LE VOYAGEUR (Sudbury) – Le nom d’une petite collectivité nord-ontarienne pourrait provoquer un certain malaise chez certaines personnes qui découvrent le village de Swastika. Située en périphérie de Kirkland Lake, à quelques pas de la jonction des routes 11 et 66, la désignation officielle de ce quartier suscite parfois des réactions de gens venant de l’extérieur qui ne connaissent pas nécessairement son histoire.

Swastika est une communauté du Témiskaming ontarien qui a été fondé au début du XXe siècle, à l’époque de la ruée vers l’or dans le Nord de l’Ontario. Grâce à l’arrivée du chemin de fer, la communauté est devenue une véritable plaque tournante dans l’exploitation et le transport de cette matière première vers les raffineries des grands centres.

Avant le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale, le svastika (orthographe française rectifiée) était traditionnellement réputé en tant que symbole sacré auprès de nombreux peuples, cultures et communautés spirituelles. Depuis plusieurs millénaires, ce symbole de la langue sanscrit était utilisé pour souhaiter bonne santé et bonne fortune.

Ce n’est qu’avec l’arrivée au pouvoir d’Adolphe Hitler en Allemagne, au début des années 1930, que ce symbole est devenu synonyme du nazisme, puisqu’il l’avait adopté comme emblème.

Le régime nazi avait adopté le svastika comme emblème et plusieurs remettaient en question son utilisation en tant que nom d’une communauté de l’Ontario. Le village nord-ontarien avait adopté ce nom avant que les dirigeants allemands et la guerre ne changent sa signification. Mais maintenant qu’il évoque autre chose dans la mémoire commune de l’humanité, pourquoi les résidents ont-ils tenu à conserver ce nom si longtemps?

«Pendant la guerre, le nom de Swastika provoquait la colère auprès de plusieurs personnes et de communautés juives. Selon eux, il y avait une connotation négative associée à ce nom. Le gouvernement de l’époque a donc décidé de changer le nom de la communauté à Winston, en hommage à Winston Churchill (le premier ministre du Royaume-Uni)», explique l’administratrice et porte-parole du musée de l’histoire du Nord de l’Ontario au Château Harry Oakes, Kaitlyn McKay.

«Dans cette région, il n’y avait pas de préoccupations majeures par rapport au nom. Les résidents avaient un sentiment d’attachement et de fierté et ils savaient ce que le nom et le symbole représentaient. Pour eux, il ne s’agissait pas de quelque chose de négatif comme ailleurs dans le monde.»

«Alors lorsque le nom de la communauté se faisait changer le jour [à Winston], il y en a qui allaient au milieu de la nuit pour remettre le nom Swastika sur l’affiche. Plusieurs ont même distribué des boites d’allumettes avec un message inscrit que le nom de la communauté, qui remontait à 1922, allait rester, peu importe les actions de Hitler : “Hitler be damned, it’s been our logo and name since 1922 and we’re sticking to it”. C’est de cette façon que la communauté a pu se défendre et préserver son nom.»

Depuis cette époque tumultueuse de Swastika, les discussions pour rebaptiser le village se font plutôt rares. La plupart des résidents et membres du conseil municipal ont depuis longtemps passé à d’autres enjeux. Ce n’est que lorsqu’il y a des visiteurs et des touristes au musée que la question est souvent soulevée. Ailleurs en Ontario : jusqu’en 1916, la Ville de Kitchener s’appelait Berlin.