Le 1er octobre écoulé se célébrait la Journée internationale des personnes âgées. Les ainées méritent bien qu’on se souvienne d’elles, après leur contribution non marchandée à la société. On a tendance à oublier qu’elles ont été jeunes, ont aimé et ont eu des rêves. Nous voilà aujourd’hui reçus par Anne-Marie Guillouzic qui, à 80 ans, nous le rappelle de belle manière. LN : Êtes-vous native de Hearst ?
AMG : Non, je suis née au Québec. J’ai eu un grand-père irlandais et une grand-mère écossaise ; mon père était de Sept-Îles et ma mère a quitté Montréal pour l’Abitibi où j’ai grandi. Je suis venue habiter Hearst après mon mariage avec Jean, que j’ai connu par correspondance en février 1968. Il était venu au Canada à l’aventure en 1960 et a travaillé dans le bois à plusieurs endroits avant de rejoindre un autre ami breton ici à Hearst en 1967, pour être dans la même compagnie que lui. Il venait de Morbihan, de la Bretagne, en France. Il avait mis une annonce dans la revue Votre Horoscope qu’on recevait chaque semaine et j’ai répondu.
LN : Que disait l’annonce ?
AMG : Ça disait : « Je suis célibataire, 34 ans, blond aux yeux bleus. J’aime la danse, la télévision, le cinéma et les voyages. Je suis franc, sérieux, honnête et sincère. Je désire faire connaissance avec jeune fille de 25 à 33 ans pour fonder un foyer. Bienvenue à toutes celles qui m’enverront une photo, la mienne en retour. J. G. » On s’écrivait une fois par semaine et j’ai toutes les lettres. Il venait me voir toutes les deux semaines. La première fois, en le voyant arriver chez nous, je l’ai quasiment tout de suite aimé. Je ne sais pas s’il l’a eu de même, mais moi j’ai eu le coup de foudre. Dans ma tête de jeune fille, c’était mon survenant. On s’est marié le 24 juin, ça fait 52 ans. LN : Comment s’est passée votre adaptation à Hearst ?
AMG : Ça s’est bien passé, mais je me suis beaucoup ennuyée de ma famille. C’est la première fois que je partais de chez moi. On avait une grosse famille du côté de ma mère et de mon père, on jouait à beaucoup de jeux de cartes avec cousins et cousines. On les a visités deux fois l’an après mon mariage. Ici, on avait sept ou huit amis bretons, tous mariés à des Canadiennes, comme Jean, mais tous sont partis depuis un bout. Il reste seulement mon mari et un autre. J’ai arrêté de m’ennuyer quand mes enfants ont commencé à venir au monde, deux ans après mon mariage. J’avais 28 ans quand je me suis mariée et on avait dit que si on n’a pas d’enfants, on va adopter, mais mon mari voulait adopter des jumeaux. Moi avec ma foi, j’ai prié, disant que je n’étais pas capable de m’occuper de jumeaux et il m’a exaucée. J’ai deux enfants et trois petits-enfants maintenant.
LN : Comment avez-vous occupé votre temps quand les enfants étaient petits ?
AMG : Tant qu’ils n’ont pas été à l’école, je suis restée à la maison. C’était mon rêve d’avoir une famille et des enfants. Après, j’ai fait des ménages en privé pendant six ans. J’ai gardé des petits pendant six ans aussi, ceux que ma fille avait gardés avant de partir étudier à Ottawa. Hearst n’était pas aussi grand que maintenant et on ne sortait pas beaucoup. C’est pour ça que j’ai commencé à faire du bénévolat à l’église, aller à l’hôpital amener la communion aux patients et aux personnes âgées chez eux, au Foyer des Pionniers et une vingtaine d’années au dépôt Gamelin.
LN : Êtes-vous satisfaite de votre vie à Hearst ?
AMG : Jusqu’à date, oui. Le gros ennui est passé, j’ai des petits-enfants qui m’appellent souvent. Mes enfants vivent à Ottawa et j’aurais aimé me rapprocher d’eux autres, mais mon mari est un solitaire, il n’aime pas la grande ville.