JOURNAL DU 22 JUILLET 2021 - Après quatre ans de recherche et de réalisation, le documentaire Devoir de mémoire - un projet sur le racisme systémique, le colonialisme et les traumatismes subis par les autochtones dans le système de santé canadien - est sorti et disponible gratuitement en ligne. Pour le producteur et réalisateur du documentaire, Dr Ewan Affleck, le film est sa manière de contribuer aux efforts de réconciliation. Il relève le fait que les gens discutent des problèmes en lien aux pensionnats pour Autochtones, mais très peu de liens sont établis entre les injustices au sein des autres institutions canadiennes, dont les hôpitaux.

Dr Affleck pratique la médecine dans les Territoires et le Nunavik depuis 30 ans. Au fil de sa carrière, il a remarqué qu’il y a un écart entre la manière dont se font soigner les autochtones et allochtones dans les établissements de santé au pays. Il a aussi constaté que le système en question est utilisé « à des fins autres que les soins de santé », plus précisément un outil d’assimilation des Premières Nations, Métis et des Inuits.

« Au début de ma carrière, j’ai pensé que tous les citoyens canadiens étaient traités également et puis que notre système de santé était le meilleur au monde, confesse-t-il. Mais, j’ai appris graduellement que ce n’est pas la vérité. »

Cinq parcours, un problème

Le documentaire inclut cinq capsules qui relatent l’expérience de cinq personnes issues de communautés autochtones. Chaque section traite d’une période de la vie spécifique : la naissance, l’enfance, l’adolescence, l’âge adulte et la vieillesse. « Nous avons fait le tour et avons trouvé des histoires qui correspondent aux [périodes] de vie », explique le producteur.

Il aborde la stérilisation forcée, le suicide et l’abus de la personne dans les établissements de santé. Chaque court-métrage a une approche artistique distincte. À titre d’exemple, la section de l’enfance raconte l’expérience d’un homme qui a été victime d’abus physiques, psychologiques et sexuels dans un hôpital lorsqu’il était jeune enfant. Afin de raconter le récit, une bande dessinée accompagne la narration de l’homme qui témoigne des sévices qu’il a subis.

Les personnages principaux ont été choisis minutieusement. Le Dr Affleck mentionne qu’il y avait beaucoup de récits à considérer. Mais le réalisateur a décidé d’y aller avec des individus qui étaient à l’aise de parler ouvertement de leur histoire. « J’ai passé un an avec eux à établir un lien de confiance et une relation pour m’assurer qu’ils étaient confiants et à l’aise, parce que les histoires sont difficiles et traumatisantes », raconte-t-il.

Au-delà du cinéma

Dr Affleck a présenté l’idée du documentaire à l’Association médicale canadienne dans le but de créer un projet éducatif sur le racisme dans le domaine de la santé. Sur le site Internet du film, on peut trouver une trousse à outils qui inclut des ressources éducatives à étudier après le visionnage. Il souhaite que les écoles de médecine utilisent le documentaire en vue d’enseigner l’histoire médicale du Canada du point de vue des autochtones.

« Le film est un début, dit-il. C’est une façon de rentrer dans un espace pour commencer à réimaginer l’histoire de nos relations [avec] les Métis, Premières Nations et Inuits. On espère que, si les personnes regardent le film, après ça, elles peuvent utiliser la trousse pour commencer à étudier les sujets avec plus de profondeur. »

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