FRANCOPRESSE – Lorsqu’il a vu le jour à l’été 2001, à l’occasion des 4e Jeux de la Francophonie à Ottawa-Hull, l’Orchestre de la francophonie devait être le projet d’un seul été. Deux décennies plus tard, il roule toujours sa bosse sous la gouverne du cofondateur et chef d’orchestre Jean-Philippe Tremblay, qui n’avait que 23 ans lors de sa mise sur pied.

L’Orchestre de la francophonie (OF) a dû se réinventer en raison de la pandémie. Pour une deuxième année consécutive, il accueille virtuellement 37 jeunes musiciens francophones et francophiles d’un peu partout dans le monde. «On porte le nom d’Orchestre, mais on est beaucoup plus une école de formation. “Académie orchestrale” se colle bien ; c’est un postuniversitaire pour se perfectionner», explique Jean-Philippe Tremblay, directeur artistique et chef principal de l’OF.

Le programme d’été accueille en temps normal environ 60 jeunes âgés de 18 à 30 ans, qui se retrouvent au Conservatoire de musique de Montréal pendant près d’un mois pour faire l’expérience «professionnelle» de la vie d’orchestre : «Ces jeunes-là sont en train de finir ou ont fini leur baccalauréat ou leur maitrise, donc c’est vraiment un entredeux avant le monde professionnel. Durant leurs études, ils vont passer plusieurs semaines, voire un mois sur un programme pour le préparer ; dans le monde professionnel, ça se passe en quatre ou cinq jours. La marche est haute», constate Jean-Philippe Tremblay.

En plus du rythme de travail soutenu, l’OF offre aux participants des cours musicaux, mais également des conseils sur la santé physique et mentale des musiciens ou encore la préparation aux auditions. «On essaye de faire un beau tout d’horizon», résume le chef d’orchestre.

Il souligne d’ailleurs qu’entre 75 et 80 % des participants de l’OF parviennent à se trouver un emploi dont ils sont capables de vivre, une réussite dans «ce monde hyper compétitif».

« Un niveau technique extraordinaire »

Luca Ortolani en est cette année à sa troisième participation au programme : une première fois en personne en 2019, une seconde fois en mode virtuel en 2020 et il répète l’expérience en ligne cette année. Pour ce hautboïste natif d’Ottawa, qui poursuit actuellement des études en performance musicale, spécialisation hautbois, à l’Université de Toronto, chaque formule a ses avantages.

«L’an dernier, j’ai vraiment aimé que ce soit plus axé sur la performance individuelle, comparativement à l’orchestre en personne où on a un concert chaque semaine… J’ai vraiment été capable de travailler sur ma musique personnelle, mes défis, ma technique, ma musicalité. En 2019, c’était plus de travailler à être un bon coéquipier, un bon musicien au bénéfice du groupe», illustre le jeune homme de 21 ans.

Il s’estime «vraiment chanceux» d’avoir eu l’opportunité de vivre les deux expériences — en présentiel et en virtuel —, d’autant plus qu’à sa première participation il était parmi les plus jeunes, sinon le plus jeune de l’Orchestre de la francophonie.

«C’est un des orchestres de plus haut calibre au Canada, le talent qu’il y a à l’OF est incroyable […] J’ai appris tellement à savoir comment me conduire durant une répétition, comment interpréter certains compositeurs versus d’autres», s’enthousiasme encore Luca Ortolani.

« Le niveau augmente d’année en année, confirme Jean-Philippe Tremblay. Ces jeunes ont un niveau technique extraordinaire, époustouflant, il faut les guider et leur donner les bons outils, parfois les repositionner avec certains styles… C’est un bel âge pour travailler avec eux, une belle période de leur vie. »

Le français «dans l’ADN» de l’OF

Pendant environ les dix premières années de son existence, l’Orchestre portait en fait le nom complet d’Orchestre de la francophonie canadienne.

