La Ville de Toronto entend investir plus de 1,2 million de dollars pour combattre le racisme envers la communauté noire. Le secteur des arts et des industries culturelles sera largement mis à profit dans cette initiative.

L’annonce a été faite le 24 juillet dernier par le maire John Tory, en présence du maire adjoint Michael Thompson, échevin du quartier Scarborough Centre et président du Comité de développement économique et communautaire, ainsi qu’Alicia Hall, directrice générale du Nia Centre for the Arts.

Cet organisme à but non lucratif torontois soutient, met en valeur et promeut une appréciation des arts de toute la diaspora africaine.

Nouvelle approche

Toronto est la métropole canadienne et à ce titre, il est important que la Ville lutte contre le racisme systémique dans le cadre des services offerts. «Depuis de nombreuses années, souligne John Tory, nous ne nous sommes pas concentrés sur la façon de mieux fournir nos services dans une optique plus équitable et inclusive.»

Avec l’annonce de cet investissement de 1,2 million de dollars, le maire veut envoyer un message clair : «Nous changeons notre approche pour combler les lacunes dans le financement axé sur le développement des artistes noirs et le mieux-être de leur communauté.»

Œuvres et jugement de valeur

Selon la directrice générale du Nia Centre for the Arts, de récentes études démontrent que les artistes noirs luttent plus que d’autres pour se retrouver dans la programmation des galeries d’art.

«La population canadienne est à 28 % racialisée, note-t-elle, mais les artistes non blancs sont présents dans seulement 11 % des expositions solos présentées par les grands musées des beaux-arts.»

Alicia Hall souligne que par le simple choix des œuvres qu’un musée des beaux-arts choisit de montrer, il porte un jugement de valeur sur notre société. «Si ces œuvres ne reflètent pas nos histoires, elles contribuent à effacer le vécu des Noirs», dit-elle.

Industrie des médias

La stratégie annoncée par le maire Tory prévoit des partenariats avec les industries culturelles pour accélérer le cheminement de carrière des jeunes Noirs.

Un de ces partenaires est POV 3rd Street, un organisme à but non lucratif créé par des membres des industries de la production cinématographique et télévisuelle.

Grâce au financement annoncé, POV 3rd Street pourra aider les jeunes Noirs marginalisés, âgés de 18 à 29 ans, à acquérir les compétences et l’expérience nécessaires pour trouver un emploi et bâtir une carrière à long terme dans l’industrie des médias.

Conseil des Arts de Toronto

Le Conseil des Arts de Toronto (CAT), organisme gouvernemental, est particulièrement touché par cette annonce puisque 300 000 $ de son allocation budgétaire devront répondre aux besoins des artistes de la communauté noire.

Cette dernière est déjà en pourparlers avec le CAT pour réexaminer le financement à long terme en vue de corriger des inégalités systémiques de longue date.

Soulignons en passant que le Conseil des Arts de Toronto accepte les demandes de subventions présentées en français. Les comités d’évaluation tiennent leurs réunions en anglais, mais lorsqu’une demande est présentée en français, le conseil s’assure qu’au moins un évaluateur bilingue siège sur le comité. De plus, une traduction écrite de la demande est fournie à tous les membres du comité.

En plus d’investir financièrement, la Ville entend créer un Community Accountability Circle (Cercle de responsabilisation communautaire) avec des leaders clés de la collectivité noire, tant du côté culturel que du côté entrepreneurial, afin de codévelopper des objectifs et des programmes pour mieux confronter le racisme antinoir.