Plusieurs événements artistiques ont dû être annulés ou reportés indéfiniment en raison de la COVID-19. Au lieu de faire de même pour le vernissage artistique de leur exposition (dé)coupure, le collectif La Bont(eh?) des Grands Lacs de Sault-Ste-Marie a décidé de relever le défi de transformer l’événement en vernissage virtuel, qui avait lieu le 25 juin sur Facebook et sur Instagram.

Détaché de son identité

La co-fondatrice du collectif francophone, Isabelle Michaud, explique que l’exposition (dé)coupure tente d’exprimer «le sentiment d’interruption», notamment en relation avec le défi de conserver son identité francophone en contexte minoritaire. «Si on pense à une découpure, on imagine une photo de jeunesse où on est francophone dans une communauté où le français est majoritairement parlé. On découpe le tour d’une personne, on la prend, puis on la dépose dans un autre endroit qui est majoritairement anglophone. C’est ça l’idée de la découpure : on se retrouve à titre de francophone dans un milieu majoritairement anglophone, à parler beaucoup l’anglais et à sentir qu’on a une double identité. On commence à perdre l’usage de notre langue, puisqu’on n’a pas souvent la chance de vivre ou de travailler en français, puis on ressent beaucoup d’insécurité linguistique», explique Isabelle Michaud.

Afin de développer son idée, l’artiste visuelle originaire du Québec s’est associée avec Michelle Loubert et Mireille Gagnon-Moes pour former le collectif La Bont(eh?) des Grands Lacs. Peu de temps après, Lucie Gagnon et Hélène Groulx se sont jointes au collectif afin de participer à la création de l’installation (dé)coupure. À l’exception de Michelle Loubert, toutes les artistes sont originaires de communautés francophones, s’installant à Sault-Ste-Marie plus tard.

«Quelque chose de frappant»

Mme Michaud espère que l’installation rappellera à la communauté que la francophonie est toujours bien vivante à Sault-Ste-Marie, malgré les défis qui ont dû être surmontés dans la région. «Je voulais qu’on fasse une installation artistique en français, créée par des artistes locaux, parce que je n’en avais pas encore vu ici. Souvent, au courant de nos conversations, l’histoire de la crise linguistique des années 1990 à Sault-Ste-Marie refait surface. Cette crise a heurté la communauté francophone qui était très vivante à ce moment-là. Les francophones à Sault-Ste-Marie se sont un peu cachés. On doit s’exprimer beaucoup en anglais, mais le français est encore important pour nous, donc je voulais faire quelque chose de frappant qui marquerait notre présence», indique-t-elle.

Du physique au virtuel

Lorsque l’artiste visuelle a su qu’il ne serait pas possible d’organiser un vernissage traditionnel, il n’a pas été question pour elle d’annuler complètement l’exposition. Elle a plutôt commencé à planifier ce dont aurait l’air un vernissage virtuel, qui a eu lieu le 25 juin dernier.

«J’ai d’abord pensé à créer un site Web, où les travaux des artistes sont désormais publiés. On devait avoir une performance de Michelle Loubert, qu’elle allait faire le soir du vernissage, mais on a dû changer notre approche. Au lieu, elle a fait une vidéo d’une performance chez elle qu’on a diffusée en direct sur Facebook et sur Instagram le soir du vernissage virtuel.»

«L’installation est maintenant montée dans la galerie 180 Projects à Sault-Ste-Marie jusqu’au 25 juillet. On peut voir l’intérieur de la galerie en entier de la rue, alors l’installation pourra être vue à travers la vitre aussi bien que sur le site Web», conclut Mme Michaud.