Le changement s’est fait il y a environ une décennie, lorsque l’OF a décidé d’ouvrir ses portes aux musiciens francophones et francophiles du monde entier. Depuis, des participants de France, Belgique, Suisse, Luxembourg, Congo, Haïti, Allemagne, États-Unis et même Iran cette année sont venus compléter les rangs du programme. Luca Ortolani se souvient d’ailleurs avoir vu des participants anglophones qui avaient des fiches de traductions à côté de leurs partitions pour pouvoir suivre. «Et il y a toujours un leadeur bilingue qui peut partager les notes du chef d’orchestre», observe-t-il.

Avec la pandémie, Jean-Philippe Tremblay note qu’il est «plus difficile» de privilégier le français, car « il y a beaucoup plus de classes théoriques et de conférences, dont il faut faire presque 50/50. Mais la proportion va se rebalancer quand on reviendra en présentiel ».

Le chef d’orchestre souligne que le français est «inscrit dans l’ADN de l’Orchestre depuis le début», tout en expliquant que le programme a eu envie de s’ouvrir à l’international après avoir reçu plusieurs demandes en ce sens.

«Le français est la langue qui nous rassemble dans la vie de tous les jours. La musique a cette qualité-là qu’on n’a pas besoin de trop de parler non plus, tout se fait avec des gestes, avec les instruments. Mais les Américains qui viennent jouer savent que les répétitions avec moi vont être à presque 90 % en français», souligne Jean-Philippe Tremblay.

«On a de belles histoires : des gens qui ont décidé de vivre à Montréal après, qui ont décidé d’apprendre le français grâce à l’orchestre», ajoute Jean-Philippe Tremblay.

Pour Luca Ortolani, l’aspect francophone «rassemble» les musiciens : «Des musiciens du monde qui parlent français, qui arrivent à Montréal pour partager leur musique, c’est incroyable! Chacun joue son style, mais ensemble», souligne-t-il. Car pour un musicien averti, un son nord-américain est facilement distinguable d’un son européen ou encore sud-américain. «[Cette différence] se perd malheureusement, car les musiciens voyagent de plus en plus. […] Les vraies écoles nationales de sonorités ne sont plus aussi fortes qu’il y a un siècle – il y a encore des traditions, mais c’était beaucoup plus fort avant», observe toutefois Jean-Philippe Tremblay.

Les activités disponibles pour le public

Si le chef d’orchestre et le participant affirment tous deux avoir grandement hâte de recommencer à jouer ensemble, en personne, ils se réjouissent tout de même d’avoir l’opportunité de continuer l’OF en version virtuelle.

«On a pris tout ce qu’on avait dans le programme qui s’offrait en version numérique, et on l’a repackagé pour monter un programme spécial. Certaines choses vont rester d’ailleurs! L’an prochain, on risque de commencer en virtuel pendant dix jours avant que les jeunes arrivent à Montréal. Ça permet d’avoir des profs de partout, par exemple», illustre Jean-Philippe Tremblay.

Pour sa part, Luca Ortolani s’enthousiasme à l’idée de créer cette année un projet de «collage musical» : «Plusieurs musiciens de l’OF vont m’envoyer des vidéos d’une pièce qu’on a choisie et je vais essayer de mettre tout ça ensemble! J’espère faire quelque chose de qualité, le plus proche possible d’une performance en personne.» L’ensemble des classes de maitre, des conversations entre Jean-Philippe Tremblay et des acteurs importants de la scène musicale, des projets numériques et des récitals des musiciens de l’OF seront disponibles sur la chaine YouTube et la page Facebook de l’Orchestre de la francophonie. 0708 Francopresse_Orchestre de la francophonie_Ensemble et Jean-Philippe Tremblay 2_Cr. OF.jpeg 0708 Francopresse_Orchestre de la francophonie_Jean-Philippe Tremblay_Cr. OF.jpeg 0708 Francopresse_Orchestre de la francophonie_Logo OF_Cr. OF.jpg 0708 Francopresse_Orchestre de la francophonie_Luca Ortolani_Cr. Courtoisie.jpg 0708 Francopresse_Orchestre de la francophonie_OF juillet 2016_Cr. Jacques Robert.JPG