Depuis la légalisation de la consommation du cannabis à des fins récréatives, le 17 octobre 2018, plusieurs collèges offrent un programme de culture de cannabis afin de combler le besoin grandissant de main-d’œuvre de ce secteur. Ceux de langue française ne font pas exception.

Le Collège communautaire du Nouveau-Brunswick (CCNB) compte parmi les premiers établissements scolaires à offrir un cours de culture du cannabis. Le programme était d’ailleurs en place bien avant la légalisation et était orienté vers l’industrie du cannabis médical.

Sophie Maugeais travaillait en horticulture avant de venir enseigner au CCNB. Depuis qu’elle a pris le flambeau de son prédécesseur, qui avait mis sur pied le programme, elle en est à sa troisième cohorte. Son objectif est de former les futurs techniciens du secteur du cannabis et de faire en sorte qu’ils s’adaptent à la réalité du marché. «Je cherche vraiment à leur enseigner comment aller chercher de l’information. Mon but, c’est de leur apprendre à apprendre.»

Au programme

Au cours des 20 semaines que dure le programme au CCNB, les étudiants apprennent la nutrition des plantes, leur transformation, le climat et la lutte intégrée contre les insectes nuisibles et les maladies. Cette lutte pourrait présenter un important défi étant donné le peu de pesticides jusqu’à présent autorisés dans la culture du cannabis. Sophie Maugeais estime qu’il en existe une vingtaine, ce qui force les futurs producteurs à avoir recours à des insectes pour manger les parasites.

Le programme comprend une visite à l’usine de cannabis, souvent bénéfique pour orienter les étudiants dans leur future carrière. «Parfois, les élèves se trouvent une passion pour d’autres départements de l’industrie tels que l’extraction ou la transformation», explique l’enseignante.

En fait, ni au CCNB ni à La Cité d’Ottawa, qui offrira un programme semblable dès septembre 2020, tout ce qui touche à la manipulation du cannabis se fera à l’extérieur du campus. Le CCNB privilégie plutôt des simulations sur des plans de basilic, étant donné les similitudes qui existent entre les deux plantes.

À Ottawa, les étudiants auront notamment l’occasion d’explorer les différentes variétés de cannabis, d’entretenir les plants et de les protéger des ravageurs. De plus, le programme enseigne l’élaboration d’un calendrier de production et les contrôles de la qualité.

Le Collège communautaire du Nouveau-Brunswick et le collège La Cité offrent ou offriront des cours sur la législation entourant le cannabis. Toutefois, un autre établissement offre aussi la possibilité de suivre ce cours en français : l’Université d’Ottawa, qui compte un programme qui s’applique spécifiquement à la législation entourant le cannabis.

Des programmes populaires

Les inscriptions, en cours, démontrent qu’il existe un intérêt réel chez les étudiants. Toutefois, pour Frédéric Thibault-Chabot, doyen en enseignement au collège La Cité, ce n’est pas forcément l’aspect cannabis qui intéresse particulièrement les étudiants.

«Ce sont des gens qui sont à la recherche d’un programme qui va leur montrer les bonnes compétences et non pas l’inverse. Ils ne cherchent pas à dire c’est ça que je veux apprendre dans mon programme. Non! C’est des gens qui connaissent peu le domaine et qui veulent se perfectionner.»

Sophie Maugeais dresse un portrait similaire de ses étudiants : «Le cours n’est quand même pas très exigeant. Ce n’est pas un cours universitaire. Mais ça prend quand même beaucoup d’étude et des étudiants avec un minimum de sérieux. La plupart sont passionnés de la plante et d’autres, ce qui les intéresse, c’est d’avoir un emploi garanti par après.»

Les collèges se regroupent

Au début de novembre, un regroupement comprenant cinq collèges canadiens et l’organisme Collèges et instituts Canada ont fondé le Consortium des collèges canadiens pour le cannabis, qui a pour mission d’encadrer les programmes de culture du cannabis dans les établissements collégiaux.

Pierre Clavet, le représentant du CCNB pour le consortium, indique que cette association se concentre principalement sur trois volets depuis sa création. Premièrement, il recueille les études sur les compétences recherchées par les employeurs de l’industrie du cannabis. Ensuite, il s’engage dans la recherche appliquée. Finalement, il offre des formations complémentaires dans le domaine de la santé.

Ce rassemblement est composé du Collège NorQuest, des collèges de Niagara, Durham, et de l’Okanagan. Le CCNB est le seul membre de langue française.

Cependant pour Pierre Clavet, cela ne veut pas dire que les collèges de langue française offrant un programme de culture du cannabis sont isolés : «les collèges francophones se font entendre aussi par l’entremise de différents types de partenariat», dit-il, ouvrant la porte à l’intégration de nouveaux membres dans le Consortium.