28 septembre 2022

    Composter, encore un rêve dans Prescott-Russell

    Charles Fontaine – IJL – Réseau.Presse –Le Droit

     

     

    Les résidents de l’Est ontarien devront en effet patienter plusieurs années avant de voir un troisième bac s’ajouter à ceux des ordures et du recyclage. Le coût élevé de ce service et la faible densité de population expliquent ce retard.

     

    Russell est la seule municipalité qui compte instaurer le programme de cueillette de résidus pour le compost à court terme. Le directeur des services d’infrastructures, Jonathan Bourgon, entend instaurer le compostage des résidus organiques des résidences d’ici la fin de l’année 2023. Il a lancé des appels d’offres à GFL Environnemental à Moose Creek et à Orgaworld du côté d’Ottawa. Pour l’instant, la municipalité vend des composteurs domestiques à ceux et celles qui désirent composter.

     

    Dans sa Déclaration de principes sur les déchets alimentaires et organiques, le ministère de l’Environnement, de la Protection de la nature et des Parcs indique ses cibles concernant le compostage pour 2025. Il souhaite implanter un programme de compostage dans 50% à 70% des municipalités qui respectent certains critères de population et de densité de population. Cependant, aucune municipalité de Prescott-Russell n’a une assez grande population ou une densité de population pour être concernée.

     

    1. Bourgon souhaite tout de même suivre ces recommandations. «On n’est pas dans ces seuils là, mais on s’y rapproche, alors il y a un avantage à emboîter le pas.»

     

    Comme le système de financement du recyclage va changer en juillet 2023, les résidents n’auront plus de frais pour le bac bleu. Russell voudrait alors remplacer ces frais par celui du compostage.

     

    Objectifs lointains… ou pas

     

    À Rockland, l’objectif est d’implanter un programme de bac à compost pour 2030, mais c’est un projet encore très jeune. Le directeur de l’environnement, Denis Longpré, démontre une volonté envers la collecte de ces matières, mais souligne que ça représente un coût important. Aussi, certains secteurs de la municipalité la plus populeuse des comtés unis ont une très faible densité de population. Le camion à ordure peut rouler pendant plusieurs kilomètres pour seulement desservir quelques maisons, ce qui n’est pas très avantageux en matière de coût.

     

    La population de Hawkesbury Est peut quant à elle se procurer un système de compostage domestique à prix réduit. Le canton en paie une partie grâce à un partenariat avec la compagnie FoodCycler. Cependant, lorsque ce projet pilote sera terminé, le conseil n’entrevoit pas un programme de collecte de compostage, mentionne le directeur général Luc Lalonde.

     

    Juste à côté, la ville de Hawkesbury planifie de manière très embryonnaire la construction d’un écocentre pour composter les feuilles et les branches de jardins. Le compostage des aliments pourrait s’y ajouter par la suite, mais ce ne sont que des pourparlers, souligne le directeur des travaux publics Jonathan Wilson.

     

    Le canton de Champlain n’envisage pas lui non plus de programme de bac vert pour les années à venir. Il évalue tout de même la possibilité d’imiter Hawkesbury Est en offrant des systèmes de compostage domestique.

     

    Le grand territoire de La Nation n’entrevoit pas de collecte de la sorte. La municipalité accueille de nombreuses fermes qui produisent déjà pour la plupart leur propre compost. De plus, ce territoire est très rural et certaines rues comportent très peu de demeures, ajoute le gérant des infrastructures environnementales Daniel Desforges.

     

    Possibilités

     

    Les municipalités de l’Est ontarien ont quelques compagnies avec qui elles pourraient organiser un système de collecte de compostage. Convertus collecte le compost pour la ville d’Ottawa à Gloucester et GFL Environnemental est situé à Moose Creek. Il y aurait une possibilité pour les municipalités d’envoyer leurs matières organiques à ce site de compostage, souligne le directeur général des opérations d’enfouissement et de conformité à GFL, Jean-Philippe Laliberté.

     

    « Les municipalités nous communiquent leurs besoins, on regarde s’il y a de la capacité à l’installation et, dans le cas de Moose Creek, je ne pense pas qu’il y ait de problème. On est prêt à travailler avec ces municipalités pour leur offrir le service. »

     

    Du côté des CUPR, on n’a aucun pouvoir décisionnel sur la gestion des déchets dans les municipalités. Si les huit municipalités désirent créer un programme de compostage conjoint, cette demande doit venir d’elles-mêmes. Champlain, Hawkesbury et Hawkesbury Est entretiennent déjà une entente pour la collecte du recyclage.

     

    Pour le spécialiste en gestion des déchets à l’Université d’Ottawa, Rahim Baba, l’argent n’est pas le premier facteur à considérer lorsqu’on parle de compostage. « On ne regarde pas la rentabilité, on regarde la santé. À mon avis, si les municipalités regardent l’environnement avec cet objectif-là, ce serait bien. Il faut aussi regarder comment on va sauver la société. Si les municipalités se mettent ensemble et que le gouvernement les aide, elles peuvent aller de l’avant pour le compostage. »

     

    L’organisme environnemental de Prescott-Russell, Éco Est, affirme que le compostage domestique est une excellente manière d’enrichir nos sols, surtout en milieu rural.

     

    « Le compostage chez soi est une des meilleures manières de réduire les émissions de gaz à effets de serre. On souhaite que toutes les municipalités aient un programme de compostage et encouragent les gens à faire du compostage à la maison », évoque la présidente Lisa Deacon.

     

    Éco Est a sondé plus de 500 résidents de la région sur leurs préoccupations environnementales et le compostage est arrivé en tête. « On est en 2022, ça semble très bizarre de mettre encore des déchets alimentaires à la poubelle. On veut que les municipalités évoluent, même si les programmes ne sont pas parfaits au début », revendique Mme Deacon.

     

    Position du gouvernement

     

    Le gouvernement de l’Ontario n’oblige pas les villes à se doter d’un système de collecte de compostage. Plus de 90 villes, comme Ottawa, possèdent déjà un programme de bac vert. Selon le Conseil canadien du compost, 78 installations en Ontario compostent 2 012 741 tonnes de matières organiques par année.

     

    Même si les municipalités de Prescott-Russell ne sont pas touchées par les objectifs du ministère de l’Environnement en matière de compostage, il « oblige ces municipalités à assurer la récupération des déchets alimentaires et organiques par des moyens tels que le compostage domestique, le compostage communautaire et les journées d’événements locaux. » Par contre, elles ne sont pas nécessairement obligées de fournir une collecte en bordure de rue.

    Photo principale : Simon Séguin-Bertrand, Le Droit

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