Comme chaque année, le mois de février marque la célébration du Mois de l’histoire des Noirs. Étant placée sous la thématique « L’avenir, c’est maintenant », cette édition 2021 vise à reconnaître et à mettre en valeur les efforts des Canadiens noirs. La jeunesse noire franco-ontarienne souhaiterait une meilleure visibilité dans le milieu communautaire.

Selon les données du recensement de Statistique Canada de 2016, les Noirs représentaient près de 3,5 % de la population canadienne et 26,6 % d’entre eux étaient âgés de moins de 15 ans. Pour Karelle Sikapi, étudiante en criminologie à l’Université Carleton et ancienne présidente de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO), il existe un manque de représentation des minorités et plus particulièrement des jeunes au sein de la communauté franco-ontarienne.

Elle sent qu’il se crée une distanciation entre ces derniers et le reste de la communauté. Cela a pour conséquence de compliquer les rapports entre les deux groupes sociaux et de pousser les jeunes à faire des choix à l’égard de leur identité, observe-t-elle.

« Je ne me suis jamais sentie représentée au sein de la communauté franco-ontarienne et je sais qu’il y a beaucoup de gens qui éprouvent le même sentiment, raconte Karelle Sikapi. Beaucoup de jeunes noirs ne s’identifient pas comme Franco-Ontariens parce qu’ils ne voient pas des personnes qui leur ressemblent au sein des organismes et particulièrement au sein des instances décisionnelles. »

Cette opinion est partagée par l’ancien président de la Coalition des Noir. e. s francophone de l’Ontario (CNFO), Jean-Marie Vianney. Pour lui, il y a une nette amélioration de la condition des Noirs au sein de la communauté franco-ontarienne. Bien qu’ils soient encore confrontés à une marginalisation liée à la disparité linguistique et à un manque de visibilité au sein de la communauté, la communauté continue de s’agrandir. Absence de plateformes pour les jeunes Noirs Selon Karelle Sikapi, l’un des freins à l’insertion des jeunes est le manque de considération à l’égard de l’expérience noire franco-ontarienne.

Pour elle, bon nombre d’organismes ne sont pas réceptifs aux besoins de la communauté noire et préfèrent privilégier la défense de la langue, sans prendre en considération les réalités propres à chaque membre.

« Selon mes expériences, je ne crois pas qu’il y ait assez de conversations par rapport à cela [l’expérience noire francophone]. Même quand on essaie d’ouvrir des conversations sur le sujet, on n’explore pas assez les raisons pour lesquelles on n’arrive pas à rejoindre une audience diversifiée », explique-t-elle. Pour elle, le manque de structures et de ressources au sein des organismes ne permettent pas de commencer des conversations sur l’expérience noire et comment les disparités entre les membres de la communauté ne facilitent pas l’intégration des plus jeunes.

Des ébauches de solutions pour une jeunesse épanouie.

Selon Karelle SIkapi, l’intégration des jeunes noires au sein de la communauté franco-ontarienne passe par la reconnaissance des besoins propres à chaque groupe identifié.

« Je trouve que très souvent, on cherche à plaire à une certaine audience. Ainsi, même si on a ces conversations, il n’y a pas d’actions concrètes permettant d’aller chercher plus de personnes issues de la diversité », indique-t-elle.

Outre cette reconnaissance de l’identité noire, elle préconise aussi la création de structures permettant aux jeunes noirs de se sentir valorisés.

« Célébrer la culture noire n’est pas quelque chose que l’on fait assez. Pour un Mois de l’histoire des Noirs, j’ai vu très peu d’organismes jeunesse mettre en place des choses concrètes pour célébrer l’événement. Il est important de ne pas pousser les jeunes à abandonner une partie de leur identité lorsqu’ils participent à des événements franco-ontariens », ajoute-t-elle.

Elle préconise aussi l’inclusion des jeunes au sein des tables de consultation et des autres instances décisionnelles.

En donnant aux jeunes un espace sécuritaire et en les incluant à tous les paliers organisationnels, on peut créer à la fois des ressources qui valorisent leur culture et leur apporte de l’aide, soutient l’étudiante.

Cette idée est partagée par Jean-Marie Vianney. Selon lui, au lieu de se plaindre du manque d’engagement de la jeunesse, il est essentiel de se pencher sur les raisons de son inaction. « Au lieu de pointer du doigt cette jeunesse, il faut plutôt créer des opportunités pour leur donner la parole. C’est une façon, entre autres, de les impliquer dans le débat démocratique », conclut-il. karelle.jpg