » – « s’inscrit dans un contexte de pénurie de personnel grave et sans précédent dans nos hôpitaux, dans leur troisième année de lutte contre cette pandémie », déplore Dave Verch.

    Postes vacants

    Il croit aussi que la violence et le harcèlement expliquent en grande partie le nombre de postes vacants au sein des professions de la santé.

    Le sondage du SCFP conclut que 62% des membres ont déclaré être déprimés, anxieux ou émotionnellement épuisés.

    Et la situation est probablement bien plus grave qu’on ne le pense, selon l’infirmier autorisé et vice-président régional de l’Association des infirmières et des infirmiers de l’Ontario (AIIO), DJ Sanderson, parce que plusieurs travailleurs ne signalent pas les incidents de violence ou de harcèlement au travail, par crainte de représailles.

    « Beaucoup trop souvent, lorsque ces incidents se produisent, il y a un certain nombre de choses qui traversent l’esprit des infirmières. Peut-être que ça ne s’est pas vraiment passé, peut-être que je l’imagine, ou mes employeurs ne feraient rien. Alors pourquoi s’embêter? Ou pire, l’employeur prétendra que je suis en quelque sorte responsable de ce qui s’est passé et certains pensent encore que cela fait partie du travail. Mais frapper, frapper, crier, poignarder et toucher une autre personne sans son consentement, c’est de la violence, c’est du harcèlement et ça doit arrêter. »

    Appui du gouvernement?

    En période de questions à Queen’s Park, mercredi, la députée Gélinas a demandé au gouvernement Ford s’il avait l’intention d’appuyer son projet de loi.

    Le ministre du Travail, de l’Immigration, de la Formation et du Développement des compétences, Monte McNaughton, n’a pas voulu répondre directement à la question.

    Il en a plutôt profité pour attaquer le bilan du NPD ontarien et l’a accusé de ne pas être « le parti des travailleurs qu’il prétend être ».

    « Le soi-disant “ parti des travailleurs ”, le NPD, a voté contre la loi sur le travail pour les travailleurs pour augmenter les amendes infligées aux employeurs qui enfreignent la loi. »

    Monte McNaughton a assuré que son gouvernement a embauché plus de 100 nouveaux inspecteurs de la santé et de la sécurité et que depuis le début de la pandémie, plus de 100 000 enquêtes et inspections en milieu de travail ont été effectuées.

    Il n’a pas précisé combien de ces enquêtes et inspections ont été menées dans les hôpitaux et les FSLD, spécifiquement.

    Photo principale : OIIAQ

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