28 septembre 2022

    Les déboires du recyclage commercial

    Charles Fontaine – IJL – Réseau.Presse –Le Droit

     

     

    Recycle Action est un centre de dépôt et de tri situé à Hawkesbury. L’entreprise sociale couvre les territoires de Hawkesbury, Champlain, Hawkesbury Est, Alfred et Plantagenet et La Nation. En plus d’effectuer la collecte chez les résidences de ces municipalités, elle offre le service aux commerces de Hawkesbury, Champlain, Hawkesbury Est.

     

    Cependant, les entreprises ne sont pas obligées de recycler leurs emballages et doivent payer 25$ par collecte pour ce service. De nombreux commerces jettent toujours leurs matières recyclables à la poubelle. « Je passe devant des commerces qui ont des piles de cartons qui vont aux ordures. Je trouve ça dommage », témoigne le directeur des opérations chez Recycle Action Robert Lessard.

     

    Dans leur petit centre, tout est trié à la main par des personnes avec des défis à l’employabilité. Le matériel est ensuite vendu.

     

    Toutes les municipalités offrent la collecte du recyclage aux petites entreprises, si elles en produisent la même quantité que les résidences. Les plus grands commerces doivent faire affaire avec une firme externe pour recycler leurs résidus. « C’est très difficile de facturer un commerce. On n’est pas équipé pour déterminer le poids. Ce n’est pas juste d’offrir le même service à un commerce qui produit un haut poids de recyclage contre un qui en produit peu », explique le gérant des infrastructures environnementales dans La Nation, Daniel Desforges.

     

    Minuit moins quart pour les dépotoirs

     

    À la grandeur de la province, 98% des industries, commerces et institutions (ICI) ne sont pas obligés de recycler, rapportait la vérificatrice générale de l’Ontario dans son dernier Rapport annuel des audits sur l’environnement publié en novembre 2021. Elle révélait qu’il peut coûter six fois plus cher de réacheminer les matières mixtes des ICI que de les envoyer au site d’enfouissement.

     

    En date de 2018, seulement 15% des déchets des industries ont été réacheminés, c’est-à-dire qu’ils ont été réutilisés, recyclés ou compostés au lieu d’être éliminés. Le ministère de l’Environnement a pour objectif de réacheminer la moitié de tous les déchets générés par les ICI d’ici 2030, et 80% d’ici 2050.

     

    Parlant de déchets, dès qu’on aboutit sur la page d’accueil du site web de l’Association de gestion des déchets de l’Ontario (OWMA), un compte à rebours nous remet les pendules à l’heure. Il est affiché en temps réel le temps restant avant que les dépotoirs de l’Ontario atteignent leur pleine capacité, soit un peu plus de 11 ans.

     

    Bac bleu plus inclusif

     

    En juillet 2023, le système du recyclage dans la province commencera sa grande réforme. La responsabilité du recyclage qui est actuellement partagée entre les municipalités et les fabricants tombe entièrement entre les mains des producteurs.

     

    Les municipalités de l’Est ontarien seront dans les premières à transiger vers ce programme qui s’échelonnent jusqu’en 2025. Selon le ministère de l’Environnement, ce changement fera économiser 156 millions de dollars par année aux municipalités. Il souhaite que d’ici 2026, toutes les collectivités à l’extérieur du Grand Nord soient équipées d’un système de recyclage.

    La variété de matières acceptées dans le bac sera également plus vaste et sera constante à travers la province.

     

    Le spécialiste en gestion des déchets à l’Université d’Ottawa, Rahim Baba, aurait cru bon de prévoir un projet pilote pour que la population et les municipalités puissent s’adapter. «Je vois que le gouvernement a été prudent de faire ça de manière graduelle. Mais on ne sait pas où on va. Il faut qu’il y ait une campagne pour sensibiliser les gens.»

     

    « Cette nouvelle loi change tout. Elle veut absolument réduire la quantité de matière à la décharge. C’est très bien. Mais il faut regarder de près les moyens dont ils [les producteurs] disposent et leur fiabilité. Les bacs bleus seront davantage remplis qu’avant, mais est-ce que toute cette matière sera recyclée? », s’interroge-t-il.

     

    Il y aura davantage d’immeubles à logements, de foyers de soins de longue durée, de maisons de retraite et d’écoles qui auront le service de recyclage. Les parcs, les stations de transport en commun et les espaces publics seront aussi plus nombreux à être dotés d’un bac bleu. Cependant les ICI doivent continuer d’organiser leur collecte de matières recyclables par le biais de contrats avec des fournisseurs privés.

     

    C’est une manière d’inciter les producteurs à songer plus longuement à la manière dont ils vont fabriquer leurs emballages, puisqu’ils devront payer pour les recycler. La province mentionne que les coûts des produits pourraient augmenter de quelques sous.

    Photos : Martin Roy, Le Droit

     

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