1 octobre 2022

    La famine, cette retombée d’une guerre nucléaire

    L’humanité n’est qu’à « un malentendu » de l’« anéantissement nucléaire », a récemment mis en garde le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres. Si on se doute qu’une telle guerre serait catastrophique, peut-on en prédire les impacts? La modélisation la plus détaillée à ce jour estime qu’entre 250 millions et 5 milliards de personnes pourraient en mourir dans les deux années suivantes, résultat de la destruction ou de la perturbation des sources de production des aliments.

    Et cette modélisation doit son existence aux simulations faites depuis des décennies sur les futurs changements climatiques, entre autres.  Cela a permis à une équipe de chercheurs de l’université Rutgers, au New Jersey d’explorer les conséquences d’une guerre nucléaire plus en profondeur que dans les travaux sur « l’hiver nucléaire » des années 1970 et 80.

    On avait déjà établi à l’époque qu’après une explosion nucléaire, l’énergie dissipée entrainera la formation de nuages de particules dans l’atmosphère qui bloqueront les rayons du soleil. Ce qui provoquera un refroidissement de la planète pouvant durer des années, entraînant des baisses de température allant de 1 à 16 degrés selon les scénarios, et raréfiant les zones cultivables.

    L’équipe de Lili Xia, du département des sciences de l’environnement, a simulé six scénarios à l’aide du Modèle du système terrestre communautaire, une simulation interactive poussée du système terrestre incluant notamment l’atmosphère, l’océan, la glace, la surface des continents et le cycle du carbone. Les résultats de leur modélisation ont été publiés le 15 août dans la revue scientifique Nature Food.

    Les chercheurs ont combiné les données de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) à des simulations de changements de températures, précipitations et ensoleillement, pour estimer l’impact qu’aurait une guerre nucléaire sur les principales chaînes de production alimentaire.

    Dans le plus optimiste des scénarios, soit un conflit régional entre le Pakistan et l’Inde impliquant 100 bombes de 15 kilotonnes (à peu près la puissance de celle d’Hiroshima), 5 millions de tonnes de particules se retrouveraient dans l’atmosphère, provoquant une baisse de 7 % des calories disponibles mondialement.

    Dans le pire des scénarios, soit une guerre entre les États-Unis et la Russie avec 4400 bombes de 100 kt, ce seraient 150 millions de tonnes de particules qui seraient générées dans l’atmosphère et qui entraîneraient une baisse mondiale des calories disponibles de 90 % dans les cinq années suivant la guerre.

    Les régions les plus affectées

    Les pays plus nordiques, qui connaissent déjà des saisons agricoles courtes, se refroidiraient plus vite que les régions tropicales et se retrouveraient rapidement en situation de pénurie alimentaire. Le Québec et le Canada seraient en situation de famine dans cinq des six scénarios.

    Certains pays exportateurs, comme la France, pourraient s’en tirer relativement bien en arrêtant l’exportation de leurs productions pour les réserver à leur population, ce qui aggraverait les pénuries ailleurs.

    Rappelons que près de 13  000 armes nucléaires appartenant à neuf pays sont stockées dans le monde, dont 90 % pour la Russie et les États-Unis. Parmi elles, 2000 sont maintenues en état d’alerte élevée.

    Les auteurs de l’étude rappellent cette déclaration des Présidents Reagan et Gorbatchev au sommet de Genève de 1985, reprise en juin 2021 par Biden et Poutine : « une guerre nucléaire ne peut être gagnée et ne doit jamais être menée ».

    Photo principale :  Pixabay — http://bit.ly/2ymKLte

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