2 octobre 2022

    L’hypocrisie entourant les dons financiers des grandes entreprises aux noms de la clientèle !

    Je me suis rendu à Toronto dernièrement pour un rendez-vous médical. Lors de ce périple de deux jours, on m’a sollicité à quatre reprises dans des commerces pour que j’ajoute de l’argent à ma facture envers des causes. Ce genre de marketing hypocrite des grandes entreprises aux frais de la clientèle me dérange un peu et je vous explique pourquoi. 

    Pour être clair en partant, je ne parle pas des entreprises locales qui offrent des dons aux organismes de chez nous, pour le bien de la communauté de Hearst et de la région. Je parle des grandes entreprises qui utilisent notre portemonnaie pour bien paraitre et, du même coup, sauver de l’impôt. 

    Pourquoi les entreprises font-elles des dons ? Il y a plusieurs raisons, mais de manière générale, il y en a trois. La première et la plus noble : les propriétaires sont reconnaissants et souhaitent remettre une partie de leurs gains pour remercier leur clientèle, s’affichant ainsi comme de bons citoyens corporatifs. Je vous dirais que 95 % des commerces et entreprises locales se situent dans cette catégorie. Du monde d’ici pour les gens d’ici ! Bravo et continuez de le faire. 

    La deuxième raison consiste à s’assurer une visibilité. Les grandes entreprises vont offrir des dons pour être bien vues. En fait, ça relève beaucoup plus de l’approche publicitaire, mais les propriétaires le font de manière noble, pour la cause. De plus, ces dons sont bien souvent déductibles d’impôt. 

    La troisième raison est pour le marketing. Il s’agit d’une méthode sournoise de faire payer la visibilité de l’entreprise par les consommateurs. Une fois à la caisse, on nous demande devant tout le monde — et on ne le fera jamais de manière discrète étant donné qu’on veut que tous les clients faisant la file entendent le « Voulez-vous ajouter 2 $ pour les enfants malades ? » 

    La technique est très claire, le personnel aux caisses a été formé pour ça : assurez-vous que les autres clients entendent la question pour que la personne qui s’apprête à payer se sente mal de dire non ! Sérieusement, si j’ai vraiment le gout de faire un don pour les enfants malades, je vais le faire moi-même. De plus, un reçu me sera remis pour réduire mes propres impôts. 

    En ligne, ce n’est pas mieux. À tout moment, on nous demande d’ajouter quelques dollars pour une cause. Une fois la campagne terminée, les actionnaires remettent un gros chèque. Ça parait très bien, mais on s’entend que ce sont les clients qui ont fourni l’argent et non pas l’entreprise. 

    Dans le temps des Fêtes, des commerces amassent des fonds pour offrir des cadeaux aux enfants défavorisés, mais nous savons que l’argent récolté est dépensé dans le magasin en question ! En fait, à la caisse, on vous demande de l’argent pour vendre plus de marchandise ! Voilà de l’hypocrisie pure et simple… ils mentionnent le faire pour la cause, mais c’est davantage pour augmenter leur chiffre d’affaires ! Lorsque ces entreprises doubleront ou tripleront les montants recueillis, on les changera de catégorie. 

    Il faut toujours être prudent parce qu’il y a des personnes sans scrupules qui tentent d’arnaquer les pauvres citoyens en utilisant toutes sortes de causes. 

    On pourrait également parler des techniques utilisées, car certains propriétaires ou gérants vont subtilement mettre de la pression sur les employés avec des compétitions entre le personnel ou entre magasins. Quel commerce réussira à ramasser le plus ? Le magasin de la chaine le plus efficace gagnera un beau ruban mauve ! Et fait, c’est davantage quel commerce réussira à soutirer le plus d’argent à ses clients pour faire augmenter le chiffre d’affaires. 

    Si cette entreprise avait vraiment de bonnes intentions, accepterait-elle de remettre la somme recueillie à un organisme pour acheter des cadeaux auprès des commerces locaux ? 

    Un autre exemple : un vendeur de barres de chocolat au profit d’une cause de l’Ontario que je ne nommerai pas. Il passe de commerce en commerce pour offrir un présentoir. La personne responsable passe quelques semaines plus tard pour ramasser l’argent. Il est venu à nos bureaux ; la première fois je n’étais pas là. Donc, la secrétaire accepte la boite et vend les chocolats. Au retour du monsieur, j’ai posé un peu trop de questions pour savoir où se dirigeait l’argent. J’ai donc eu droit à un monsieur pas de bonne humeur m’expliquant qu’il n’avait pas juste ça à faire ! Pas louche du tout ? 

    Lorsqu’une entreprise se spécialise dans la récolte de dons, il ne faut pas oublier que les vendeurs et tout le personnel qui gravitent autour sont payés. Et, à titre de journaliste, j’ai souvent posé la question : « Quel est le pourcentage de l’argent récolté qui constitue un don ? » C’est très drôle parce que je n’ai jamais obtenu de réponse ! 

    Personnellement, ce genre de chose me dérange ! Je dis toujours non à ce type de campagne. Moi, j’achète les billets de loterie des organismes locaux, je remets de l’argent pour les causes locales et ça me fait plaisir d’offrir de mon temps pour aider des personnes dans le besoin dans notre région. Je vais donner pour les campagnes des enfants malades, mais pour aider les enfants malades de notre communauté ! À titre d’exemple, je sais que 100 % des fonds amassés par le Rotary seront dépensés pour les enfants et les familles d’ici. 

    On dit que toutes les causes sont bonnes, mais il faut quand même s’assurer qu’il y a vraiment une cause ! 

    Image : foodnetwork.com

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