JOURNAL DU 22 OCTOBRE 2020 - Certaines personnes ne semblent jamais à court d’initiatives, comme Marie Estella Richard, par exemple. Ayant dû vendre laplupart de ses chèvres parce que son principal client ne pouvaitplus prendre toute la production de lait, elle n’a pas perdu de temps pour regarder ailleurs et se rendre compte qu’un besoin précis attendait d’être comblé : un motel pour animaux de ferme en voyage. La voici en entrevue avec Le Nord pour les détails du projet.

LN : Alors les chèvres, c’est fini ? MER : Pas vraiment, c’est plutôt sur pause. Il en reste une vingtaine et d’ici l’hiver, on va continuer, monter un magasin et les accoupler pour vendre des produits comme lait, yogourt, par exemple, pour un petit marché. Cattle Lodge est depuis février 2020 un motel pour les animaux, où ils peuvent se reposer, boire et manger lors d’un arrêt après 13 heures de route et avant de continuer vers l’abattoir ou une autre ferme, selon les règlements légaux. Cette place est un gros avantage pour les animaux et ça aide à diminuer leur souffrance. C’est vraiment important pour moi d’aider ces animaux-là le plus possible. Je trouve que c’est pas correct de les transporter aussi loin sans s’arrêter.

LN : Comment vous est venue l’idée de cette entreprise ? MER : Je m’en étais fait parler. J’avais jamais réalisé que ça pouvait être une entreprise. Mais quand tu vois passer tous les jours les camions transportant les animaux, et tu sais que la seule place de ce genre est à Thunder Bay… Avant de faire mon projet, j’ai été passer deux jours avec eux autres et Andy, le propriétaire de The Barn, m’a beaucoup aidé. Il m’a enlignée avec le déchargement et j’avais cette expérience-là, j’ai vu comment ça fonctionnait. Ensuite, j’ai été capable de faire mon plan d’affaires. Et puis ça l’aide aussi aux camionneurs de se reposer, de manger, de prendre une douche.

LN : Vous allez les loger aussi ici? MER : Ils vont rester parqués dans la cour, mais on a une douche pour eux et ils pourront manger aussi. Eux autres, c’est ça qu’ils veulent, non pas aller en ville, mais rester ici sur place avec le service.

LN : Vous acceptez quelles sortes d’animaux ? MER : Ici, c’est pour tout le bétail de ferme, mais on ne prend pas les gros, genre bisons ou buffalos, qui peuvent détruire une ferme assez vite. Thunder Bay ne les prend pas non plus. Les poules sont transportées dans leurs cages et ces camions n’arrêtent pas en route.

LN : La pandémie vous a affectée ? MER : Ça avait stallé beaucoup à cause du virus, mais là, depuis avril-mai, ç’a recommencé et ça roule beaucoup. On a un contrat avec Olymel, le porc de l’Ontario; j’ai quatre enclos réservés pour eux à raison de 200 bêtes par enclos. Pour les vaches, c’est deux enclos où on a 42 vaches adultes chaque, ou 119 chaque pour des bébés. On peut accommoder jusqu’à 1500 têtes de bétail. À cause que j’ai déjà d’autres animaux comme chèvres, poules, lapins, beaucoup de gens me demandent si j’ai pas peur de contaminer la place. Nous, toutes les semaines on doit prendre un test ; Olymel nous demande ça à cause de la fièvre porcine et on leur envoie le résultat. Les maladies ne se transmettent pas entre espèces différentes, mais les cochons mangent tout, même les excréments des autres animaux. Il y a un boost dans la moulée des vaches pour qu’elles grossissent plus vite et Olymel ne veut pas de ça dans la viande du cochon. C’est pour ça qu’on ne mélange pas ces deux-là, pas parce que les cochons peuvent attraper une bactérie. Donc, on contrôle et nettoie la place du mieux qu’on peut et les autorités agroalimentaires visitent une fois par année pour s’assurer de la sécurité des animaux, à l’entreposage et au déchargement.

LN : C’est une entreprise rentable, ce motel pour animaux? MER : Oui, c’est très rentable, surtout qu’on est les seuls aux alentours. Le montant qu’ils donnent par truck, il est bon et s’il y en avait un autre à Hearst, je ne serais pas contente. Mais il y a une chose : des gens me disent parfois que ça doit être dur de regarder partir les animaux pour l’abattoir, mais ils sont contents de manger leur steak et leur bacon. Je pense que c’est mieux de diminuer leur souffrance que de ne rien faire et nous les fermiers, transporteurs, propriétaires de motels, on fait de gros sacrifices pour nourrir cette population qui arrivera dans leurs assiettes. C’est correct d’avoir une place comme ça et d’être respectueux envers ces bêtes. Oui, c’est triste de les voir partir, mais on est aussi reconnaissant qu’elles nous donnent leur viande. Des véganes disent que j’encourage ce secteur. Eux autres ils font des grèves et à part ça, rien. Moi, je fais une différence pour ces animaux; au moins je les aide à moins souffrir.

LN : Alors bonne continuation !