En cette première semaine de janvier, nous avons envie de vous faire voyager dans le passé, à défaut de ne pas pouvoir le faire ces temps-ci sans être regardé de travers à notre retour.

Il y a de cela 105 ans, le 7 janvier 1916 plus exactement, se tenait « La Guerre des épingles ». Une archive de l’Encyclopédie canadienne nous apprend que cette « guerre » était en fait une révolte de la part d’une dizaine de parents francophones contre des policiers qui tentaient d’empêcher la tenue de cours en français à l’école Guigues d’Ottawa.

Il faut se rappeler que quelques années plus tôt, en 1912, une loi était venue restreindre la place de l’éducation en français dans la province.

Ce règlement interdisait l’éducation en français au-delà des deux premières années du primaire et était perçu comme un geste antifrancophone. La population parlant le français était pourtant grandissante à cette époque. Certains enseignants ont alors pris l’initiative d’offrir des cours dans des lieux publics comme les sous-sols d’église à l’abri de toute institution.

C’est le cas des sœurs Diane et Béatrice Desloges. Après quelque temps, certaines écoles dites « rebelles » décidant tout de même de continuer à offrir des services en français malgré le risque de se faire arrêter.

C’est donc le 4 janvier 1916 que 120 parents ont tenu la garde dans les corridors et même dans les rues autour de l’école Guigues d’Ottawa afin que leurs enfants puissent recevoir un enseignement en français.

Quelques jours plus tard, le 7 janvier, 30 policiers escortant un représentant provincial font leur apparition à cette école pour empêcher les deux sœurs d’enseigner. C’est à la suite de cet évènement que la véritable Guerre des épingles a commencé. Son nom vient principalement du fait que des mères francophones se sont armées de divers articles ménagers, dont des épingles à chapeau, pour véritablement se battre contre les policiers.

Les protestations ont continué pendant plusieurs semaines et cela a porté fruit. Le règlement a été aboli dans la région d’Ottawa. L’épingle à chapeau est ainsi devenue un symbole pour la lutte des droits de la langue française en Ontario.

Plusieurs actions semblables ont été entreprises par la suite, ce qui a finalement mené à la fin de l’application du règlement à travers tout l’Ontario, en 1927. Plusieurs années plus tard, en 1968, les écoles francophones sont enfin reconnues.

Pour plusieurs historiens, si aujourd’hui, nous pouvons nous réjouir de notre belle communauté et surtout de nos nombreuses écoles francophones, c’est en partie grâce à ces courageuses mères qui avaient à cœur l’apprentissage en français. Sans cette intervention racicale, l’Université de l’Ontario français ne serait pas sur le point d’ouvrir ses portes.

Photo: thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/la-guerre-des-epingles