FRANCOPRESSE – Les 17 et 20 septembre, l’industrie de la télévision francophone au Canada récompensera le talent de ses artisans. Cette année encore, des producteurs, scénaristes, réalisateurs, animateurs et interprètes issus de la francophonie canadienne en milieu minoritaire se glissent dans la longue liste de finalistes. Certains se disputent le même trophée tandis que d’autres se mesurent à des noms bien établis comme France Beaudouin, Julie Snyder et Fabienne Larouche.

Une dizaine de maisons de production de la «francophonie hors-Québec», de Moncton à Winnipeg, sont nommées en vue de cette 35e remise des prix Gémeaux. L’Alliance des producteurs francophones du Canada (APFC) note cette année un nombre record de huit membres finalistes. S’ajoutent à la liste le Groupe Média TFO, le Studio de la francophonie canadienne (Centre-Ouest) de l’Office national du film et Orbite Média. La tendance est-elle à la hausse? «On pourrait certainement voir une augmentation de ces reconnaissances, selon la directrice de l’APFC, Carol Ann Pilon. Chaque année, il y a des gagnants [issus de la francophonie minoritaire]», un ou deux, dans les catégories de composante numérique, d’habillage graphique ou d’interprétation.

Savoir jouer pour gagner

L’un des lauréats de 2018, David Baeta, a rapporté un premier Gémeaux chez Machine Gum Productions. Deux ans plus tard, il constate que «les maisons de productions ont commencé à comprendre l’importance de soumettre leur proposition. Si on ne va pas jouer, on n’a aucune chance de gagner.»

Philippe Montpetit, producteur exécutif et réalisateur de la jeune boite torontoise Orbite Média, l’a compris : «Nous avons soumis [la candidature d’Échappe-toi si tu peux], car nous pensions réellement avoir une série différente de ce qui a déjà été fait», écrit-il.

Résultat : la série a été finaliste pour la meilleure émission ou série jeunesse (divertissement) en 2019 et l’est encore en 2020, contre Flippons 2019 du Groupe Média TFO et Mammouth 2019, un gala de fin d’année produit notamment par France Beaudouin.

David Baeta évalue que la grande qualité du travail en situation minoritaire pourrait être en partie motivée par la nécessité de convaincre les bailleurs de fonds : «Il y a 22, 23, 24 maisons de productions en milieu minoritaire qui pigent dans la même tarte [le Fonds des médias du Canada]. Il faut arriver avec un produit fort», décrit le producteur franco-ontarien.

Attirer l’attention

Les productions franco-canadiennes attirent plus l’attention que jamais auparavant, relèvent tant Carol Ann Pilon de l’APFC que David Baeta de Machine Gum. Ce dernier ajoute aussi que la compétition est réelle : «On est prêts à accoter la marque.» En 2018, il avait déjà souligné la croissance du secteur et l’épanouissement du talent à l’extérieur des frontières du Québec. «Je n’ai aucun doute qu’on verra de plus en plus d’artisans franco-canadiens en lice», avait-il alors confié à Francopresse. En 2020, Carol Ann Pilon abonde dans le même sens : «Le milieu se développe. Il y a consolidation des effectifs», estime-t-elle.

La directrice de l’APFC ajoute qu’un travail de représentation s’est fait de manière soutenue dans les dernières années chez les bailleurs de fonds, chez les diffuseurs et auprès du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC).

À ses yeux, le travail accompli permet «à plus de productions de voir le jour et à plus de talents de se développer et d’accoter les productions qui se font au Québec […] Nos projets intéressent, vont chercher des cotes d’écoute et, clairement, se démarquent.»

Balade (et Balade à Toronto) a remporté en 2018 et en 2019 le prix pour la meilleure composante numérique et l’équipe est encore en lice en 2020, contre Occupation Double (pour une troisième année) et La Voix. L’émission est aussi en lice comme meilleure série de variétés ou des arts de la scène contre des émissions aux fortes cotes d’écoute, comme En direct de l’univers, Les Enfants de la télé et 1res fois, animée par Véronique Cloutier.

Les documentaires sont aussi remarqués. S’ajoutent à la liste : Bi* - Bilinguisme, la grande utopie canadienne? signé Machine Gum Productions, la biographie Joe Fafard : Selfie des Productions Rivard et Sur la corde raide, qui s’intéresse au refus du Canada d’intervenir en Irak aux côtés des États-Unis en 2003, réalisé par le Franco-Ontarien Claude Guilmain et produit par Dominic Desjardins et Denis McCready. De plus, la série Nomade d’ONFR+, série sur la vitalité de la francophonie à travers le monde, née d’un long voyage du journaliste Étienne Fortin-Gauthier, finaliste pour son travail d’animation, pourrait être reconnue comme meilleure série magazine pour le numérique.

Le numérique, en croissance

Le numérique présente d’ailleurs une croissance dans les dernières années chez les producteurs en milieu minoritaire.

En 2018, Balade à Toronto avait été lauréate pour sa composante numérique et Marie-Josée Lalande, Line Métras et Alexandre Normand avaient été en lice pour la réalisation du projet Fliptubeur de Groupe Média TFO. En 2019, Les Newbies, Balade et Mehdi et Val étaient finalistes dans diverses catégories pour les composantes numériques ou leur expérience interactive.

En 2020, quatre produits francominoritaires sont retenus par l’Académie dans le volet numérique : À la Valdrague (Productions Mozus de Moncton), Eaux turbulentes (Bliktv et KOTV), Les Newbies (Productions du milieu/Productions l’Entrepôt) et Mehdi et Val (Slalom et Version 10).

Devant l’écran à surveiller

Marie-Maude Denis et Brigitte Noël, originaires du Nord de l’Ontario, toutes deux journalistes d’enquête, et leurs équipes respectives, soit celle d’Enquête et celle du grand reportage Kumtor diffusé par Média QMI (qui porte sur les activités d’une minière canadienne en Kirghizistan) pourraient être récompensées. Deux interprètes franco-ontariens se trouvent dans la longue liste des nommés : Pierre Simpson, originaire de Welland, pour son rôle de soutien dans Mehdi et Val, et le Torontois Nicolas Van Burek pour les Vlogues de Newton, associé à l’émission Amélie et Compagnie.

Parmi les autres finalistes originaires de la francophonie en situation minoritaire, relevons Mathieu Pichette, originaire de Sudbury, pour son travail à l’animation ou à la réalisation des émissions jeunesse Cochon Dingue et Bizarroscope ainsi que le magazine Sérieux.

De l’Est ontarien, Katherine Levac est en lice avec l’équipe d’interprètes de Like-moi et l’humoriste Patrick Groulx pour son animation de la téléréalité Maître du chantier.

À suivre les 17 et 20 septembre

La soirée des Gémeaux consacrée au documentaire et aux artisans aura lieu le 17 septembre dès 19 h sur la page Facebook des Prix Gémeaux et le gala du 20 septembre sera diffusé sur les ondes d’ICI Télé (Radio-Canada) dès 20 h. Une autre remise de prix sera présentée sur ICI ARTV à 14 h 30. Tous les prix visant les artisans de la francophonie canadienne seront remis le 17 et le 20, en avant-première.

Relevons aussi que les prix Emmy’s, qui récompensent la télévision américaine, sont aussi remis le 20 septembre et que la production canadienne Schitt’s Creek y est nommée à 15 reprises.

UQkPs9Ow.png tTe-r1wQ.jpg oMAw9dkA.png wnCaHSUg.png t2tH04lg.png 34VFSgFA.png