Plusieurs Canadiens ont peut-être envie de demander pardon (en algonquin dans le titre) depuis l’annonce des récentes découvertes des sépultures anonymes retrouvées près de quelques pensionnats autochtones, principalement dans l’Ouest canadien. De son côté, la communauté autochtone d’Ottawa, et en particulier à Orléans, n’est pas insensible à ce qui se passe.

« Ce n’est pas une surprise. On le savait », dit d’une voix calme la cheffe nationale élue de la Nation Métisse du Canada (NMC), Karole Dumont. Domiciliée à Orléans, mais originaire de Mattawa dans le nord-est de l’Ontario, son parcours professionnel d’historienne et de généalogiste l’avait, en quelque sorte, préparée à de telles découvertes. La parole des anciens aussi. Même si ceux-ci restent discrets selon celle qui descend de deux branches métisses cousines, une de souche Mi’kmaq de l’Acadie (Michel Dumont et Marie-Anne Raymond) et une de souche Tsuut’ina dans l’Ouest (Jean-Baptiste Dumont et Josette Sarcee).

Le sang francophone et algonquin coule dans les veines de cette autrice du roman Les mocassins. S’il y a sans doute eu moins d’enfants métis victimes des pensionnats autochtones, Karole Dumont est convaincue que certains ont aussi subi le même sort que les autres enfants autochtones. Elle donne pour exemple, l’école de réforme d’Alfred où, selon elle, des enfants métis y ont été envoyés. Quant à ceux qui sont morts sans aucun hommage, « ce que j’espère en tant que leader, c’est que ces enfants-là vont être honorés, qu’ils ne soient pas oubliés. »

Faut-il se surprendre qu’il y ait eu moins de pensionnats autochtones dans les grands centres comme Ottawa ? « Pas vraiment, explique Mme Dumont. En milieu urbain, les gens se seraient demandé ce qui se passe » dans ces établissements.

Réaction des élus

Les événements récents semblent avoir secoué certains élus. La mairesse suppléante et conseillère dans le quartier Innes, Laura Dudas estime que la découverte des fosses communes a « mis en évidence les traitements horribles subis par les peuples autochtones et le besoin pour une réconciliation. »

Dans la foulée de cette prise de conscience, la ville d’Ottawa a créé un groupe de travail autochtone qui, selon Mme Dudas, devrait « répondre aux enjeux émergents et améliorer les services municipaux aux communautés autochtones. » Des actions devraient être prises dans plus d’une douzaine de domaines comme la culture, l’emploi ou encore les services à l’enfance. Questionnée sur la mise sur pied de ce nouveau groupe de travail, la cheffe Dumont a reconnu ne pas y avoir été invitée. Cependant, si une demande est faite dans ce sens, « c’est certain qu’on ne dira pas non. Mais on ne veut pas prendre la place des Premières Nations si la place est restreinte. » Rappelons que selon le recensement de 2016, la ville d’Ottawa compte près de 23 000 membres des Premières Nations. Le secteur d’Orléans en comptant près de 4 000 dont 600 Métis.

De son côté, la députée libérale sortante d’Orléans à la Chambre des communes, Marie-France Lalonde est d’avis que « nous avons tous le devoir de nous assurer que cette tragédie ne tombe pas dans l’oubli si nous voulons faire avancer la réconciliation avec les peuples autochtones ». Au-delà des mots, cela prendra des actions concrètes, à commencer par la question de l’eau potable dans de nombreuses réserves souligne-t-elle. « Il y a aussi beaucoup d’informations méconnues entourant les appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation (CVR). » Selon la députée sortante, il est important que la population suive l’état d’avancement des travaux.

La Reine, la solution ?

Outre la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, qui sera dorénavant célébrée le 30 septembre et la mise en berne des drapeaux canadiens depuis les macabres découvertes, est-ce que, vraiment, la nomination d’une Autochtone au poste de gouverneure générale suffira à faire taire le ressentiment des communautés autochtones à l’égard de ce qu’ils ont subi ? Mme Lalonde assure qu’elle a beaucoup d’espoir en Mary Simon qu’elle qualifie de « femme d’expérience », soulignant au passage que la représentante de la Reine d’Angleterre est en train d’écrire « une page importante », à la fois pour les Canadiens, mais aussi pour « le peuple autochtone ».

Face à toute cette bonne volonté, Laura Dudas n’est pas dupe. «Ce n’est qu’un début. Comme nous ne l’avons que trop bien compris au cours des derniers mois, il y a encore beaucoup de travail à faire.» Et Karole Dumont de rétorquer que, s’il devait y avoir réparation monétaire, il est à espérer que les Autochtones ne soient pas encore victimes « d’abus des avocats ».

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