1 octobre 2022

    Les restaurants sont durement éprouvés par la pénurie de main-d’œuvre

    Christian Gammon-Roy – IJL – Réseau.Presse

    Tribune : la voix du Nipissing Ouest

    La pénurie de main-d’œuvre touche tous les secteurs à travers le monde ces derniers mois et le Nipissing Ouest ne fait pas exception, mais ce sont les restaurants qui écopent du pire. Au cours du mois d’août, plusieurs restaurants locaux ont dû modifier leurs heures, restreindre des options de service ou même fermer complètement pendant la fin de semaine en raison d’un manque d’effectifs.

    Au mois de juillet, le Labour Market Group, qui produit des rapports mensuels sur le marché du travail dans le Nipissing et Parry Sound, a prédit cette crise. L’organisme a averti qu’environ 64% des commerces de restauration et d’hébergement du district allaient manquer de main-d’œuvre dans les trois mois suivants.

    Cela se voit déjà clairement. Vous cherchez à manger chez Gervais en fin de semaine ? Malheureusement, le restaurant a dû fermer ses portes les samedis et dimanches au mois d’août. Vous voulez profiter du beau temps en mangeant sous la tente chez Lorraine’s Restaurant? Ce resto a dû démonter la tente parce qu’il n’avait pas assez d’employés pour assurer le service à l’intérieur et à l’extérieur en même temps. Ce ne sont que deux exemples.

    Selon les restaurateurs, c’est dans la cuisine qu’il manque le plus de mains. Eric Guenette, propriétaire du restaurant Gervais, dit que la décision de fermer les fins de semaine relève du manque de personnel en cuisine. Puis il n’est pas seul. «Nous avons seulement 3 cuisiniers alors qu’il nous en faut cinq,» déplore Rick Dumont, co-propriétaire de Lorraine’s. Guy Fortier, propriétaire de Lavigne Tavern, dit qu’il lui manquait un cuisinier pendant tout le mois d’août. Lorsque son restaurant a été frappé par la COVID-19, il a dû fermer les portes pendant quelques jours.

    Bien sûr, ils cherchent tous à embaucher, mais leurs appels d’offres restent sans réponse ou les postulants se montrent peu fiables. M. Dumont dit qu’il a deux postes de cuisinier et trois postes de serveur affichés depuis cinq mois en ligne. « Nous n’avons reçu aucune demande ! » M. Guénette affiche aussi depuis plusieurs mois, et même s’il a embauché des personnes, celles-ci ne restent jamais longtemps. « Ça arrive beaucoup depuis trois mois : les gens ne se présentent pas à l’entrevue, ou ils ne viennent pas travailler après l’embauche, ou ils arrivent toujours en retard. » Guy Fortier a eu «un coup de chance » : un ancien employé a accepté de revenir le dépanner en cuisine les fins de semaine.

    En effet, tous les restaurateurs cherchent des moyens de motiver leurs employés à rester. « Il faut être très disciplinés en ce qui a trait à l’attraction et la rétention du talent, » explique Bruno Lepage, co-propriétaire du Riv Chip Stand. Il dit qu’il faut créer un environnement de travail agréable et stimulant pour favoriser un bon moral. «Personne ne veut aller travailler si ce n’est pas amusant. » M. Guenette ajoute que la fermeture les fins de semaine visait aussi à retenir son personnel. « Afin de garder le personnel que j’aie, je préfère fermer les fins de semaine plutôt que les brûler, » dit-il. « Depuis que je suis fermé ces deux jours, le moral est meilleur. » Chez Lorraine, les propriétaires ont décidé de fermer pendant la longue fin de semaine de la Fête du Travail pour offrir une fête à leurs employés.

