L’histoire devait être relativement simple : acheter un immeuble commercial pour ouvrir un magasin de savons faits à la main. Pourtant, ça n’a pas été le cas pour Renée Charette Daigle. Le zonage de son lot a été changé sans aucune raison fournie, forçant la fermeture de Pomponette en décembre.

Par Sophie Gagnon

Il y a cinq ans, elle a acheté l’édifice où était anciennement Boulet Radio et Communication. L’agent d’immeuble lui confirme que c’est commercial, tout comme son avocat, les taxes, le service d’électricité et les propriétaires. Entouré d’autres espaces commerciaux comme les entrepôts de Viljo’s, Bubnick et plusieurs immeubles à appartements, tout était parfait.

« Quand j’ai décidé d’ouvrir le magasin, la personne qui était responsable du zonage a décidé que ça n’était plus commercial. Juste de même, par elle-même. Elle avait décidé que c’était un coin résidentiel », explique l’entrepreneure.

Malgré les preuves tangibles, les confirmations obtenues par l’avocat et d’autres, et même un appel à Toronto, rien à faire. « Elle insistait pour que je passe au conseil, qui coute 500 $. Même les gens au sein des bureaux de la Ville s’objectaient. Je me suis obstinée longtemps. »

Son passage au conseil s’est échelonné sur environ un an, étant remis quand la cause ne trouvait pas consensus. « Le ok, j’ai l’ai eu parce que le maire s’est choqué. Il leur a dit d’arrêter de me naiser et de s’obstiner, qu’il fallait se décider. Ils ont dit qu’ils allaient dire oui pour trois ans pour ensuite faire une renégociation. »

L’entreprise démarre et va très bien. Mme Charette avait oublié les trois ans; personne n’avait fait de suivi ou donné de nouvelles sur la question de zonage. Elle reçoit un appel du nouveau responsable du zonage à l’automne 2019. « Ça lui a pris presque un an avant de me le dire, parce que lui-même trouvait que ça n’avait pas de bon sens de me dire de fermer mes portes et de me relocaliser. » Mais voilà qui a été fait. Pomponette demande une extension jusqu’à la fin de l’année et il accepte. « Je ne sais pas trop ce qui s’est passé. Il n’y a eu aucune négociation. Il m’a dit que je devais repasser au conseil pour un autre trois ans. Mais tu me niaises ? Je vais devoir refaire ça aux trois ans ? S’ils m’ont donné trois ans, pourquoi ne pas me donner au moins jusqu’à ce que je décide de fermer mes portes ? Si tu es pour donner une permission spéciale, aussi bien faire comme pour la Cordonnerie, et bien d’autres business en ville, qui ont jusqu’à ce qu’elles ferment les portes. J’étais écœurée. »

Renée Charette Daigle a donc décidé d’abandonner. La bâtisse étant faite pour du commercial, ce sera plus complexe si jamais elle décide de vendre.

La population s’est ralliée derrière Pomponette, mais sans effet. Des entreprises lui ont offert de vendre ses produits. L’engouement fut tel qu’elle a complètement écoulé son inventaire dans le temps des Fêtes. « J’étais vraiment touchée de tous les courriels et messages des gens qui m’appuyaient. Je ne m’attendais pas à ça. »

Renée Charette Daigle compte fabriquer encore et offrir ses produits dans certains magasins locaux et en ligne, mais pas avant quelques temps, puisque les savons prennent au moins deux mois avant d’être prêts.

« Ça se peut que je me ressaye au conseil dans quelques années, quand je vais avoir repris mon courage. Maintenant, je sais que j’ai des gens avec moi qui vont m’aider. J’ai été vraiment découragée, mais j’ai eu tellement de monde qui m’ont encouragée dans le temps des Fêtes, qui sont venus me voir, qui étaient déçus. Mais ce n’est pas LA Ville. Les gens ne peuvent pas être choqués contre LA Ville. La grosse majorité des gens qui travaillent là n’étaient vraiment pas fiers de cette décision. Plusieurs ont essayé de m’aider. Et si je me ressaye, ça ne sera pas pour trois ans. Soit qu’on me donne une permission spéciale jusqu’à ce que je décide de fermer les portes, ou ma bâtisse est commerciale comme elle l’a toujours été. »

Pomponette : « Je demande à la propriétaire de venir me voir ! » - Conrad Morin (Article réponse)

Par Steve Mc Innis

Les réactions sont nombreuses à la suite de la fermeture de la petite entreprise Pomponette due aux changements de zonages de la Ville. Invité à réagir lors de son passage à l’émission l’Info sous la loupe de vendredi dernier, le conseiller Conrad Morin s’est dit mal à l’aise avec cette situation.

À la page 3 du journal Le Nord du 23 janvier, on indiquait que Renée Charette Daigle a été dans l’obligation de fermer son commerce en décembre 2019 puisqu’un règlement de zonage a été changé.

Selon ses dires, il y a cinq ans, elle a acheté l’édifice où était anciennement situé Boulet Radio et Communication. L’agent d’immeuble lui aurait confirmé que la zone était commerciale, tout comme son avocat, le service d’électricité et de taxes ainsi que les anciens propriétaires.

« Là, je vais parler pour moi et pas au nom du conseil », a précisé le conseiller Conrad Morin lorsqu’il a été questionné à cet effet. « Cet emplacement était déjà commercial et il y a des bâtisses commerciales à côté, je me dis wow ! C’est quoi le problème ? »

Bien que la situation semble déplorable, le nouveau conseil municipal n’a pas eu l’occasion de légiférer à ce sujet, puisque la fabricante de savon n’a pas refait officiellement de demande de correction. « Si j’ai quelque chose à dire à madame Charrette Daigle, c’est qu’elle revienne à la Ville et je suis certain que si elle était venue devant le conseil pour demander une extension, moi je suis con-vaincu qu’elle l’aurait obtenue », ajoute le conseiller Morin.

« Je tiens à dire que si elle est encore intéressée, je pense que la Municipalité est réceptive, du moins certains membres du conseil, à l’idée de garder son commerce ouvert. Je le dis publiquement, moi je suis bien prêt, parce que c’est un non-sens », conclut-il en l’invitant à communiquer avec lui.

Le processus

Pour les personnes qui ne sont pas familières avec le système municipal : afin d’exercer un changement de zonage, la propriétaire doit remplir la documentation avec l’employé responsable de ce département. Ce processus à un cout. Par la suite, la documentation est présentée au comité de planification de la Ville qui est composé de trois élus et deux employés de l’administration. Ceux-ci doivent faire une recommandation au conseil municipal qui entérine la décision ou rejette la recommandation.