2 Décembre 2022

    La traite de la personne : un enjeu continu pendant la pandémie

    Alexandra Snider – IJL – Réseau.Presse – Le Goût de vivre

    « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. »

    Jo-Anne David, directrice générale du Colibri – Centre des femmes francophones du comté de Simcoe, tient à cœur cette assertion de Simone de Beauvoir et elle affirme que la pandémie est une crise qui ne fait pas exception. « Les trafiquants d’êtres humains exploitent des individus et ça ne leur importe pas s’il y a une pandémie », explique Michelle Jansen, policière dans l’Unité de lutte contre la traite des êtres humains à la police de Barrie.

    L’impact de la pandémie

    Pendant la pandémie, « les femmes et les jeunes filles sont devenues encore plus vulnérables face aux prédateurs sexuels », dit Mme David. Selon la directrice générale du Colibri, le contexte économique précaire que la pandémie a engendré a « facilité l’exploitation sexuelle d’une personne en proie à des difficultés financières pour exiger des rapports sexuels en échange du versement du loyer ou de nourriture et d’autres ressources, ».

    Jo-Anne David ajoute qu’en raison des déplacements limités « la pandémie a occasionné la hausse des opportunités de se livrer à des sollicitations en ligne à des fins sexuelles et à la cyberviolence ». Toutefois, la traite de la personne se faisait toujours en personne. « Dans les deux dernières années, dit Mme David, on a remarqué l’ouverture de maisons closes qui se donnent des allures de spas légitimes et de luxe et qui n’en demeurent pas moins des espaces d’exploitation et d’oppression des femmes et des jeunes filles. »

    Selon Mme Jansen, la pandémie a eu un impact sur l’habileté d’enquêter. « On avait moins d’information du public, ce qui pourrait être un résultat des gens qui restaient à la maison ».

    Création de ressources

    Parfois incapable d’avoir des rencontres en personne, le Colibri avait besoin d’un moyen d’atteindre les femmes de façon virtuelle. Donc, Jo-Anne David a aidé à mettre en place le premier service de cybercounseling en français de la province. En collaboration avec l’Institut de formation de l’Action ontarienne contre la violence faite aux femmes, le Colibri a créé 9 formations de cybercounseling en ligne. « Celles-ci ont 3 prémisses, explique Mme David, l’approche féministe, la spécificité du contexte de la violence faite contre la femme et la sécurité de la femme. Il y a une attention particulière à la sécurité et au respect de la confidentialité des usagères. »

    Crédit : Colibri

    Michelle Jansen a aidé à établir et est actuellement coprésidente de Safe Horizon, un comité de la traite de la personne qui réunit les services à travers le Comté de Simcoe. Ensemble, ils ont créé un protocole d’intervention « pour fournir des services sociaux et de la sécurité aux victimes de la traite de la personne lorsqu’on rentre en contact avec eux », explique Mme Jansen.

    S’informer et se solidariser

    Selon Michelle Jansen, l’éducation au sujet de relations saines et du trafic humain à un âge approprié est un outil pour prévenir la traite de la personne. « Se faire demander de faire des choses qui te rendent mal à l’aise ne devrait pas être toléré et devrait sonner l’alarme qu’il faudrait peut-être établir des limites avec cet individu. Ces petites choses peuvent créer une base pour les plus grands enjeux dans la vie », dit Mme Jansen.

    La directrice générale du Colibri croit qu’avec le mouvement #MeToo, « les dévoilements et les prises de position de personnes connues et influentes ont donné une visibilité à la problématique de la violence sexuelle ». Toutefois, elle ajoute que les droits que l’on tient pour acquis sont fragiles, donc « il est important pour les femmes et leurs alliés de ne jamais cesser de se mobiliser et de se solidariser. » Pour un complément d’information au sujet des ressources offertes aux femmes, veuillez consulter le site Web du Colibri à l’adresse suivante : https://www.centrecolibri.ca

    Photo principale : Alexandra Snider

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