Rien de plus improbable dans la vie de la Mexicaine Lorena Herrera que de s’établir à Hearst dont elle n’avait jamais entendu parler. C’était compter sans les fantaisies de Cupidon. En effet, à la faveur de vacances prises à Cuba à la même époque, elle et Paul Payeur se rencontrent. Le coup de foudre est réciproque et cela se termine par leur mariage qui l’a amenée dans notre communauté. Aujourd’hui installée à Kingston et venant de lancer E&E Collection, Lorena garde Hearst dans son cœur. Elle s’est confiée au journal Le Nord.

LN : Depuis quand vivez-vous au Canada ? LP : Je suis tombée amoureuse de Paul (Payeur), ce qui m’a fait déménager du Mexique en février 2015 pour vivre à Hearst, d’où il est originaire. Ce fut un changement drastique pour moi de devenir femme au foyer après avoir été une professionnelle travaillant de 8 h du matin à 8 h du soir dans le secteur touristique. Y compris la culture d’ici, l’hiver et presque tout, ce fut assez dur, mais j’ai beaucoup appris pendant cette période alors que je ne pouvais pas encore recommencer à travailler. Je me suis rendu compte que les Canadiennes sont des femmes indépendantes, notamment celles de Hearst que j’admire beaucoup. Elles s’éduquent et règlent leurs propres affaires, elles sont débrouillardes et font de tout. Cela m’a impressionnée et inspirée, particulièrement l’une d’entre elles qui m’ont appris à peindre les murs. Je n’avais jamais fait ça et fus très étonnée de son aisance dans les travaux d’entretien d’un immeuble.

LN : Le temps a passé et vos enfants sont nés, vous avez travaillé à Hearst puis vous avez décidé de déménager à Kingston ? LP : Oui, mais à cause d’un cancer que j’ai eu et pour le traitement duquel je devais me rendre à Toronto aux trois semaines. Cela occasionnait des frais élevés, de plus mon mari m’accompagnait donc il ne pouvait pas travailler ces jours-là. C’était donc plus pratique de déménager puisque le traitement allait être long.

LN : Diriez-vous que d’une mauvaise circonstance est sortie une bonne opportunité ? LP : Tout à fait. J’ai pu, heureusement, me tirer d’affaire par rapport au cancer après un peu plus d’un an, après chirurgie et chimiothérapie. Je sais maintenant que le plus important dans la vie est la santé. Quand j’ai fait sonner la cloche indiquant la fin de la chimiothérapie et la victoire sur le cancer, ce fut comme de renaitre à la vie. C’est à partir de ce moment-là que j’ai décidé de profiter de chaque moment et que j’ai commencé à me demander qu’est-ce que j’allais faire désormais de mon existence, pour partager une leçon apprise avec mes enfants et les gens autour de moi.

LN : Comment est venue l’idée de cette entreprise ? LP : De vivre à Kingston enfermée à la maison pour une deuxième année consécutive, j’ai fait une dépression. Je ne pouvais recommencer à travailler, car mon niveau d’énergie était instable, un jour bien un jour mal, avec une grande fatigue résultant du traitement. L’arrivée de la COVID-19 n’a pas aidé. Tout ceci me désespérait, mais m’a donné l’idée de trouver une alternative. Cela faisait un moment déjà que j’avais envisagé d’entreprendre un commerce d’artisanat du Mexique où nous avons une infinité de choses qui se fabrique à la main. Je pourrais ainsi partager ma culture et son abondance de couleurs avec les gens d’ici. À ce moment-là aussi, on avait grand besoin de masques. J’ai découvert qu’un groupe de Mexicaines offrait des masques artisanaux bien faits, avec des motifs ludiques. J’ai décidé de me lancer en achetant 200 unités dans un premier temps. J’en ai fait la promotion ainsi que les ventes par Facebook, et ce fut un succès. J’ai reçu environ mille messages de gens de Hearst et de Kingston et en moins de trois mois j’ai vendu 3000 masques. Ce fut tout un processus d’importation, de la commande à la livraison en passant par les transactions avec la douane.

LN : Comment a évolué la jeune entreprise ? LP : Les gens n’arrêtaient pas de me contacter pour remplacer des choses ou pour de nouvelles commandes. Encouragée par ce début, j’ai retrouvé de mon énergie et j’ai pris la décision de m’établir de manière formelle comme entrepreneure en aout 2020 après environ six mois dans cette nouvelle aventure. Cela m’a donné confiance. Sachant que j’avais d’autres compétences à acquérir, comme la comptabilité, j’ai fait des recherches en ce sens. C’est ainsi que j’ai appris l’existence à l’Université Queen’s de WE CAN, un nouveau programme gouvernemental d’entrepreneuriat de quatre mois, avec un volet pour les femmes autochtones, ayant un handicap, nouvelles immigrées ou étant de minorité visible, et qui veulent monter une affaire. J’avais le profil requis et cela dépassait ce que j’avais imaginé, d’autant plus qu’on bénéficiait d’un mentor et d’appui financier.

LN : Voyez-vous mieux comment vous allez développer les choses ? LP : Mille autres idées me sont venues, mais grâce à mon coach, j’ai appris à rester réaliste quant à mes possibilités effectives. Tout ceci m’a aidée à reprendre gout à la vie et je me sens très enthousiaste face à l’avenir.

LN : Quelque chose à ajouter ? LP : J’ai beaucoup pensé aux entreprenantes femmes de Hearst. J’aimerais suggérer à la Corporation de développement économique de la ville de se jumeler à un programme comme WE CAN afin de faire bénéficier aussi les intéressées de la formation que je prends. Je suis disponible sur Facebook pour des informations en ce sens.

LN : Merci pour cette pensée et bonne continuation !