FRANCOPRESSE – Après l’invasion britannique des années 1960, la décennie 2020 verra-t-elle une «invasion» des groupes et artistes acadiens? Il faudra attendre pour voir s’il s’agit d’une grossière exagération. Toujours est-il que les artistes acadiens ont non seulement réussi à se tailler une place de choix dans la liste des nominations au Gala de l’ADISQ, mais ils représentent aussi la quasi-totalité des nominations de la francophonie canadienne.

On retrouve 13 nominations directes ou en lien avec des productions d’artistes acadiens, et ce, dans 13 catégories différentes, soit une année record pour les Acadiens pour les prix Félix. La seule autre nomination franco-canadienne est assurée par la Franco-Ontarienne Véronic DiCaire dans la catégorie spectacle de l’année. À part les deux groupes néobrunswickois Les Hay Babies et Les Hôtesses d’Hilaires, qui ont été en nomination au cours des dernières années, les autres artistes acadiens sont tous des nouveaux venus à l’ADISQ.

C’est le cas de P’tit Belliveau, alias Jonah Richard Guimond, qui a fait son apparition sur la scène musicale l’an dernier. Originaire de la Baie Sainte-Marie, en Nouvelle-Écosse, il a rapidement conquis toute l’Acadie avec un son et un style tout à fait uniques et difficiles à décrire, qu’il qualifie de «half-country, half-pop avec une vibe tape lo-fi».

«Je crois que j’ai l’avantage d’être bizarre, explique-t-il. Je suis un extraterrestre d’une différente province, différent accent, différent style de musique. Y a pas beaucoup d’autres P’tit Belliveau.»

P’tit Belliveau est en lice pour le prix de révélation de l’année et d’album de l’année – alternatif pour Greatest Hits Vol. 1. Deux autres nominations reliées à son album : prise de son et mixage de l’année et réalisation de l’année.

Rocker comme Les Hôtesses d’Hilaire

Les Hôtesses d’Hilaire sont de retour en force à l’ADISQ après une nomination en 2016 et une en 2019 grâce à leur spectacle Viens avec moi – L’Opéra Rock.

Le groupe rock et provocateur déjanté est parmi les finalistes pour le Félix du spectacle de l’année – auteur-compositeur. Le groupe et le concepteur Pierre Guy Blanchard sont aussi nommés pour le script de l’année. L’album live issu de la tournée du spectacle est en lice pour le meilleur album de l’année – réinterprétation. Enfin, le spectacle est en nomination dans les catégories spectacle de l’année, mise en scène et scénographie de l’année et script de l’année.

Le chanteur principal des Hôtesses d’Hilaire, Serge Brideau, souligne que le spectacle était une aventure un peu folle et à grand déploiement qui a amené les artistes qui en faisaient partie ici et là en Acadie et au Québec sur une période de deux ans. «Je sais pas ce qui était le plus le fun, être sur le stage ou les voyages dans l’autobus. Douze dans l’autobus, tous les fantasmes du rock and roll d’adolescents se sont réalisés! Trois bands dans l’autobus.»

Autres artistes en nomination

Ce n’est pas le premier tour de piste non plus pour Les Hay Babies, nommées deux fois en 2014 (révélation de l’année et album de l’année – folk) et une fois en 2017 pour l’album de l’année – alternatif.

Cette année, le groupe féminin obtient deux nominations pour leur album Boîte aux lettres dans les catégories album de l’année – folk et album de l’année – choix de la critique.

Plusieurs appelés, peu d’élus

Des artistes et groupes acadiens ont été nommés à plusieurs reprises lors des différentes éditions du Gala de l’ADISQ, dont le tout premier en 1979 avec Angèle Arsenault (cinq nominations, un Félix pour le microsillon le plus vendu) et les groupes 1755 et Beausoleil Broussard. Mais ils ont rarement remporté la statuette. Les dernières remontent à 2012, alors que Lisa LeBlanc était sacrée révélation de l’année et que le groupe Radio Radio l’emportait dans la catégorie album de l’année – hip-hop pour Havre de Grâce.

Ce qui démarque la cohorte acadienne de 2020, à part le nombre record de nominations, c’est qu’à une ou deux exceptions près, les artistes et groupes demeurent en Acadie, alors que dans le passé, peu d’Acadiens en nomination n’habitaient pas le Québec. «Tu peux faire carrière de chez vous, tu peux commencer un bon fan base sans nécessairement être signé par une grosse maison de production», souligne le chanteur des Hôtesses d’Hilaire, Serge Brideau.

«T’as pas besoin de passer par le rouleau compresseur des labels. La dynamique des labels a changé. Avant, tout le monde était formaté. Astheur, tu fais ton identité, tu fais ta musique, puis quand t’as un bon fan base sur le Web, un label va te signer. Si t’es capable d’attirer 5 000 personnes et plus sur ta page Facebook, le label sait que tu as un bon fan base solide. Tu peux créer ta carrière dans ton individualité. Tu peux faire voyager ta musique si t’es habile avec les réseaux sociaux et attirer l’attention.»

Une évolution de l’industrie de la musique? On verra d’ici quelques années. Mais pour l’instant, l’Acadie savoure ce moment de reconnaissance de ses artistes.xNE2qMrg.jpgv6CSHfRA.jpg