JOURNAL DU 11 MARS 2021 - Cette chronique se divise en deux parties, la suite vous sera publiée la semaine prochaine. Elle témoigne de l’expérience vécue par deux familles en période de pandémie : l’une habitant à Toronto et l’autre à Hearst. Force est de constater qu’à quelques différences près, les deux réalités s’apparentent et elles sont probablement représentatives de plusieurs familles.

En mars 2020, les parents sont soudainement envahis par une foule de tâches qui la semaine précédente ne leur incombaient point. Ils doivent modifier leur mode de vie, adopter de nouvelles routines, gérer l’anxiété, le stress, le besoin de socialiser et de bouger chez leurs enfants.

« Je me sentais comme si nous devions à la fois être des parents, des appuis technologiques, des enseignants, des tuteurs et de continuer de faire notre travail régulier. J’avoue que ça a été pas mal dur pour mon moral et surement sur mon humeur aussi », indique le père de la famille Ouellette maintenant installée à Toronto.

La fermeture prématurée des écoles force les parents à évaluer leurs ressources technologiques. Certains n’étant aucunement familiers et d’autres, très peu équipés, ce qui vient ajouter aux contraintes existantes.

« Lors de la première fermeture, nous avions une partie de la technologie nécessaire, mais la situation n’était pas idéale. Andréanne a dû céder son ordinateur à Alex pour une partie de la journée et Thomas utilisait un vieil ordinateur que nous avons sorti des boules à mites. »

À Toronto, il y a eu deux fermetures. La deuxième fut plus simple. L’organisation de la journée devenait plus structurée, les plateformes d’enseignement plus efficaces, ce qui facilite l’expérience scolaire. Le ministère de l’Éducation et les conseils scolaires ont pris conscience de l’importance de la technologie et ils ont rapidement mis en œuvre des dispositifs pour faciliter les apprentissages.

« Notre conseil scolaire a fait preuve d’un encadrement hors norme. La plateforme d’enseignement et de communication retenue (Teams) fonctionnait bien. Tout était canalisé dans une seule plateforme incluant du temps d’enseignement avec les pairs au quotidien. Nous n’avons vraiment pas eu d’enjeu d’ordre technologique. Les membres du personnel enseignant de nos enfants étaient vraiment très dévoués même si leur aisance avec la technologie pouvait varier considérablement », mentionne Pierre Ouellette.

En plus de composer avec tous ces changements, les enfants se retrouvent isolés, distanciés. « Une nouvelle étude démontrerait que notre besoin de socialisation et de compagnie est aussi fondamental que notre besoin de nous alimenter. » (La Presse) Comment ne pas s’inquiéter comme parents, quand nos enfants se retrouvent privés de ce besoin fondamental ? L’école fournit des occasions de socialisation. Et pour ajouter à cet isolement, les sports, les activités organisées sont mis sur pause !

« Il n’y avait plus d’activités comme le hockey, le baseball ou le soccer pour les enfants et il fallait trouver des façons de bouger autrement. Moins d’activité physique pour les grands aussi. Nous avons dû remplacer les activités organisées et de socialisation par des activités en famille, ce qui est à géométrie très variable. »

Et que dire des élèves présentant des difficultés d’apprentissage ! Sont-ils les laissés pour compte du système ? Est-ce que l’école à la maison a accentué les retards ? Ont-ils un encadrement approprié ? « Lors de la première fermeture, les enfants recevaient 30 minutes d’enseignement à distance par jour. Un de nos garçons à un trouble de déficit de l’attention. Il était alors difficile de l’inciter à se brancher à son cours et de le suivre attentivement. Bien sûr, ce n’était pas toujours simple de motiver les gars à suivre un écran pendant une bonne partie de la journée, mais j’ai eu l’impression qu’on avançait d’un point de vue des apprentissages même si ce n’était pas comme être à l’école. Et avec une plus grande structure, c’était beaucoup plus facile de concilier travail-famille. »

La pandémie a amené son lot de désagréments, mais dans plusieurs foyers elle a malgré tout eu des effets positifs sur la vie de famille. La présence des enfants à la maison de façon constante peut favoriser une meilleure compréhension de leurs besoins. On assiste donc à la coparentalité, c’est-à-dire un travail d’équipe entre parents. Il a permis de mettre en évidence le travail réalisé à l’école.

« En conclusion, l’école virtuelle nous a permis de mieux comprendre comment ça se passe à l’école, surtout avec un enfant qui a un trouble d’apprentissage. Le fait que je sois forcé de passer plus de temps à la maison a probablement été l’un des bons côtés du confinement. Nous sommes alors deux parents à gérer le bloc retour de l’école, le souper, la vie familiale. »

JOURNAL DU 18 MARS 2021 - Cette dernière chronique présente la réalité vécue par Julie Cheff, mère de trois enfants, soit deux adolescents et une fille de 10 ans, en plus d’une étudiante d’un programme d’échange scolaire. Le texte présente quelques constatations et défis qui ont été occasionnés par l’école à la maison, tout particulièrement en début de pandémie, c’est-à-dire d’avril à juin 2020.

