26 novembre 2022

    Comment comprendre un politicien !

    Même si vous ne voulez rien savoir de la politique, il faut voter. Si vous ne vous intéressez pas à la politique, soyez assurés que la politique s’intéresse à vous. On sort d’une élection fédérale et en juin prochain ce sera au provincial, puis à l’automne 2022 il y aura des élections municipales. Pour le commun des mortels qui ne s’intéresse pas vraiment, ou plus ou moins, à la politique, c’est difficile à suivre.

    Lorsqu’on écoute les élus, ils ont toujours tendance à mentionner que le pouvoir est ailleurs. Les membres des conseils municipaux estiment que les décisions sont prises par la province; les députés provinciaux déplorent que les décisions dépendent du fédéral; et finalement, à la Chambre des communes, on tente de convaincre tout le monde que les décisions sont prises par les municipalités et les provinces; et si ça ne fonctionne pas, c’est la faute des États-Unis. Un politicien doit avoir des réponses à tous les sujets. Pour ça, il y a des réponses passepartouts, ce que les médias appellent la cassette. Ce sont des phrases préétablies qui ne veulent rien dire, mais qui paraissent bien.

    Exemple :

    – Journaliste :

    M. le maire, la Ville a décidé d’investir dans les ressources humaines ?

    – Réponse du maire qui ne connait pas le sujet, mais qui sait que le directeur général travaille sur ce dossier :

    C’est une excellente question. À titre d’élus, nous devons prendre en considération les tenants et aboutissants afin d’assurer la vision municipale tout en respectant la fierté des contribuables et la capacité de notre communauté d’assumer une telle responsabilité. Il faut comprendre que notre conseil doit gérer ce dossier de manière responsable et transparente pour le bien de l’avenir de notre communauté. Soyez assurés que nous travaillons sur ce dossier et dès que nous aurons plus de détails, il nous fera plaisir d’y aller d’une déclaration publique toujours pour le meilleur de la population !

    Il aurait été plus facile de répondre : « bonne question, je ne suis pas au courant du dossier, mais laissez-moi m’informer et je vous rappelle ». On comprend toutefois que si le politicien répond de cette manière, il passe pour une personne qui ne connait pas ses dossiers. Au niveau municipal, voici des phrases passepartouts : « on n’a pas d’argent, on pourrait faire mieux, mais il faudrait monter les taxes ». Encore mieux, celle-ci : « ce n’est pas notre faute, le provincial et le fédéral nous imposent des règles sans faire suivre d’argent ».

    Au provincial, le discours change selon le côté de la chambre où se trouve le député. Être dans le groupe du pouvoir n’est pas un gage de succès. Il faut faire partie du caucus, à titre de ministre, assistant, whip, etc. pour être en mesure de vraiment faire changer les choses. Sinon, on demandera au député de surtout ne pas parler et de se faire oublier. La perception sur un élu, après avoir remporté un siège, on le remercie et par la suite on le laisse pourrir au second rang. On les appelle les backbenchers, ceux de l’arrière-ban. Le gros de leur travail est déjà fait. À partir de ce moment, ce sont les lignes du parti qui comptent, et rien d’autre.

    Si vous êtes au caucus, voici les phrases clés à apprendre. « Nous prenons toujours des décisions pour le bien de la province. Contrairement à l’opposition, nous on agit. Notre gouvernement tient ses promesses… et c’est important de travailler dans ce sens… » Lorsque vous vous retrouvez plutôt dans l’opposition à Queen’s Park ou à Ottawa, le travail est plus facile. Quand le gouvernement propose quelque chose, vous n’avez qu’à dire le contraire. Quelques phrases faciles : « Le gouvernement ne fait rien. C’est la faute du gouvernement si ça ne fonctionne pas. Vous n’écoutez pas le peuple, vous ne faites qu’à votre tête. »

    À Amos, en Abitibi, le député provincial de mon comté était François Gendron, qui a pris sa retraite en 2018 après 42 ans à titre d’élu. J’ai beaucoup de respect pour lui. Je lève mon chapeau aussi à un gars comme Gilles Bisson qui a longtemps été le député de notre région et qui est à Queen’s Park depuis le 6 septembre 1990.

    Tu ne demeures pas en politique plus de 40 ans en répondant aux questions avec la cassette. Un vrai politicien qui perce le temps possède trois des plus grandes qualités. Il doit être honnête, respectueux et surtout humble. Il est capable d’admette ses torts et ses erreurs. Il avoue ne pas tout savoir en jouant le Ti-Joe Connaissant. Lorsqu’il te donne une pognée de main, il te regarde dans les yeux et non pas la personne suivante. Et finalement, il a une grande capacité d’écoute.

    La population aime les politiciens terre à terre et empathiques. Seriez-vous un bon politicien ? Nous avons la critique facile lorsqu’on parle des politiciens. Mais, prenons-nous toujours le temps de bien comprendre les deux côtés de la médaille avant de critiquer une décision des élus ?

    Les politiciens à Ottawa et à Toronto ont de bons salaires, mais au niveau des élus municipaux, il faut des passionnés et même des gens un peu fous pour accepter ces charges de travail, surtout avec les critiques faciles et le manque de reconnaissance, et ce, pour un salaire de crève-faim !

    La politique, c’est un mal nécessaire parce qu’il est évident qu’un régime dictatorial nous ferait sacrer davantage. Lorsqu’on se compare, on se console !

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