2 Décembre 2022

    Avortement : des députées et d’anciennes candidates libérales dénoncent le silence de Doug Ford

    ÉMILIE GOUGEON-PELLETIER – Initiative de journalisme local — Le Droit

    Une trentaine de membres du Parti libéral de l’Ontario (PLO), des députées et d’anciennes candidates, ont envoyé une lettre à Doug Ford pour lui demander d’affirmer son appui aux femmes en ce qui concerne leurs droits reproductifs.

    En faveur du statu quo, le premier ministre Doug Ford répète depuis quatre ans qu’il ne rouvrira pas le débat sur l’avortement en Ontario – il l’a d’ailleurs répété durant la dernière campagne électorale ontarienne, en mai 2022.

    Il n’a toutefois jamais clairement indiqué son appui aux droits reproductifs des femmes et à leur liberté de choisir.

    Compte tenu de l’abrogation récente de la décision Roe v. Wade, qui garantissait la protection du droit à l’avortement aux États-Unis, ce « silence » du premier ministre Doug Ford soulève l’ire d’anciennes candidates et d’actuelles députées du Parti libéral de l’Ontario.

    « Nous méritons de vous entendre sur la façon dont vous veillerez à ce que les femmes et les personnes qui peuvent tomber enceintes en Ontario aient accès aux soins de santé génésique, y compris les avortements. Nous méritons de savoir que notre premier ministre nous défend tous », ont écrit 34 libérales dans une lettre ouverte qu’elles ont envoyée à Doug Ford, lundi.

    Elles se disent chanceuses d’avoir un premier ministre du Canada, Justin Trudeau, qui        « s’est activement exprimé pour dire clairement que le gouvernement [fédéral] demeure engagé envers les droits reproductifs des femmes au Canada et dans le monde », mais qu’un tel message n’a pas encore été lancé de la part du premier ministre ontarien.

    « Ça ne peut pas être un problème sur lequel tu peux garder le silence », soutient l’une des instigatrices de la lettre, la candidate libérale défaite d’Ottawa-Centre, Katie Gibbs.

    « C’est un problème à propos duquel tout le monde parle depuis plusieurs semaines, alors le silence est en soi une déclaration. Et quand on combine ce silence avec le fait qu’un certain nombre de membres du caucus de Doug Ford soient anti-choix, on voit un besoin de l’entendre dire explicitement qu’il soutient le droit de choisir des femmes », insiste-t-elle.

    Éducation sur la santé sexuelle

    Au cours de la dernière campagne électorale ontarienne, sept membres du caucus progressiste-conservateur de Doug Ford ont reçu l’endossement de groupes militants anti-avortement, qui se décrivent comme pro-vie.

    L’un d’entre eux, Sam Oosterhoff, a déclaré en 2019 qu’il s’engage à se battre pour rendre l’avortement « impensable », lors d’une manifestation devant Queen’s Park. Il est l’adjoint parlementaire au ministre de la Réduction des formalités administratives et l’ancien bras droit du ministre de l’Éducation.

    À son arrivée au sein du ministère de l’Éducation, le gouvernement Ford s’était donné la mission de remettre en place le programme d’éducation sexuelle qui avait été révisé en 1998,

    Ce programme a été enseigné en Ontario jusqu’en 2014, lors de la réforme du gouvernement de Kathleen Wynne.

    Une forte opposition, y compris une manifestation composée de quelque 10 000 personnes qui avait pris place à Queen’s Park en 2019, a convaincu Doug Ford de changer son fusil d’épaule et de proposer, peu après, un nouveau curriculum d’éducation sur la santé sexuelle similaire à l’ancien.

    Encore des obstacles

    Les signataires de la lettre envoyée lundi aimeraient que Doug Ford fasse non seulement part de son appui aux droits reproductifs des femmes, mais qu’il succède cette déclaration « d’un engagement ferme à assurer que chaque Ontarienne ait accès en temps opportun aux soins de santé génésique ».

    Le droit à l’avortement est protégé au Canada depuis 1988, lorsque la Cour suprême l’a légalisé, via l’arrêt R v. Morgentaler.

    Néanmoins, plusieurs femmes, y compris dans les régions rurales et éloignées,                  « rencontrent encore des obstacles à l’accès » à ces soins, écrivent les députées et anciennes candidates du PLO.

    « Comme les gens ne peuvent pas trouver de médecins de famille, alors que les hôpitaux annulent les opérations et ferment les salles d’urgence en raison de pénuries de personnel, nous savons que cela réduira l’accès aux soins de santé génésique. »

    Le bureau premier ministre Doug Ford n’avait pas répondu à nos questions au moment de la publication.

    Photo principale : FrancoPresse

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