2 octobre 2022

    L’Autochtone franco-ontarienne Michelle O’Bonsawin bientôt à la Cour suprême

    Elle siège à la Cour supérieure de justice de l’Ontario à Ottawa depuis 2017, elle est membre abénakise de la Première Nation d’Odanak, et elle est « parfaitement bilingue ». Le premier ministre Justin Trudeau propose maintenant la nomination de Michelle O’Bonsawin pour siéger à la Cour suprême du Canada.

    Me Michelle O’Bonsawin deviendra la première juge autochtone au plus haut tribunal du pays, a annoncé Justin Trudeau, vendredi matin.

    « Je suis heureux d’annoncer la nomination de la juge Michelle O’Bonsawin à la Cour suprême du Canada, une instance reconnue dans le monde entier pour sa solidité, son excellence et son indépendance », a déclaré le premier ministre par voie de communiqué.

    Ce ne sera pas la première fois que Me O’Bonsawin fait éclater le plafond de verre: en 2017, elle était assermentée à la Cour supérieure de justice de l’Ontario, devenant la première femme autochtone à accéder à la magistrature à Ottawa et la première personne issue de la nation Abénakis à devenir juge.

    Droits de la personne

    Originaire de Hanmer, un petit village francophone en banlieue de Sudbury, l’avocate s’est spécialisée durant sa carrière en droit de la santé mentale et dans le domaine des droits de la personne.

    Elle qui a enseigné le cours de Droit des Autochtones au programme de common law à l’Université d’Ottawa est aussi une ancienne membre du Bureau des gouverneurs de l’institution postsecondaire.

    Elle est titulaire d’un baccalauréat ès arts et d’un autre en droit, d’une maîtrise en droit et d’un doctorat en droit.

    Me Michelle O’Bonsawin travaillait au ministère des Affaires autochtones et du Nord quand la Journée nationale des Autochtones a été créée en 1996.

    Une première historique

    La juge a été nommée à la suite d’un processus ouvert et non partisan, a précisé le premier ministre Trudeau.

    Sa nomination a pour but de pourvoir le poste qui doit être laissé vacant lorsque le juge Michael J. Moldaver prendra sa retraite, prévue pour le 1er septembre 2022.

    Le juge Moldaver est le seul juge unilingue anglophone faisant partie de la Cour suprême du Canada, constitué de neuf juges.

    La nomination de Michelle O’Bonsawin signifie donc que lorsqu’elle entrera en poste, tous les juges du plus haut tribunal du pays seront bilingues, une première dans l’histoire du Canada.

    Réactions

    Le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQP) Ghislain Picard n’a pas manqué de « saluer et féliciter » la juge sur Twitter.

    L’ex-sénateur Murray Sinclair, qui lui aussi est devenu le premier juge autochtone nommé dans sa province du Manitoba, en 1988, a également félicité son homologue, dans une déclaration.

    « La juge O’Bonsawin sera une voix importante à la Cour suprême, compte tenu de sa connaissance approfondie des enjeux liés aux peuples autochtones au Canada. Le tribunal est plus fort et nos décisions sont meilleures lorsqu’il existe diverses perspectives là où elles sont le plus nécessaires. Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne les problèmes auxquels fait face le long voyage de réconciliation du Canada avec les Premières Nations, les Métis et les Inuits. »

    Dans sa déclaration, Murray Sinclair a indiqué avoir conseillé la juge dans le cadre de son processus de candidature au poste.

    Les associations de juristes de partout au pays ont applaudi la nomination de Me Michelle O’Bonsawin à la Cour suprême.

    L’Association du Barreau autochtone a souligné que cette «bonne journée» est un jour historique pour les peuples autochtones.

    La Chef nationale de l’Assemblée des Premières Nations RoseAnne Archibald a affirmé que « c’est une nomination importante à un moment critique et la juge O’Bonsawin est un choix qualifié ».

    Les réponses de la juge O’Bonsawin

    « En tant que femme autochtone ayant grandi dans le nord de l’Ontario, j’ai pris conscience du besoin de personnes dévouées pour offrir une voix forte et représentative à ceux qui ne peuvent pas parler pour eux-mêmes », a répondu la juge au questionnaire auquel doivent répondre les candidats, dans le cadre du processus de nomination à la Cour suprême.

    « Enfant, je rêvais et souhaitais devenir avocate. Compte tenu de mon éducation, il m’est apparu évident, en tant qu’avocate, que mon prochain objectif était de devenir juge afin de partager mon expérience et continuer mon service public. Tout au long de mon parcours, je suis restée enracinée dans ma Première Nation d’Odanak. »

    Dans son questionnaire, Michelle O’Bonsawin raconte une conversation qu’elle a eue avec son père, toute jeune, à propos des moqueries de ses camarades de classe, en raison de son nom de famille « qui était manifestement très différent de celui des autres enfants de [sa] petite communauté francophone ».

    Elle y détaille aussi que la séparation coloniale de sa famille et de sa Première Nation a limité son lien avec sa culture et sa langue abénakise pendant son enfance.

    « Au cours des années, je suis retournée dans ma communauté. Je participe aux cérémonies, je suis soutenue par les aînés et je suis des cours approfondis dans ma langue, l’abénakis. Il est important pour moi d’apprendre la langue de mes ancêtres et d’être capable de la parler couramment. Pour moi, la langue abénakise est aussi la clé de mes connaissances culturelles. Mon objectif est d’enseigner la langue de mes ancêtres à mes enfants. »

    Elle fait aussi état de la réalité de grandir dans une communauté majoritairement anglophone lorsque l’on est Autochtone et francophone.

    « Bien que j’aie grandi en parlant une langue marginalisée dans une communauté majoritairement anglophone, j’ai personnellement fait l’expérience de la façon dont certaines personnes peuvent être inclusives alors que d’autres peuvent être intolérantes et insensibles à l’égard de mon héritage autochtone et francophone. Même après avoir vécu de telles rencontres, je continue de croire qu’en tant que nation, nous sommes plus inclusifs et diversifiés aujourd’hui que jamais. »

    Photo : Facebook

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