27 mai 2022

    Les 10 nouvelles non-COVID de 2021

    Les journalistes scientifiques ont passé une autre année à décortiquer pandémie, virus et vaccins sous toutes leurs facettes. Mais il n’y a pas eu que ça.

     

    La planète Mars a par exemple occupé beaucoup d’attention. D’une part, la nouvelle sonde américaine, Perseverance, arrivée en février avec son véhicule roulant. D’autre part, son petit hélicoptère, Ingenuity, qui a offert aux amateurs d’exploration spatiale de quoi rêver. En troisième lieu, la sonde chinoise Tianwen-1, arrivée en mai. Mais pendant tout ce temps, une sonde beaucoup plus discrète, Insight Lander, qui se consacre depuis 2018 à l’étude du sous-sol martien, a renvoyé des données inédites sur le noyau de la planète rouge. D’un micro-séisme à l’autre, ses instruments dressent lentement un portrait d’une « croûte martienne » plus mince (40 km) que la croûte terrestre, surplombant un manteau lui aussi moins profond, laissant ainsi de la place à un noyau plus large que prévu. Ça implique qu’il est moins dense, avec une partie liquide dont la composition intrigue beaucoup les géologues.

    Un traitement contre l’Alzheimer a aussi attiré l’attention, mais pas pour les raisons qu’on aurait espéré. En juin, le médicament Aduhelm devenait aux États-Unis le « premier traitement approuvé contre la maladie d’Alzheimer depuis 2003 ». Le problème, c’est qu’il avait fait l’objet d’un vote négatif d’un comité d’experts en novembre 2020. Au coeur de la controverse: les plaques bêta-amyloïdes dans le cerveau. Bien que leur association avec l’Alzheimer soit contestée depuis trois décennies, c’est sur la base des preuves partielles comme quoi le médicament réduirait ces plaques que le médicament a été approuvé. L’agence américaine des médicaments a reculé le mois suivant, suggérant que seuls les patients qui ont de légères pertes de mémoire devraient recevoir le médicament.

    Des particules inconnues de la physique ? En avril, une particule appelée muon a provoqué beaucoup d’excitation chez les physiciens. Après avoir expédié 8 milliards d’entre elles dans un anneau de 14 mètres au laboratoire Fermilab de l’Illinois, soumis à un champ magnétique, il s’est avéré que le rythme auquel les muons auraient dû osciller était plus rapide de 0,0002% que prévu. Suffisamment pour dire aux physiciens qu’il y a là quelque chose d’autre qui est à l’oeuvre. Particules encore inconnues, ou loi de la physique encore à découvrir? Cette anomalie constitue peut-être l’indice le plus important en 10 ans de ce « quelque chose » se situant au-delà du Modèle standard que traquent les physiciens depuis un demi-siècle.

    CRISPR, encore. Ce « scalpel biologique » qui peut servir à manipuler les gènes avec une grande précision était parmi les événements de 2020 pour la toute première intervention sur les gènes d’un humain adulte (un patient aveugle à cause d’un rare problème génétique), et il sera probablement parmi ceux de 2022 alors que les expériences sur des animaux et des humains continuent de s’accumuler. Entretemps, cette année, CRISPR a offert en juin ses premiers résultats cliniques sur six patients traités pour une maladie mortelle, mais rare, l’amyloïdose héréditaire à transthyrétineElle se caractérise par une production anormalement élevée d’une protéine dans les organes; l’objectif du traitement est donc de corriger le gène responsable. Tous les participants ont vu le niveau de la protéine en question diminuer dans des proportions variant de 52 à 87 %.

    Mais en parallèle, la réflexion sur l’usage qui pourra être fait de cette technologie de modification des gènes, non pas chez des adultes mais chez des embryons, avance à pas de tortue. En juillet, un comité de l’Organisation mondiale de la santé a publié des lignes directrices qui, si elles étaient appliquées, seraient les premières du genre.

    Autour de la Terre

    Le sort de la planète a aussi fait couler beaucoup d’encre. À elle seule, notre petite planète se mérite la moitié des nouvelles non-COVID de l’année, des nouvelles souvent balayées sous le tapis en raison de l’urgence pandémique, mais ce n’est pas parce que la planète n’a pas tenté d’attirer notre attention.

    • Des records de chaleur. Ça devient tellement répétitif que ça peut sembler une nouvelle banale, si on oubliait qu’il s’agit d’un avant-goût des temps à venir. Et à ceux qui prétendent qu’il y a chaque année autant de records de froid que de records de chaleur: c’est faux.
    • Des incendies en nombre record. S’il fait plus chaud, il risque d’y avoir plus d’incendies. Et s’il y a moins de pluie, le risque est encore plus élevé. Et à mesure que les forêts disparaissent, il y a davantage du CO2 que nous produisons qui s’accumule dans l’atmosphère, donc, il fait plus chaud.   
    • D’autres catastrophes naturelles liées au climat. Avec les tornades par exemple, la question reste posée: quel est le lien exact avec les changements climatiques? Mais en attendant, il y a une science encore toute jeune qui, devant l’urgence, se développe très vite: l’attribution.
    • L’érosion de la biodiversité. Même le Forum économique de Davos a ajouté dans son rapport cette année —comme il le fait depuis une décennie— le déclin des écosystèmes parmi les « risques majeurs » qui devraient monopoliser notre attention.
    • Les déplacements de populations. C’est la plus imprécise des menaces, parce qu’il est bien difficile de dire quelle proportion des migrants d’une région —par exemple, l’Amérique centrale— auraient de toutes façons tenté leur chance vers le Nord pendant telle ou telle année. Mais il est certain qu’une sécheresse ou une famine exacerbent des problèmes économiques ou sociaux déjà graves. Et tous les indicateurs vont dans le même sens: dans plusieurs régions du monde, y compris dans des régions faisant partie de pays riches, ça ne va pas aller mieux en 2022.

    Photo : Agence Science-Presse

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