Le premier ministre Trudeau annonçait le 9 septembre dernier la mise en place d’un programme de financement de 93 millions $ destiné aux entrepreneurs et entrepreneuses noires. Bien que l’initiative soit saluée par la plupart des acteurs sociaux en Ontario, bon nombre de questions subsistent quant à la viabilité du projet.

Diana Ombe — Initiative de journalisme local – APF – Ontario Le Programme pour l’entrepreneuriat des communautés noires du Canada est une initiative du gouvernement du Canada pour combattre le racisme systémique et appuyer les propriétaires d’entreprises noirs face à la pandémie. Étalé sur les quatre prochaines années, le programme comprend 53 millions $ destinés à la planification financière, au mentorat et à la formation en gestion d’entreprise ; 33,3 millions $ pour offrir des prêts allant de 25 000 $ à 250 000 $ ; et 6,5 millions $ destinés à la création et au maintien d’un nouveau Carrefour du savoir pour l’entrepreneuriat des communautés noires. Une initiative qui semble faire l’unanimité Jean-Marie Vianney, fondateur de la Coalition des Noir.e.s francophones de l’Ontario (CNFO), est très optimiste face à cette annonce. Pour lui, cette initiative donnera un coup de pouce aux entreprises noires les plus affectées par la pandémie. «Je trouve que l’initiative gouvernementale est à saluer. Bien que certains leaders au sein de la communauté noire soient perplexes quant à la mise en œuvre du projet, je pense que toutes ces positions permettent d’apporter quelque chose aux membres de notre communauté […] Néanmoins, il faudra collaborer avec les entrepreneurs et les PME noires pour que cette initiative puisse répondre efficacement à leurs problèmes», déclare Jean-Marie Vianney. Outre les membres de la communauté noire, les organismes et services d’appui aux entreprises et entrepreneurs sont heureux d’avoir le soutien du gouvernement pour fournir de la formation et du support aux entreprises locales. C’est le cas du Conseil de la Coopération de l’Ontario (CCO), une entreprise sociale ontarienne sans but lucratif qui assure la promotion, le développement et l’innovation des coopératives et des entreprises sociales. «On a accueilli favorablement cette enveloppe budgétaire du gouvernement parce qu’on voit que c’est une tentative [de supporter les entreprises des communautés noires] […] Le gouvernement actuel [mise] beaucoup sur la résilience des communautés et sur la transformation massive, de par la création de stratégies de fonds spécialisés», identifie Jean-François Parent, gestionnaire et responsable des opérations au CCO pour le bureau d’Ottawa. L’accent mis sur la recherche et la régionalisation Pour le fondateur de la CNFO, il est important de poursuivre la recherche sur l’entrepreneuriat au sein des communautés noires, ce que visera à faire le Carrefour du savoir. Le manque de données sur les défis spécifiques aux entrepreneurs et PME noirs nuit à l’évaluation précise de la situation, avec pour conséquence directe la mise en place de structures non adaptées aux besoins de la communauté. «[Le fonds de soutien] pourrait nous aider à mieux comprendre les défis auxquels est confrontée notre communauté ; à déterminer les avancées effectuées et connaître les défis propres aux femmes patronnes d’entreprises ainsi qu’aux jeunes», précise Jean-Marie Vianney. Du côté du CCO, on estime qu’il faudrait allouer les fonds géographiquement de manière à investir dans les communautés dont on connaît déjà les besoins. «Il y a toute la question de la régionalisation de l’immigration et de l’emploi […] Il est important de promouvoir l’accessibilité au développement de projets en région, ou du moins la possibilité pour une partie de la population de se déplacer et d’aller investir les communautés qui sont éloignées des grands centres urbains», ajoute Jean-François Parent. Le CCO, qui assure la formation des entrepreneurs sociaux, la planification régionale et la reprise collective des petites entreprises privées souhaitant se reconvertir, n’est pour le moment pas certain de déposer sa candidature pour recevoir une partie des fonds annoncés par le gouvernement. La double discrimination des entrepreneurs et entreprises noires Selon Jean-Marie Vianney, il ne faut pas oublier que les entrepreneurs et entrepreneuses noir.e.s francophones font face à une double, parfois triple discrimination. Cette discrimination linguistique limite l’accès à certaines ressources existantes. «[La communauté noire franco-ontarienne] est victime d’une discrimination linguistique au niveau de sa reconnaissance identitaire et est marginalisée par les communautés dites “de souche” qui ont tendance à parler en leur nom […] Ainsi, il faut que lesentreprises noires francophones copient et adaptent le modèle anglophone. Ce n’est qu’en collaborant conjointement avec celles-ci que l’on pourra briser le mur de glace pour créer un Canada ouvert et inclusif», conclut le fondateur de la CNFO. IJLO_Fonds entrepreneurs noirs_Jean-François Parent_Cr. Courtoisie.jpg