La mort de George Floyd aux mains de policiers de Minneapolis a suscité la grogne aux États-Unis, mais aussi au Canada. La situation criante chez notre voisin du Sud fait écho à plusieurs endroits, qui regardent droit dans les yeux leurs propres problèmes de discrimination raciale. En Ontario, les dernières semaines ont été le théâtre de nombreuses manifestations dont à Sudbury, Toronto, Ottawa, Timmins et Barrie. Interpellées par la persistance de cette situation odieuse, plusieurs personnes sont sorties dans les rues. ___________ Joëlle Roy — Initiative de journalisme local – APF – Ontario Le jeudi 4 juin, des centaines de personnes se sont rassemblées devant l’hôtel de ville de Barrie avec pancartes, slogans et masques pour revendiquer des mesures devant un racisme systémique.

La foule, très majoritairement milléniale, a déambulé dans les rues du centre-ville pour descendre à la Place Meridian, où le témoignage de plusieurs intervenants a ému les participants. La plupart d’entre eux portaient un masque pour éviter la propagation de la sournoise COVID-19.

À chacun son histoire

De façon générale, les motivations des participants du sud du comté de Simcoe ressemblent à celles de tous les manifestants à travers le monde : décrier un racisme persistant qui ne semble pas perdre de force en cette deuxième décennie du 21e siècle. Les pancartes dénonçaient la violence des interventions policières, l’injustice devant les communautés marginalisées et, bien sûr, la scandaleuse mort de Floyd.

Mais en plus du sentiment général d’injustice, chacun a sa petite histoire qui a nourri la protestation.

Une manifestante, Rosalyn Baron d’Alliston, était présente avec son fils Isaiah. Femme blanche, mère d’un jeune adolescent noir, elle souhaiterait pour sen enfant un monde exempt d’inégalités raciales. «Nous sommes ici pour que ça change, parce que le silence, c’est l’ignorance. Que certaines personnes soient aussi mal traitées, de nos jours, c’est dégueulasse et ça doit arrêter!» revendique la mère de famille.

À Barrie, ville du centre de l’Ontario, la population est majoritairement blanche. Mais la proximité de la Ville reine, Toronto, fait en sorte que le multiculturalisme y prend racine et que les minorités visibles sont de plus en plus présentes. Ainsi, les participants à la manifestation représentaient bien la mosaïque canadienne dont se targue le pays. Plusieurs personnes ont maintenant un proche, un ami, des collègues pour qui ils désirent que justice soit faite.

Huit minutes et quarante-six secondes

Une autre participante blanche, Francine Thibault, s’est jointe au mouvement parce qu’elle se sent intimement concernée par ce qu’il revendique. Ses cousins, noirs, ont grandi à Sudbury et depuis leur enfance, ils y ont subi diverses formes de discriminations.

Leur déménagement à Toronto n’a guère amélioré la situation. Les cousins, devenus à leur tour parents, ont des enfants qui vivent des situations encore trop similaires. «C’est ma famille, donc ça me touche de près. Il faut que ça change», confie la jeune femme.

Bien loin de la violence, c’est l’émotion qui a ébranlé les berges du lac Simcoe alors que la foule déposait un genou par terre pendant huit minutes et quarante-six secondes. C’est la durée pendant laquelle George Floyd a été tenu à terre par le genou du policier Derek Chauvin.

Deux jours plus tard, une autre manifestation a eu lieu au même endroit. Les manifestants affirment être tenaces et qu’ils ne cesseront pas de se faire entendre jusqu’à ce qu’une justice quelconque ne soit finalement accordée.