28 septembre 2022

    L’héritière de Gisèle Lalonde

    Charles Fontaine – IJL – Réseau.Presse –Le Droit

     

    Toute la famille Lalonde a à cœur la langue française. La défunte militante de Vanier, Gisèle Lalonde, a laissé derrière elle un immense héritage d’identité linguistique, non seulement dans sa famille, mais dans toute la communauté franco-ontarienne. Parmi ses descendants, il y a Geneviève Lalonde, « celle qui lui ressemble le plus ».

     

    La mère de jeunes enfants qui enseigne depuis bientôt dix ans dans les écoles secondaires publiques de la région d’Ottawa œuvre depuis un an à l’école nommée en l’honneur de sa grand-mère. « Disons que j’ai rendu ma grand-mère très fière. Elle me disait toujours qu’il fallait que j’aille enseigner à son école. »

     

    Faire son propre nom

     

    Par contre, elle n’a pas voulu dévoiler immédiatement à ses collègues qu’elle est la petite-fille de la figure à la tête de SOS Montfort. Elle voulait faire son propre nom et démontrer par elle-même ses talents d’enseignement. Ça a fini par se savoir.

     

    « Il ne faut pas le cacher, c’est de là d’où vient mon engagement pour l’enseignement. C’est de ma grand-mère et de ma famille. […] Si ce n’était pas d’eux, je ne sais pas si je serais autant intéressée par la culture franco-ontarienne, la langue française et l’histoire des francophones. »

     

    Sa grand-mère avait tout de suite vu en elle la continuation de son travail. « Elle m’a dit toute ma vie que lorsqu’elle était pour céder sa place, que c’était à moi de prendre le bâton, se souvient Geneviève Lalonde. Je ne dis pas que je vais me lancer dans les mêmes batailles que ma grand-mère. J’ai de jeunes enfants et c’est important pour moi d’être avec eux. »

     

    Chaque geste compte

     

    Pour perpétuer l’héritage de grand-maman, elle ne cesse de parler des enjeux francophones qu’il reste à améliorer, à son entourage, mais surtout à ses élèves, la prochaine génération. Des gestes simples comme parler en français dans les corridors et assister à des évènements culturels en français peuvent faire une différence avec la force du nombre, insiste-t-elle.

     

    L’enseignante de français tente de piquer l’intérêt des élèves avec d’autres sujets comme l’histoire, la politique et l’actualité du quotidien. « Je trouve ça difficile à enseigner, parce que les élèves ont souvent un préjugé quand ils rentrent dans ton cours. Ils pensent qu’ils s’en vont faire de la grammaire pendant le semestre au complet. »

     

    La résidente de Clarence Creek tient alors beaucoup d’activités de discussions où les élèves ont l’occasion de faire valoir leurs opinions, ce qui les captive davantage, souligne l’enseignante.

     

    Pour influencer les jeunes de son école à employer leur langue maternelle au quotidien (elle relève qu’il est très tentant pour eux de changer à l’anglais), elle leur montre les avantages concrets, comme voyager dans le monde et décrocher un emploi à la fonction publique. « Après, on leur fait réaliser que pour être une personne complète, tu as besoin de comprendre ton histoire et ton identité pour pouvoir avoir un impact sur ton milieu plus tard. […] Une personne qui est dévouée à l’amélioration de sa communauté doit comprendre d’où elle vient. »

     

    Militantisme au quotidien

     

    Selon Geneviève Lalonde, le simple fait de promouvoir la langue française en l’employant tous les jours constituerait un grand pas en avant pour la survie de la langue en Ontario. Et les grandes manifestations seraient de moins en moins nécessaires.

     

    « Je me considère une militante de la langue française, parce que je vis ma vie en français. J’exige des services en français, j’enseigne la langue à mes élèves et je propage la culture franco-ontarienne. Tu n’es pas obligé de faire un discours sur un podium pour être militant de la langue française. […] Si tout le monde l’était un peu, on pourrait aisément sauver les acquis qui sont encore en jeu et qui ne sont pas protégés à 100%. »

     

    « La plus grande chose sur laquelle il faut travailler, c’est de préserver nos acquis, parce qu’ils commencent à disparaître, poursuit-elle. C’est tellement facile de rentrer dans un service public et de choisir de parler en anglais, mais il faut exiger de se faire servir en français. »

     

    Avenir en politique?

     

    Elle ne cache pas ses déceptions face au gouvernement provincial conservateur, qui a déjà eu comme objectif de mettre fin au projet de création de l’Université de l’Ontario français ainsi que d’abolir le Commissariat aux services en français. La francophonie ontarienne se rappelle certainement du jeudi noir en 2018.

     

    « Je pense qu’il y a un historique de gouvernement, surtout conservateur, qui cherche des coupures. Puis c’est facile de s’attaquer aux services pour les francophones, parce qu’on ne représente pas une proportion de la population qui pourrait complètement changer les résultats au scrutin lors des élections. »

     

    « Je cherche un gouvernement qui va être plus courageux que ça, qui va faire ce qui est bon et qui est nécessaire [pour assurer la survie de la communauté franco-ontarienne]. »

     

    Elle donne comme exemple de courage l’ancienne députée conservatrice, devenue libérale, dans Glengarry-Prescott-Russell, Amanda Simard.

     

    Quand ses enfants seront autonomes, elle songe à se lancer dans l’arène de la politique provinciale. « La politique m’intéresse, mais je ne suis pas aussi confiante que ma grand-mère l’était. Elle a toujours foncé et elle ne posait pas de question. Je suis beaucoup plus introverti qu’elle. »

     

    Avec ses hauts et ses bas, la langue française peut envisager un futur prometteur en Ontario. À condition que chacun fasse sa part, conclut Geneviève Lalonde. « L’avenir du français en Ontario peut être tout aussi brillant si la communauté franco-ontarienne s’y engage, surtout les jeunes adultes qui ont des enfants et la jeunesse. »

    Photo principale : Initiative du journalisme locale

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