Yvette Proulx (née Boulanger) est née en 1930 dans un shack en bois rond à Ryland. Aucun médecin n’était disponible lors de l’accouchement et il n’y avait pas de moyen de transport pour se rendre à l’hôpital de Hearst. C’est son grand-père Ferdinand qui l’a mise au monde. À l’époque, on gardait les bébés au chaud en déposant leur couffe sur la porte du four ouverte…

Par Claudine Loqueville

Les grands-parents d’Yvette sont arrivés dans la région suite à la Grande Dépression, ou krach des années 1930, qui a conduit à une crise économique majeure dans le monde entier. Il n’y avait plus de travail au Québec et les grands-parents avaient tout perdu. Avec force et courage, ces pionniers ont travaillé dur comme bûcherons pendant cinq ans pour récupérer l’argent afin de pouvoir racheter leur terre au Québec où ils sont retournés finir leurs jours.

Le père d’Yvette, lui, est resté à Hearst. Au Québec, ils avaient déjà un peu de confort à l’époque, comme des toilettes à l’eau, tandis qu’à Ryland il n’y avait pas d’eau courante dans le shack.

À la question « à quoi ressemblait son enfance », Yvette dit que c’était de la survie. Les enfants allaient à la petite école du rang à pied en été et en skis ou traineau à chiens en hiver. Les chiens attendaient les enfants toute la journée dans une shed. Les parents ne pouvaient pas emmener leurs enfants à l’école. Le père travaillait dans le bois et la mère restait avec les petits à la maison et s’occupait des animaux et des repas…

Yvette a rencontré son futur époux dans une barn dance (danse dans une grange après la moisson), dans l’ancienne ferme expérimentale de Hearst. Elle et son amoureux devaient toujours être accompagnés d’un chaperon lors de leurs rencontres. Ainée de 12 frères et sœurs, Yvette a dû arrêter l’école en 8e année, à l’âge de 14 ans, pour aider à la maison. Ça l’a énormément peinée, car elle aimait beaucoup apprendre, mais elle n’a pas eu le choix ! Elle faisait une douzaine de pains deux fois par semaine. Elle en vendait encore aux derniers marchés Agriva ! Yvette a traversé les temps, du traineau à chiens à l’automobile en passant par les premiers pas sur la lune, ce à quoi son père ne croyait pas. Les « fake news » du temps selon lui. Si on était capable de faire voler une sœur religieuse (film de l’époque), on pouvait tout aussi bien simuler les premiers pas sur la lune, disait-il… Yvette s’est habituée à la nouvelle technologie. Elle a eu son premier iPad autour de ses 80 ans.

Yvette et son mari ont eu quatre enfants. Elle a été mère au foyer puis a tenu un commerce de couture/tissus (L’Aiguille dorée) pendant 11 ans avec sa sœur. Elle a aussi fait du bénévolat au Foyer des Pionniers et à l’Église catholique ainsi que pour la Fédération des femmes canadiennes-françaises (association pour l’avancement de la femme canadienne-française) dont elle a été la présidente pendant neuf ans.

Yvette dit avoir été heureuse à Hearst. Elle y aime les gens et elle s’y est sentie en sécurité pour élever ses enfants. Par contre, elle reconnait qu’un des inconvénients de vivre à Hearst est l’éloignement des soins médicaux.

Pour finir, Yvette pense que le secret de sa longévité (90 ans en 2020) est ses bons gènes familiaux, son amour de la vie et des gens, son attitude positive, sa famille aimante qui l’entoure et son petit verre de vin qu’elle aime encore prendre à l’occasion ! Yvette continue à être autonome et à conduire sa voiture.