J’ai repris contact avec Jean-Noël et Carolyn Potin, anciens résidents de Hearst dans les années 1990. Peu après leur mariage en Bretagne (France) en 1990, le couple s’était envolé pour Montréal, où habitaient les parents de Carolyn. Ils n’avaient alors aucune idée de l’endroit où ils allaient élire domicile. En attendant sa carte de résident permanent, Jean-Noël avait suivi un cours de radiotélé à Montréal, commençant parallèlement à envoyer des CV d’un bout à l’autre du pays, de Kelowna au Nunavut, en passant par Geraldton… C’est finalement l’école secondaire du Nord-Ouest, à Geraldton, qui lui a donné sa première opportunité. Il y a enseigné le français durant une année, découvrant pour la première fois les rigueurs de l’hiver ontarien. Cela n’était pas rien pour un Breton, habitué à la douceur du climat océanique. Hélas, cette expérience a tourné court au bout d’un an, son poste ayant été supprimé. Carolyn et Jean-Noël aimaient tellement leur expérience nord-ontarienne qu’ils n’avaient pas encore le gout de changer d’endroit. Jean-Noël se souvient d’une rencontre fortuite avec Omer Cantin, éditeur du journal Le Nord, qui était en reportage à Longlac. C’est lui qui, le premier, lui a parlé de Hearst et de son dynamisme. Jean-Noël et Carolyn ont écouté ses conseils et ont donc mis le cap à l’est.

Une fois le couple installé à Hearst, Jean-Noël s’est présenté à la radio CINN 91,1 pour proposer une émission bénévole quotidienne d’une heure, n’ayant évidemment aucune idée de l’accueil que les auditeurs réserveraient à un « Français de France ». Le résultat a complètement dépassé ses espérances. Au bout d’un mois, la radio lui proposait un poste de journaliste-animateur, une fonction qu’il a adorée, et qui l’a tenu bien occupé de 1992 à 1997. Ces années à Hearst comptent parmi les plus belles que Carolyn et Jean-Noël disent avoir vécues, tant l’hospitalité des Franco-Ontariens est extraordinaire. Ils se sont faits d’innombrables amis, certains, comme la famille Lanthier, devenant même leur famille d’adoption. Deux de leurs filles, Nolwenn et Lena, sont nées à l’Hôpital Notre-Dame de Hearst. Tant de souvenirs de veillées, de randonnées en ski ou en motoneige. Tant de rencontres inoubliables !

L’expérience aurait sans doute pu se poursuivre ainsi encore fort longtemps, car ils se plaisaient énormément à Hearst. Mais, professionnellement, Jean-Noël se disait qu’au-delà de cinq ans, le risque était aussi de stagner. Ils ont finalement décidé de retourner en France, où Jean-Noël avait aussi toute sa famille. Ils ont vécu trois ans en Normandie, où est née leur petite dernière, Emma (qui a eu 20 ans cette année), avant d’aller en Bretagne, lorsque Jean-Noël a obtenu un poste de journaliste pour le quotidien régional breton Le Télégramme en 2000.

Depuis cinq ans, ils sont installés au cœur de la Bretagne, dans un petit village de 430 habitants, Mellionnec. Après avoir vécu 11 ans à Brest (200 000 habitants), ils avaient le gout de vivre à la campagne, leur expérience nord-ontarienne n’étant pas étrangère à ce choix. Ils sont entourés de forêts, de lacs, et s’y plaisent. Ils n’y croisent pas d’orignaux, mais la faune y est bien présente : chevreuils, biches, cerfs, sangliers, oiseaux, chouettes…

Peu à peu, les enfants quittent leur nid. Nolwenn a déménagé à Lyon, où elle traduit des romans et des articles pour des magazines d’Histoire et travaille dans une pâtisserie végane. Lena s’est récemment dirigée vers la région d’Angers. Musicienne, elle intervient dans diverses écoles, en plus de mener de front plusieurs projets musicaux. Elle a lancé un duo folk, Birds & Whispers, avec Virginie, une guitariste qu’elle avait rencontrée durant ses études à Tours. Le groupe sort en octobre son premier EP. Parallèlement, Lena a rejoint une formation bretonne, Louarnika, qui prépare un deuxième album. Emma, quant à elle, vient de terminer ses études en restauration collective et recherche un premier travail.

La Covid a naturellement laissé des traces, même si aucun proche n’a été directement touché par la pandémie jusqu’ici. La période de confinement, qui s’est étalée en France sur deux longs mois, de la mi-mars à la mi-mai, a été diversement vécue. Carolyn et les filles en ont profité pour jardiner. C’est l’avantage de la campagne ! Quant à Jean-Noël, il n’a pas arrêté le travail, mais il avoue que la période s’est avérée particulièrement intéressante à couvrir d’un point de vue journalistique. Évidemment, la perspective d’une deuxième vague les inquiète quelque peu, mais comme chacun, ils doivent prendre leur mal en patience en attendant que les choses s’améliorent !