Notre chroniqueuse locale Isabelle Sabourin Levesque nous offre depuis déjà trois ans des textes portant sur divers sujets, passant de la santé mentale aux astuces familiales. Voici une expérience personnelle à propos du deuil périnatal qu’elle partage avec nous. Le journal Le Nord s’estime très chanceux de compter Isabelle au sein de son équipe.

Le deuil périnatal est le décès d’un enfant durant la grossesse, l’accouchement ou durant la première année de vie. Ceci inclut les fausses couches (une naissance avant 22 semaines de gestation) et les naissances prématurées (entre 22 et 37 semaines de gestation) où l’enfant décède.

Il y a maintenant près de quatre ans que mon fils est né et décédé à l’intérieur de quelques heures la même journée. Ceci est quelque chose dont on ne parle pas beaucoup. Ça nous bouleverse, ça emmène des émotions négatives qu’on essaie d’éviter. Toutefois, le 15 octobre est la journée de sensibilisation au deuil périnatal. Un moment où on peut se donner le droit de partager notre expérience.

Pour certains, quatre ans c’est long. Depuis ma perte j’ai eu deux merveilleuses filles en santé. Toutefois, malgré le temps qui passe et les merveilles qui se sont produites depuis, la présence de mon premier né dans mon cœur et dans ma vie sera toujours présente.

J’ai encore des pensées régulières à son sujet. Quand j’ai vu tous ces enfants commencer la maternelle ou apprendre à patiner, je n’ai pas pu m’empêcher de penser que mon petit Loïc aurait pu être parmi eux.

Je vous partage ceci pour vous dire que si vous aussi vous avez perdu un enfant, peu importe le stade de votre grossesse ou son étape de vie. Que vous soyez la mère, le père, le frère, la sœur, l’oncle, la tante ou le grand-parent de cet enfant : vous avez le droit d’avoir encore de la peine. Même plusieurs années plus tard.

Est-ce que cette peine m’empêche de fonctionner sur une base régulière? Absolument pas! Mais oui, ma tristesse est encore présente. J’ai appris que ceci n’est pas quelque chose qui pars, mais plutôt quelque chose avec laquelle il faut apprendre à vivre. Malgré la douleur de vivre avec ceci sur une base régulière, c’est un petit rappel de l’amour que j’ai eu pour ce petit être qui a été dans mon ventre pour six mois, dans nos bras pour quelques heures et dans nos cœurs pour le reste de notre vie.

J’écris ceci puisque plusieurs personnes se disent qu’il n’est pas nécessaire d’en parler, que ça rend les gens mal à l’aise et qu’il est important de passer par-dessus.

Il est vrai qu’il est important de faire son deuil. Nous devons éventuellement reprendre notre routine, nos activités et s’assurer de s’impliquer pleinement dans la vie présente. Toutefois il est aussi acceptable que la réalité de cette perte fasse maintenant partie de moi et en sera une partie intégrale pour le reste de mes jours.

Chaque personne vit ces situations à leur propre manière. Si vous avez aussi vécu un deuil périnatal et que ceci vous a affecté différemment. Que vous l’ayez vécu plus intensément, ou au contraire, si ça ne vous a presque pas affecté : c’est tout aussi normal. Il est important de se donner le droit de vivre le deuil à notre manière. Il est donc aussi important de ne pas juger les autres sur la manière dont ils vivent leur deuil.

Même si ça risque de vous faire la peine. Donnez-vous la permission à l’occasion de parler à une personne de confiance de ce que vous vivez. D’être authentique dans la manière dont vous adressez la perte que vous avez vécu.

Dans ma situation, j’ai vite réalisé que je me sentais coupable si je disais que j’avais deux enfants. Je me sentais que je ne rendais pas honneur à cet enfant que j’ai perdu. Je dis donc maintenant ouvertement que j’ai trois enfants, que le premier est décédé à la naissance. Ceci risque de créer un inconfort. Toutefois, il est plus important pour moi d’être authentique que d’assure le confort de tous. À vous de choisir ce qui vous rend à l’aise et vous représente.