Parfois malmené dès la cour de récré, le français n’a pas forcément la cote auprès des élèves, une réalité qui contribue à l’érosion de la langue à Orléans comme ailleurs. Dans ce quartier où les francophones se sont battus pour que la ville d’Ottawa n’omette pas d’inscrire son nom avec un «é», les écoles francophones sont parfois les témoins privilégiés de luttes âpres entre le français et l’anglais.

Une vue de l’esprit que cet abandon de la langue de Jean Marc Dalpé par la nouvelle génération ? N’est-il pas surprenant de constater à quel point le français est malmené, même au sein des écoles francophones? « Pas du tout », affirme sans ambages Christian Bergeron, sociologue à l’Université d’Ottawa s’intéressant de près à la discrimination linguistique.

Ce père de famille habite en plus Orléans. Il estime que « l’école reflète le quartier; à Orléans, c’est l’anglais qui est majoritairement utilisé. » Orléans, comme le reste de l’Ontario, s’est pourtant battu pour avoir des écoles francophones. Citant des chiffres de 2016 de Statistiques Canada, Christian Bergeron rappelle que sur les 127 000 habitants d’Orléans, le tiers de la population est francophone, un poids qui risque toutefois de diminuer à mesure que le quartier se développe : « Ça se construit toujours un peu plus à Orléans. Ça attire les anglophones. »

À cette notion démographique, il faut en ajouter une autre cruciale pour la vitalité du français; M. Bergeron explique que dans un couple exogame, quand la mère est anglophone et le père francophone, seulement 22% des enfants vont à l’école française, un chiffre qui monte à 43% dans le cas inverse. Ce phénomène contribue à l’érosion du français dans la région, puisque dans l’est de l’Ontario, ce qui inclut Orléans, un peu plus de 60 % des couples sont exogames. Au bout de la ligne, le sociologue pose la question : « Comment vaincre l’insécurité linguistique en milieu minoritaire ? »

Des jeunes soutiennent le français

La directrice des services pédagogiques au sein du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO), Dominique Vieilleuse, ne réfute pas les chiffres de Christian Bergeron. Elle aussi, elle a des oreilles pour entendre les ados. « En 9e et 10e année, ce n’est pas cool de parler français. C’est plus facile avec les petits; eux, ils veulent être en lien avec les adultes. Donc, une fois la confiance instaurée, c’est acquis pour l’apprentissage du français. »

Selon elle, l’espoir refait surface avec les élèves des 11e et 12e années, alors que leur fierté identitaire semble revenir à ce moment-là. À Gisèle-Lalonde, par exemple, certains élèves ont choisi de faire leurs travaux sur des personnages historiques franco-ontariens. D’autres encore demandent à monter une radio étudiante.

D’après Dominique Vieilleuse, c’est précisément à ce moment-là qu’il faut saluer les initiatives émanant des jeunes eux-mêmes. Notamment celles issues « du gouvernement des élèves», sorte de conseil scolaire qu’on retrouve dans diverses écoles, dont à Orléans. C’est grâce à de telles initiatives que les jeunes retrouveront véritablement le goût de parler français, à l’école comme ailleurs. IJLO_Situation du français écoles Orléans_Dominique Vieilleuse_Cr. Courtoisie CEPEO.jpgIJLO_Situation du français écoles Orléans_Christian Bergeron_Cr. Courtoisie.jpg