    Bien sûr, tous les restaurants ne fermeront pas les fins de semaine, mais la fermeture des uns se fait sentir chez les autres. M. Dumont avoue que c’est la folie chez Lorraine’s à l’heure du déjeuner depuis la fermeture de Gervais la fin de semaine. «Les clients se fâchent quand nous n’avons plus de tables, » dit-il, mais l’espace et le personnel sont limités. Certains vont jusqu’à Lavigne pour déjeuner. « Les fins de semaine où Gervais était fermé, plus de gens venaient ici, » confirme Guy Fortier. « Cette année, la demande dépasse notre capacité à produire, même si nous avons amélioré la cuisine. »

    La pandémie n’est pas la seule cause

    Beaucoup de personnes attribuent la pénurie de main-d’œuvre à la pandémie. Cependant, Chantal Carré, directrice du service à l’emploi Options Emploi, dit que la crise était déjà prévisible bien avant. « La pandémie n’est pas l’unique cause de ce problème; elle a simplement exacerbé ce problème que nous prévoyons depuis des années. » Selon elle, le facteur principal est le taux de remplacement des travailleurs qui quittent le marché. « Le nombre de personnes qui quittent la région, notamment les jeunes, est plus élevé que le nombre de personnes qui arrivent, ce qui diminue notre main-d’œuvre. Cela n’est pas dû à la pandémie, mais c’est pire à cause de la pandémie. »

    De plus, le taux de chômage est historiquement bas donc il y a moins de personnes qui cherchent un travail, et Mme Carré croit que la pandémie contribue à cela. Selon elle, beaucoup de personnes ont devancé leur retraite suite à un arrêt de travail, et d’autres ont changé de carrière. Elle ajoute que certaines personnes ont décidé tout simplement de rester à la maison. « Certains ont changé leurs habitudes de vie et se contentent de vivre avec moins, en ayant réduit leurs coûts en essence, en garde d’enfants et autres, » décrit-elle.

    L’inflation rend aussi le travail à distance plus attrayant, et ces opportunités sont plus abondantes depuis la pandémie. Les travailleurs à distance peuvent économiser sur le transport, les services de garde et autres, et plusieurs ne veulent donc plus d’un travail en présentiel. Évidemment, pour le service aux tables et en cuisine, il faut bien être sur place.

    Mme Carré dit qu’Options Emploi est là pour aider les employeurs. « Nous les aidons à surmonter ces défis, » assure-t-elle. Elle offre des conseils pour l’affichage de postes. « Soyez clairs dès le départ sur les avantages de travailler chez-vous. » Elle recommande d’inclure le salaire, les heures de travail, les avantages sociaux de manière claire et concise, et d’indiquer sa flexibilité en matière d’horaire et d’attentes. Si un employeur est prêt à accepter un postulant avec moins d’expérience et de formation qu’à l’habitude, il faut le mentionner afin d’encourager plus de demandes. Sinon, « dès le départ, vous allez éliminer un bassin de candidats potentiels qui n’oseront pas faire demande. »

    En plus des difficultés à recruter, les restaurants sont aux prises avec des coûts galopants, ce qui limite leur capacité à attirer avec de plus gros salaires. « Le coût des aliments a monté d’environ 40 %. L’électricité, c’est 20 % et le gaz, 30% par rapport à l’an dernier. Il y a aussi des problèmes d’approvisionnement, » déplore M. Dumont. MM. Guénette et Fortier renchérissent. Lavigne Tavern a été obligé de suspendre sa soirée « ailes de poulet à volonté » jusqu’à ce que les prix se stabilisent. M. Fortier dit que les prix n’arrêtent pas de fluctuer d’une semaine à l’autre, si bien qu’il a dû réimprimer son menu deux fois déjà cette année.

    S’il y a une lueur au bout du tunnel, elle est encore loin selon les restaurateurs. « Lorsque les jeunes retourneront à l’école, beaucoup d’entreprises vont perdre encore plus d’employés, » souligne M. Guénette. Il faudra donc se montrer patient dans les restaurants et commerces locaux cet automne, en n’oubliant pas que les employés qui restent sont souvent surmenés et font de leur mieux.

    Photo : https://www.ziprecruiter.com

     

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