Hommage à 18 femmes exceptionnelles de la francophonie ontarienne Plus de 250 francophones seront réunis samedi soir au Hellenic Community Centre de London pour rendre hommage aux femmes francophones dans toute leur diversité. Il s’agit là d’une initiative du Carrefour des femmes du sud-ouest de l’Ontario.

«Dix-huit femmes ont été sélectionnées et recevront un certificat de reconnaissance signé de la main de la ministre des Affaires francophones de l’Ontario, Caroline Mulroney.» Celle qui explique cela, c’est un peu l’âme du Carrefour des femmes du sud-ouest de l’Ontario. Depuis sa création, il y a 14 ans, Émilie Crakondji le dirige.

«En 2018, on avait fait quelque chose de similaire pour les Franco-Ontariennes de souche», car selon celle qui est originaire de la République centrafricaine, on a «beaucoup de batailles qu’on a tendance à oublier». Elle fait notamment référence aux jeunes générations de Franco-Ontariens.

Une diversité «essentielle»

Cette année, grâce entre autres à une subvention de 20 000 $ du Programme d’appui à la francophonie ontarienne, le gala mettra l’accent sur la francophonie ontarienne au pluriel. Les femmes célébrées viennent non seulement de London, mais d’ailleurs aussi en Ontario. Si leurs racines ont débuté dans un terreau venu d’ailleurs, leurs branches se sont épanouies au Canada. Cette soirée démontrera que les femmes immigrantes peuvent aussi prendre leur place. Mais doit-on encore parler d’immigration quand ces femmes sont présentes dans la francophonie ontarienne depuis parfois plus de 20 ans? Cette diversité est essentielle pour l’Ontario selon Mme Crakondji. «La survie de la langue française en Amérique passe par l’immigration», assure-t-elle. D’où l’importance de souligner samedi soir le travail de ces lauréates, qui viennent notamment d’Europe, d’Afrique et des Antilles.

La directrice explique que celles-ci travaillent majoritairement dans les domaines de la jeunesse, de l’immigration ou de la violence faite aux femmes. C’est le cas entre autres de deux de femmes qui seront célébrées le 7 mars : Jeanne-Françoise Mouè et Maggy Razafimbahiny.

Un hommage pour aider à continuer

«Le certificat fait plaisir. Mais il vient aussi avec des responsabilités», avertit Jeanne-Françoise Mouè. Elle est directrice de La Maison, un organisme torontois qui vient en aide aux femmes victimes de violence conjugale et à leurs enfants. Arrivée au Canada en provenance du Cameroun, elle estime que «quand il y a une injustice, il faut la dénoncer.» Son engagement date d’il y a 20 ans. La violence est-elle plus présente maintenant qu’au début du siècle? Non, selon elle, mais elle est dénoncée davantage. Que pensera-t-elle quand elle recevra son certificat? «Qu’il faut continuer. Mais qu’il faut aussi trouver la relève.» Le problème de la violence faite aux femmes concerne tout le monde : «Il faut que toute la société soit mise à contribution.»

De son côté, Maggy Razafimbahiny œuvre aussi depuis 20 ans dans la sphère des femmes. Avant d’être directrice par intérim de l’Action ontarienne contre la violence faite aux femmes (AOcVF) à Ottawa, cette ancienne journaliste de Madagascar a travaillé en Ontario dans les domaines de l’équité salariale, du droit des femmes et de l’immigration.

«Si tu t’arrêtes, tu tombes»

Au sujet des féminicides, soit le meurtre de femmes ou de filles lié au fait qu’elles sont des femmes, Maggy Razafimbahiny déclare qu’il faut absolument «neutraliser la violence». Le plus important pour elle, c’est que sa récompense de samedi soir mettra les projecteurs sur ce problème.

À travers cet hommage, elle voit une façon de continuer sa lutte et de continuer de travailler avec notamment le gouvernement provincial. «On n’a pas gagné toutes les batailles, mais il y a une progression du côté de Queens Park, une plus grande ouverture d’esprit», évalue celle qui quittera toutefois prochainement ses fonctions de directrice par intérim.

Profondément enracinées dans leur milieu franco-ontarien à travers les combats qu’elles mènent, ces femmes lauréates sont habitées par un immense sentiment d’appartenance à cette francophonie. Leurs luttes pour le mieux-être des femmes côtoient aussi leur attachement au français. Dans les deux cas, comme le souligne Émilie Crakondji, «vivre dans un contexte minoritaire, c’est comme faire du vélo. Si tu t’arrêtes, tu tombes.»