C’est un drôle de véhicule bleu turquoise à l’allure futuriste que les habitants de West Rouge, à l’Est de Scarborough, voient passer devant leurs fenêtres depuis le mois de septembre. La TTC, Metrolinx et la Ville de Toronto y testent actuellement une navette autonome, sans chauffeur, en conditions réelles.

Olli, c’est son petit nom, pourra embarquer 8 passagers à une vitesse maximale de 20 km/h. Pour le moment, un technicien est aux commandes pour cartographier et programmer l’itinéraire. Il faudra donc patienter jusqu’en novembre pour se laisser gratuitement transporter par ce véhicule pas comme les autres.

En raison de la covid, on n’embarquera pour l’instant que 4 passagers, tous du même foyer, qui devront réserver leur place en ligne. Au début, un agent sera présent à bord pour reprendre le contrôle du véhicule si besoin.

Désenclaver un quartier

Cette «petite boîte» de 2 mètres sur 4 mètres reliera la gare de Rouge Hill au quartier de West Rouge, en empruntant l’avenue Lawrence Est. À noter que l’itinéraire sera raccourci en fin de semaine.

Circulant aux heures de pointe, avec des horaires calibrés sur ceux des trains GO, cet essai a été pensé pour combler les lacunes actuelles du système de transport en commun. Le quartier se situe en effet hors de la zone de desserte de la TTC, soit un rayon de 400 mètres.

L’idée est d’inciter les habitants à délaisser leur voiture pour se rendre à la gare.

Les caractéristiques du quartier, compatibles avec les limites techniques d’Olli, y ont rendu l’essai possible. Faible densité de circulation. Absence de passages à niveau et d’écoles. Espaces aménageables ou déjà disponibles pour l’embarquement. Désembarquement des passagers. Stationnement du véhicule. Recharge de ses batteries.

Transports autonomes, transports du futur?

Électrique, accessible aux personnes handicapées via une rampe dépliante et des annonces sonores et visuelles, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur… Cette navette répond aux préoccupations politiques d’aujourd’hui. Mais s’agit-il d’une technologie suffisamment mature? Quel est son potentiel pour les transports en commun de demain?

«Les navettes automatiques sont une technologie toute nouvelle. Ici, il s’agit seulement d’une seule application de la conduite autonome. Elle pourrait être mise en œuvre à l’avenir pour les transports publics», explique Eric Holmes, porte-parole de la TTC.

La TTC l’assure, l’objectif de cette expérimentation est de mieux comprendre le fonctionnement de cette technologie, son potentiel pour des utilisations futures… Mais aussi les changements requis pour l’intégrer au système de transport public existant.

Dans l’immédiat, il n’est pas question de rendre ce service permanent, ou de l’étendre davantage.

Olli à l’épreuve de l’hiver

Comment les conditions hivernales les plus rigoureuses affecteront-elles les performances d’Olli? Il s’agit de l’une des questions les plus importantes à laquelle cet essai devra répondre.

L’équipe du projet se montre plutôt confiante à cet égard. Les connaissances actuelles suggèrent qu’Olli peut fonctionner dans des conditions météorologiques variées, même sous la neige.

Cependant, «les fortes pluies, la neige abondante et le brouillard pourraient impacter l’efficacité des radars et LiDars (mesure de la distance par lasers), rendant impossible la conduite autonome». Ce risque semble être pris très au sérieux. «La météo sera surveillée de très près. La navette pourrait être mise hors service si les conditions climatiques sont jugées dangereuses», assure M. Holmes. De son côté, le froid impactera très probablement les batteries du véhicule. «Nous savons que l’autonomie des batteries peut être réduite à cause des basses températures. Pour atténuer ce problème, l’entrepôt de stockage d’Olli est chauffé. Néanmoins, le rayon d’action de la navette sera peut-être limité quand les températures descendront en-dessous de zéro», avertit l’équipe.

Faire adopter la navette autonome

Cependant, les obstacles pour étendre l’usage de cette technologie de transport autonome ne sont pas que techniques. Par exemple, un autre défi se dresse sur le parcours d’Olli. La présence de l’engin dans les rues de West Rouge ne fait pas tout à fait l’unanimité.

Le projet a suscité un mélange de curiosité et d’appréhension dans le quartier. Comme le montre le sondage issu de la consultation publique de 2019, si 78% des répondants supportaient le projet, 44% avaient tout de même des préoccupations quant à l’aspect sécuritaire du véhicule. Pas assez rapide, ni suffisamment efficace pour délaisser la voiture, d’une lenteur susceptible de causer des embouteillages aux heures de pointe… Les plus sceptiques ne voient pas Olli d’un très bon œil. Pour certains, cette expérimentation serait même un gaspillage d’argent public.

La TCC dit entendre ces critiques. Elle argue en retour que l’essai permettra justement de mieux cerner ces préoccupations et d’identifier le niveau de performance requis pour exploiter de ce type de transport autonome à l’avenir. La perception publique d’Olli, que ce soit pour ses utilisateurs ou pour les autres usagers de la route, sera prise en considération à l’issue de l’essai.

L’expérimentation sur route se poursuivra jusqu’en février 2022… à moins que la météo n’en décide autrement.

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