4 Décembre 2022

    ÉDITORIAL : APRÈS 612 MILLIONS DE DÉPENSES, ON REVIENT À LA CASE DÉPART !

    Avez-vous gagné vos élections ? Tout au long de cette petite campagne de 36 jours, les sondages prévoyaient passablement les mêmes résultats qu’en 2019. Cette fois-ci, les sondeurs ont eu raison. Tous les partis se sont échangés des comtés à travers le pays pour se retrouver avec une Chambre des communes identiques à 96 %. Y a-t-il des gagnants ou des perdants à la suite de ce scrutin ?

    Personnellement, j’estime que les grands perdants de cette campagne électorale sont les contribuables canadiens. On dit que la démocratie n’a pas de prix, mais les coffres du pays se retrouvent avec environ 612 millions de dollars en moins aujourd’hui. C’est énormément d’argent pour un résultat identique à 2019.

    Selon les données d’Élections Canada, la campagne électorale de 40 jours en 2019 a couté 502,4 millions de dollars. En 2015, la campagne avait duré 78 jours et nécessité 502,6 millions de dollars. Mardi, le taux de participation était rendu à 59 %. Assez bas, quand même, mais pas surprenant. Malgré une campagne de 36 jours, ça a paru une éternité. Ce ne fut pas une campagne excitante avec l’annonce de projets innovateurs ou d’un plan objectif pour sortir de la crise, relancer l’économie et surtout régler le manque criant de main-d’œuvre partout au Canada.

    Vous me direz que le chef du Parti conservateur n’a pas cessé de mentionner qu’il avait un plan, mais il a été incapable de le vendre aux électeurs.

    Il est difficile de trouver un gagnant dans cette campagne. Le Parti libéral est sur le point d’avoir deux élus de plus qu’en 2019. Les libéraux ont évité le pire puisque les conservateurs ont été en avance dans les intentions de vote un bon moment pendant la campagne. Les bleus ont même fait élire deux candidats de moins qu’en 2019 avec un total de 119.

    Autre parti ayant évité la catastrophe, le Parti vert. Avant même le lancement de l’élection, la direction du parti était sur le point de montrer la porte à sa cheffe, Annamie Paul. En 2019, le groupe environnementaliste avait fait élire trois candidats comparativement à deux cette semaine.

    Pour démontrer la chute de popularité des verts à travers le Canada, ils ont obtenu moins de votes que le Parti populaire de Maxime Bernier. Au moment d’écrire ces lignes, mardi, les verts avaient atteint 371 197 (2,3 %) votes comparativement à 814 632 (5,1 %) votes pour le Parti populaire du Canada. Les verts avaient obtenu 1 160 694 (6,5 %) en 2019.

    Le Parti populaire n’a pas été en mesure de faire élire un premier candidat à Ottawa, même avec ce surprenant total de votes. Je n’ai pas suivi la campagne de ce parti, mais lors de l’allocution du chef, Maxime Bernier, après les résultats du vote dans la nuit de lundi à mardi, il semblait déconnecté d’avec la réalité. Il s’agissait d’un discours décousu rempli de propos à la limite conspirationnistes. Les animateurs de la soirée électorale à TVA semblaient dire que les candidats du PPC avaient flirté avec les sympathisants antimasques pour se faire du capital politique, ce qui pourrait expliquer le nombre élevé de votes.

    Le Nouveau Parti démocratique a complété la soirée avec un siège de plus comparativement à 2019. À l’instar de la province, le NPD fédéral n’est pas en mesure de faire des gains significatifs pour s’offrir une chance de former le gouvernement. Je ne sais pas à quel point le fait d’avoir un chef comme Jagmeet Singh compromet les chances du parti. Personnellement, je n’aurais aucune crainte à lui faire confiance, mais est-ce que les Canadiens et Canadiennes sont prêts à élire un sikh comme premier ministre ?

    Pour les malaimés du Canada, le Bloc québécois a réussi à faire élire deux personnes de plus, soit 34 comparativement à 32 en 2019. Le Bloc explique les quatre gouvernements minoritaires des vingt dernières années. Sans eux, le groupe de Justin Trudeau aurait probablement réussi à faire élire 12 candidats sur les 34 sièges bloquistes pour obtenir la majorité !

    Ce parti politique est très transparent dans le sens qu’il ne s’en cache pas : il est là pour les intérêts du Québec et ceci peut faire royalement suer le reste du pays. Puisqu’il faut chercher le positif de chaque situation, les francophones du reste du pays ont intérêt à se faire amis avec ce groupe. Le Bloc a souvent contribué au succès des dossiers francophones de l’extérieur du Québec. Ils ont même revendiqué plus de droits pour les Franco-Canadiens à plusieurs reprises.

    Un point positif a attiré mon attention cette année, c’est que nous n’avons pas été témoins de campagnes de salissage et d’attaques personnelles non justifiées.

    Actuellement, tous les partis ont intérêt à travailler ensemble parce que le déclenchement d’une autre élection risque de faire très mal au parti responsable. Les Canadiens n’en veulent plus d’élections ! Plusieurs questions se posent actuellement. Est-ce que le chef du Parti conservateur, Erin O’Toole, sera invité à quitter pour laisser la place à quelqu’un plus à droite ? Je pense même que le chef du NPD est en danger avec les résultats non significatifs de cette semaine. Le parti pourrait littéralement passer à autre chose. Et finalement, il est évident qu’un énorme examen de conscience s’impose au Parti vert.

    En terminant, je pense qu’on ne devrait pas retourner aux urnes pour le fédéral avant les deux prochaines années. Toutefois, on se donne rendez-vous pour le provincial au printemps, et aux municipales à l’automne 2022.

    Steve Mc Innis

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