Quand la technologie n’est plus adéquate !

Une semaine avant que l’on déclare la situation de pandémie, nos ressources technologiques nous apparaissaient satisfaisantes. Mais avec quatre élèves à la maison et moi en télétravail, nous nous sommes vite rendu compte que la vitesse de notre connexion Internet était loin de répondre aux besoins de l’école et du travail. Nous avons vécu plusieurs interruptions de la connexion, une image qui fige, ou encore une lenteur insupportable.

J’ai donc pris l’habitude de travailler très tôt le matin et de faire des rencontres en vidéoconférence avant le réveil des enfants. Je devais par ailleurs leur demander à l’occasion de fermer complètement leurs appareils pour avoir un meilleur signal. Nous avons dû harmoniser nos horaires, car ils devaient aussi se brancher à des temps spécifiques pour accomplir leurs travaux et présentations. Il a donc fallu se résoudre à trouver une solution plus efficace et changer de fournisseur d’accès à Internet, ce que nous avons obtenu au mois d’aout seulement !

Un concept à géométrie variable !

Les enfants étaient en général très autonomes, plus particulièrement les adolescents qui étaient plus à l’aise avec la technologie et les plateformes utilisées par le conseil scolaire. Je devais être présente pour ma fille de 10 ans sur une base régulière, soit pour accéder à ses devoirs, les imprimer, l’appuyer dans la leçon et faire l’envoi de ses exercices et leçons sur les différentes plateformes. Voici les principales difficultés rencontrées lors de l’épisode de l’école à la maison. Il était parfois compliqué de naviguer sur les plateformes. Le système n’est pas très convivial pour accéder aux leçons et soumettre les travaux, et ce, même si je suis relativement à l’aise avec la technologie. Le personnel enseignant utilisait différents moyens de communiquer l’information : certains utilisaient le courriel, d’autres la plateforme Environnement d’apprentissage virtuel (EAV). Il était difficile de suivre, et frustrant pour le parent d’évoluer dans tout ça. J’ai bien l’impression d’avoir passé plusieurs heures à m’y retrouver.

Je dois dire, par contre, avoir noté une nette amélioration lorsque nous avons dû faire un retour à la maison durant une semaine l’automne dernier. J’ai constaté que le personnel enseignant ainsi que les élèves étaient beaucoup mieux préparés à cette formule. Il faut croire que la nécessité est la mère de l’invention !

Les dessous du télétravail !

Travailler à partir de la maison n’est pas toujours évident, d’autant plus que ma station de travail était située à proximité de la cuisine et du salon au rez-de-chaussée, ce qui occasionnait beaucoup de dérangement. Je me suis donc installée pour bien travailler, tant sur le plan ergonomique que technologique. Contre toute attente, j’ai choisi de travailler à mi-temps pendant les mois de mai et juin afin de vaquer à mes obligations parentales et mieux appuyer ma fille avec ses études. Je trouvais que c’était tout simplement trop. Je fus privilégiée de pouvoir profiter de cet arrangement de travail flexible, mais il reste que la situation a affecté ma vie professionnelle et m’a occasionné des pertes de revenus.

La charge mentale, une charge partagée ?

Je crois que ce sont beaucoup les mamans qui ont payé le prix de cette pandémie à bien des égards. Tout compte fait, l’école à la maison m’a obligée à assumer encore plus de responsabilités. Du jour au lendemain, nous nous sommes retrouvés à la maison à organiser les horaires d’école, appuyer nos enfants dans leurs leçons et devoirs, à organiser le menu et à faire des horaires de ménage pour assurer le bon fonctionnement du foyer et pour le bienêtre des enfants. Par contre, le fait que je pouvais compter sur mes quatre grands enfants pour m’aider facilitait la tâche. J’ai peine à m’imaginer les parents dans la même situation avec de jeunes enfants.

L’école à la maison, pas tout noir !

Le moral du mois d’avril à juin était quand même très bon durant cette période. En vivant à la campagne, nous avons trouvé moins difficile le confinement en raison des activités que l’on pouvait faire à l’extérieur. Malgré tout, la situation a fait en sorte que nous nous sommes rapprochés et avons passé beaucoup de temps en famille. Un gros merci à Julie d’avoir partagé si généreusement une partie de son quotidien en cette période trouble et anxiogène !

Photo : https://www.aqed.qc.ca/fr/actualites/blog/education-domicile-vs-ecole-maison-covid