28 novembre 2022

    D’un Trudeau à l’autre : le côté sombre de la fonction publique canadienne

    FRANCOPRESSE – Fiascos des passeports, du système de paie Phénix, des demandes de visas et de l’assurance-emploi, la fonction publique canadienne montre de plus en plus ses limites. À force de rogner ses ailes, le Canada entier perd de l’altitude.

    Marianne Dépelteau – Francopresse

    Certains Canadiens attendent jusqu’à six mois pour obtenir leurs prestations d’assurance-emploi. D’autres ont dû camper devant les bureaux de Service Canada pour obtenir leur passeport. Des fonctionnaires peinent encore à se faire payer correctement à cause des ratés du système de paie Phénix. Les retards de traitement de visas privent le Canada de plusieurs immigrants.

    Il y a là autant d’exemples laissant croire que la fonction publique est en perte de vitesse.

    Une centralisation paralysante

    David Johnson, professeur de science politique à l’Université du Cap-Breton et auteur du manuel Thinking Government : Public Administration and Politics in Canada, décrit le style de leadeurship de Justin Trudeau comme étant « centralisé, c’est une méthode de contrôle des commandements ».

    « Il y a des plaintes selon lesquelles tout ce qui se fait à Ottawa passe par ce bureau. Des ministres et des députés libéraux se plaignent de cette centralisation et du fait que rien ne se fasse sans l’accord du bureau du premier ministre », rapporte David Johnson.

    Il remarque d’ailleurs que, depuis les années 1960 environ, les ministres et plusieurs hauts fonctionnaires aussi ont manifestement perdu beaucoup de latitude pour instaurer des politiques et élaborer des programmes.

    Le politologue craint que cela ait deux conséquences, la première étant le ralentissement de la machine gouvernementale : « Aucun ministère ne peut agir seul. Ils doivent tous agir en consultation. »

    La seconde est l’abandon des règles quand il faut agir rapidement pour prendre des décisions, surtout en contexte de crise.

    Selon Geneviève Tellier, professeure à l’École d’études politiques à l’Université d’Ottawa, le gouvernement canadien promet une décentralisation depuis les années 1970 (sous Pierre Elliott Trudeau), une promesse jamais tenue : « En décentralisant, on demande de plus en plus de reddition de comptes, de rapports et de validation des décisions prises. Ça amène cette paralysie. »

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