Modèle de vivacité, d’implication et d’ouverture, Ciji Fortier est déjà une figure remarquée de la francophonie en milieu minoritaire. La jeune femme de 25 ans originaire de Hearst, ville à majorité francophone du nord de l’Ontario, poursuit son bonhomme de chemin à Ottawa après avoir goûté à la francophonie de France et du Sénégal. Portrait d’une jeune femme fière de ses racines et, surtout, engagée.

Ciji Fortier a obtenu un baccalauréat en psychologie à l’Université de Hearst. Dans le cadre de ses études dans l’établissement franco-ontarien, Ciji Fortier a eu l’opportunité de passer un an en France, à Albi, et suivre les cours de l’Institut national universitaire Champollion. Son goût de l’aventure l’a poussé à partir, c’est aussi en dehors de sa zone de confort et dans un autre pays francophone qu’elle a découvert sa passion pour la francophonie, alors qu’elle se questionnait sur sa propre identité : «Là-bas, j’ai été confrontée aux questions : tu es qui? D’où tu viens? Puis j’ai commencé à me dire que le français faisait partie de mon identité. C’est à travers ma langue maternelle que je peux m’exprimer comme je veux et faire paraître l’essence de moi-même.» Après son retour de France, l’envie de repartir est tout de suite apparue. Elle a donc décidé de faire son stage dans un autre pays francophone de l’Afrique : le Sénégal. Basée à l’Université Gaston-Berger à Saint-Louis, Mme Fortier a découvert, là-bas, la notion d’accueil et de partage qui l’ont profondément marqué. «Dans les sociétés individualistes on a peur d’aller vers l’Autre surtout si il est différent mais il y a quelque chose de riche à partager dans cette différence. J’ai beaucoup appris d’eux, surtout dans leur façon d’approcher l’Autre et de l’accueillir.» L’étudiante parle ici de la Teranga sénégalaise, véritable état d’esprit qui exprime l’hospitalité, l’accueil et l’ouverture sur les autres d’une façon générale.

Finaliste au concours de l’Institut d’histoire de l’Amérique française Passionnée par la psychologie, l’envie d’aller plus loin dans son apprentissage l’a conduite à entreprendre une maîtrise en counselling et spiritualité de l’Université Saint-Paul à Ottawa, à son retour du Sénégal. La dimension culturelle abordée par cette maîtrise qui englobe l’humain et la spiritualité est tout à fait singulier et c’est l’une des raisons qui a attiré Mme Fortier dans ce programme : «Il faut être sensible à la spiritualité car c’est une dimension très importante de l’humain et c’est une des raisons qui m’a attirée à Saint-Paul car c’est quelque chose de très alternatif que l’on ne trouve pas partout», indique-t-elle en entrevue. Le 72e congrès de l’Institut d’histoire de l’Amérique française s’est tenu à Ottawa en octobre 2019. Le thème retenu pour cette édition était «Frontières» et le comité organisateur a invité les chercheuses et les chercheurs à s’interroger sur leur rapport aux frontières en les appréhendant dans toute leur complexité. C’est dans ce cadre que Mme Fortier s’est inscrite au concours de photovoix, en apportant un éclairage tout à fait singulier et symbolique sur la frontière entre le soignant et le soigné à travers le cadre de la porte d’une chambre d’hôpital. «Ce cadre de porte d’où l’on regarde constitue la frontière entre le patient et le soignant. Les frontières entre nous, les limites de la compréhension actuelle de l’humain, de votre réalité et de la nôtre», peut-on lire sur le texte qui accompagne une photo d’archive en noir et blanc prise dans une chambre d’hôpital avec deux patients, dos tournés et allongés dans leurs lit.
Suite aux retours positifs reçus du jury, l’étudiante souhaite participer de nouveau au cycle de conférences l’année prochaine.

Une représentante pour la jeunesse ontarienne Investie dans la cause francophone au Canada, Ciji Fortier a soumis, l’année dernière, sa candidature en tant que représentante jeunesse ontarienne au Parlement des jeunes. L’objectif principal de cette activité est de réaliser une simulation parlementaire pour illustrer le modèle de la démocratie et ainsi devenir les futurs citoyens responsables au sein l’espace francophone. Même si la 45e session de cette assemblée qui devait avoir lieu en Côte d’Ivoire a été annulée, Mme Fortier ne cache pas son enthousiasme pour ce type d’exercice : « Je voulais avoir l’opportunité d’aller échanger avec des gens de partout dans le monde, qui partagent ma langue malgré nos cultures différentes. » Très attachée à ses racines, son patrimoine et sa langue qui font d’elle une jeune femme francophone, Ciji Fortier exprime, d’une façon ou d’une autre, l’empathie et l’ouverture sur les autres qui sont une véritable source de richesses à partager.