Pour les organismes à but non lucratif en Ontario, la crise de la COVID-19 est synonyme de nouveaux défis et, surtout, d’un plus haut degré d’incertitude. C’est ce que révèle un rapport intitulé «Risque, résilience et reconstruction des communautés : état du secteur après trois mois de crise de la COVID-19».

En Ontario, il existe 58 000 organismes à but non lucratif (OBNL) anglophones, francophones ou bilingues. Entre le 16 et le 28 juin, quelque 1 130 d’entre eux ont participé à un sondage mené conjointement par l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) et l’Ontario Nonprofit Network (ONN), avec l’appui de la Fondation Trillium de l’Ontario.

«Il était important pour nos deux organismes de s’allier pour brosser un portrait global de la situation du secteur à but non lucratif en Ontario», de souligner Carol Jolin, président de l’AFO, et Michelle Baldwin, présidente du conseil d’administration de l’ONN. «Avec ces résultats, nous avons des données probantes qui serviront à orienter notre démarchage auprès des gouvernements fédéral et provincial.»

Mauvaise mesure de l’impact économique

Le sondage révèle que les mesures de soutien des deux paliers de gouvernement n’ont pas bien tenu compte de l’importance, de l’ampleur et de l’impact économique du secteur sans but lucratif. Elles sont loin d’avoir fourni l’aide dont les OBNL avaient besoin pour affronter la crise et entamer la relance.

Il ressort que, de mars à juin, 35 % des organismes sondés ont dû puiser dans leurs fonds de réserve, 22 % ont dû effectuer des compressions salariales, et 10 % ont dû utiliser des fonds personnels pour répondre à leurs besoins financiers.

Le rapport note que «les OBNL et les gouvernements devront faire preuve de plus de collaboration, de flexibilité et de sens de partenariat, surtout dans un contexte où tous les secteurs s’affairent à planifier la relance».

1 organisme sur 5 pourrait fermer ses portes

Des inquiétudes liées à la viabilité financière et opérationnelle ressortent clairement de ce sondage. Ainsi, 30 % des OBNL ont dû licencier du personnel, 20 % affirment qu’ils pourraient devoir fermer au cours des six prochains mois. Pour les OBNL sondés, les pertes financières sont estimées à environ 90 millions de dollars.

Seulement 35 % des organismes sondés ont pu bénéficier de la subvention salariale d’urgence fédérale, tandis que 28 % n’y étaient pas admissibles. Au niveau provincial, 75 % des organismes n’ont pas bénéficié des mesures annoncées pour soutenir le secteur sans but lucratif pendant la crise de la COVID-19 ; 67 % d’entre eux n’ont pas eu accès aux mesures d’allègement fiscal annoncées dans le Plan d’action contre la COVID-19 du gouvernement de l’Ontario.

Le rapport note que «la probabilité d’accéder aux fonds fédéraux était nettement plus élevée pour les organismes francophones, tandis que la probabilité d’accéder aux fonds provinciaux était légèrement plus élevée pour les organismes anglophones».

Nouvelles pressions

Les effets de la crise sur le secteur à but non lucratif, ses travailleurs, ses bénévoles et les collectivités qu’il dessert sont de plus en plus prononcés, et ce, même si la crise de santé publique semble s’atténuer pour le moment. De nouvelles pressions s’ajoutent, notamment en ce qui a trait aux besoins en matière de santé mentale liés à la COVID-19.

Il y a aussi «la hausse de la violence conjugale et la prise de conscience grandissante du fait que les groupes marginalisés – notamment les ménages à faible revenu et les communautés racialisées – ont subi les effets de la crise de façon disproportionnée», lit-on dans le rapport.

Les OBNL demandent un fonds de stabilisation et de résilience pouvant assurer leur sécurité et leur durabilité, exigent des investissements à long terme pour répondre aux nouveaux défis auxquels ils font face actuellement. Ils veulent entrer en partenariat avec les gouvernements fédéral et provincial en vue d’une reconnaissance du soutien vital que leurs organismes apportent aux collectivités ontariennes.