Sous le thème de l’«élimination des obstacles à l’intégration économique des populations noires francophones d’ascendance africaine», une conférence virtuelle organisée par l’organisme franco-torontois La Passerelle-IDÉ a permis de mettre en lumière les multiples facettes de la précarité économique qui affecte souvent les nouveaux immigrants francophones racialisés.

Pour Léonie Tchatat, directrice de La Passerelle-IDÉ, la notion d’intégration économique ne s’arrête pas seulement à l’entrepreneuriat et aux petites et moyennes entreprises (PME). Elle inclut plutôt tous les aspects de la vie des personnes noires.

«Quand on parle d’intégration économique, on parle d’entrepreneuriat, d’employabilité et de tout enjeu d’exclusion autour de cela. Ce terme est vaste et regroupe un certain nombre de facteurs qui empêchent l’évolution de la communauté noire […] Par exemple, si on est incapable de trouver un emploi, on ne peut pas se nourrir et cela a un impact sur notre santé mentale et physique», précise Léonie Tchatat.

Des défis qui se superposent

Les défis liés à l’intégration économique des communautés noires francophones ont plusieurs origines. Pour Peter Flegel, directeur du Secrétariat de lutte contre le racisme à Patrimoine canadien, l’intersectionnalité et le manque d’accès aux services et programmes en français sont des freins majeurs à l’implication de la communauté noire.

L’intersectionnalité est une notion qui désigne la situation de personnes subissant simultanément plusieurs formes de domination ou de discrimination dans une société.

Selon Peter Flegel «l’intersectionnalité et la diversité interne des populations noires ont souvent eu un impact sur l’accès aux services, déjà limité».

Peter Flegel fait ici référence à la diversité des origines au sein de la population noire ; selon lui, les nouveaux arrivants noirs n’ont pas les mêmes besoins que la communauté noire établie depuis des générations. Ces derniers auraient besoin de formation et de soutien en vue de mieux comprendre le marché de l’emploi canadien.

Pour Bernadette Clément, mairesse de Cornwall, outre les divergences existantes au sein de la communauté, il faut prendre en considération le manque d’accès à l’information, notamment dans les petites communautés.

«Il y a une composante d’accès à l’information […] En communauté, on ne se sent pas toujours proche du gouvernement. Cela nécessite un travail supplémentaire en vue d’avoir accès à l’information existante», ajoute Bernadette Clément.

Selon la mairesse, il faut trouver des moyens d’atteindre le plus de personnes possible et les informer sur les ressources existantes et les opportunités économiques si l’on veut observer un véritable changement.

Des impacts sur la santé mentale

Selon la directrice de La Passerelle-IDÉ, il y a une corrélation directe entre la santé mentale et la précarité économique.

Bien que les origines de certains troubles mentaux au sein de la communauté noire n’aient pas de liens directs avec l’absence de ressources, Léonie Tchatat souligne que le racisme systémique affecte notre perception identitaire.

«Comment pouvez-vous fonctionner dans une société quand psychologiquement vous êtes abattu? […] C’est un problème grave en termes de santé mentale, mais cela affecte aussi la construction identitaire de soi. Dès lors, on observe des conséquences sur la productivité», explique-t-elle.

Ce point de vue est partagé par la consultante et femme d’affaires Dominique Dennery, pour qui le racisme en milieu professionnel a un effet direct sur la construction identitaire.

«Les immigrants sont les plus affectés par cette réalité. Bien qu’ils soient conscients des différences sociales, ils n’ont jamais été confrontés à une discrimination basée sur la couleur de peau. Ici [au Canada], on a tendance à être jugé à cause de notre couleur de peau et il faut être équipé pour ne pas être affecté par cette situation», explique Dominique Dennery.

Pistes de solutions

En vue de mettre fin à la précarité économique des populations noires francophones d’ascendance africaine, plusieurs solutions sont mises de l’avant par les intervenants.

Pour la mairesse de Cornwall, Bernadette Clément, la première étape vers une meilleure intégration économique vient d’une collaboration entre les divers paliers gouvernementaux en vue de promouvoir les programmes existants.

«Les gouvernements locaux sont toujours très proches de leurs communautés et nous aimons travailler avec le gouvernement fédéral pour la mise en place de ces programmes. Nous sommes un pont avec la société civile», explique-t-elle. Pour Dominique Dennery, en plus d’informer le public sur les ressources existantes, il faut prendre le temps de mettre en place des structures qui représentent adéquatement ces populations.

«Parfois pour avoir un interlocuteur fort, il est important de créer des structures qui soient axées sur nos besoins particuliers. De plus, en insistant sur des moyens de pression, on peut générer du changement sur la scène politique et créer des programmes qui permettent d’améliorer la vie de tous», conclut la consultante. IJLO_Webinaire La Passerelle-IDÉ_Peter Flegel_Cr. Courtoisie.jpgIJLO_Webinaire La Passerelle-IDÉ_Léonie Tchatat_Cr. Courtoisie.jpgIJLO_Webinaire La Passerelle-IDÉ_Dominique Dennery_Cr. Courtoisie.jpgIJLO_Webinaire La Passerelle-IDÉ_Bernadette Clément_Cr. Courtoisie.jpg